Pourquoi saint Nicolas passe le 6 décembre : origine de la date, légende des trois enfants et traditions belges

Le 6 décembre correspond, selon la tradition, au jour de la mort de Nicolas de Myre, évêque de Lycie, survenue en 343. Il serait mort le 6 décembre 343 à Myre (aujourd’hui Demre, en Turquie), et cette date est à l’origine de la célébration. L’Église fête ses saints à la date de leur décès, que les croyants voient comme leur naissance au ciel. La date n’a donc rien d’arbitraire, et personne ne l’a déplacée pour faire plaisir aux fabricants de chocolat.

Cette année, elle tombe un dimanche.

À retenir
  • La date du 6 décembre correspond au jour de la mort de saint Nicolas en 343.
  • La légende des trois enfants raconte un boucher qui les met au saloir.
  • En Belgique, les enfants laissent leurs souliers la nuit du 5 au 6 décembre.

Un évêque de Lycie dont on sait finalement peu de chose

Nicolas serait né vers 270 à Patara, en Lycie, dans le sud de l’actuelle Turquie. Issu d’une famille chrétienne aisée, il aurait distribué son héritage aux pauvres avant d’être élu évêque de Myre. La tradition lui prête aussi une présence au concile de Nicée en 325, bien qu’il ne figure pas dans la liste des signataires. Ses reliques ont été transportées à Bari, en Italie, en 1087, d’où son second nom de Nicolas de Bari.

Le culte attesté du saint remonte au début du Moyen Âge et réunit catholiques et orthodoxes. En Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et dans l’est de la France, la tradition s’est enracinée bien avant l’arrivée du Père Noël.

Le Père Noël est un cousin tardif. Inspiré du saint, il a été popularisé au XIXe siècle et fêté le 25 décembre, alors que Nicolas garde le 6 et voyage sur un âne plutôt qu’en traîneau à rennes. Chez nos voisins allemands, les enfants mettent leurs bottes sous la fenêtre le soir du 5, et Nikolaus passe escorté de Knecht Ruprecht.

Trois enfants, un saloir et un malentendu

Selon la légende, trois petits enfants viennent demander l’hospitalité à un boucher, qui profite de leur sommeil pour les découper et les mettre au saloir. Sept ans plus tard, Nicolas passe par là et réclame ce petit salé vieux de sept ans. Terrorisé, le boucher prend la fuite, et le saint fait revenir les enfants à la vie. Le récit est macabre, on en convient, et ce sont pourtant ces histoires-là que les grands-parents racontent encore aux petits avant le souper.

Les sources hésitent entre le XIe siècle et la première moitié du XIIe pour situer la naissance de ce récit, avec une origine géographique située en Champagne. Une explication courante invoque une image mal lue : le saint était représenté à côté d’une tour tronquée laissant voir la tête et le buste de trois officiers, mais la tour fut prise pour un baquet et les officiers pour des enfants. Une autre version évoque trois marins sauvés d’une tempête, dans une barque évoquant un saloir.

Pour le CIPAR, le patronage des enfants viendrait d’une erreur de lecture.

Une seconde légende pèse tout autant dans la tradition des cadeaux. Un père ruiné ne peut marier ses trois filles faute de dot, et Nicolas jette en secret des sacs d’or par la fenêtre, ou par la cheminée selon les versions, pendant trois nuits. Dans certains récits, ces dots sont déposées dans des chaussettes mises à sécher, ancêtres probables des souliers posés devant la cheminée.

La nuit du 5 au 6 : souliers, Père Fouettard et spéculoos

Chez nous, tout se joue dans la nuit du 5 au 6 décembre. Les enfants laissent leurs souliers près de la cheminée ou de la fenêtre, avec un dessin, un verre d’eau ou de café pour le saint, une carotte pour l’âne, et parfois une bière en hommage à la tradition brassicole belge. Au matin, ils découvrent fruits, spéculoos, massepain et chocolats. La mandarine, elle, rappelle les oranges autrefois rares et précieuses en hiver.

Côté francophone, Saint-Nicolas ne vient pas seul. Dans la version de la RTBF, il enchaîne le boucher à son âne ; ce Père Fouettard devient son ramoneur personnel, qui passe avant lui dans la cheminée pour préserver la robe, et distribue coups de fouet et charbon aux vilains enfants.

bpost répond aux lettres des enfants, avec 2 200 boîtes rouges distribuées en 2016.

Le spéculoos règne sur la fête. Il est traditionnellement façonné dans des moules en bois en forme de Saint-Nicolas ou de moulins à vent, et partout en Belgique, celui à l’effigie du saint reste très populaire. À Bruxelles, la biscuiterie Dandoy est installée en face de l’église Saint-Nicolas, rue au Beurre, et le savoir-faire artisanal du spéculoos bruxellois figure depuis le 4 décembre 2020 à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de la Région.

Plus au nord, Sinterklaas se fête le 5 ou le 6 décembre. Une thèse folklorique rapproche le saint d’Odin : même barbe, même chapeau, et un cheval blanc volant pour les deux. Les lettres en chocolat offertes aux enfants rappelleraient que ce dieu a « inventé » les runes. Il s’agit d’une hypothèse de folkloristes, pas d’un fait établi.

Tout le monde joue le jeu : parents, grands frères et sœurs fiers d’être dans le secret, grands-parents qui gâtent incognito. Le saint passe dans les écoles, les clubs sportifs et les foyers, trône dans les grands magasins devant une file d’enfants et fait des apparitions dans les cirques de Saint-Nicolas.

À Liège, la fête prend une tournure plus bruyante. La Saint-Nicolas des étudiants démarre une semaine environ avant le premier lundi de décembre : blouses blanches couvertes de marqueur, mugs de bière tendus aux automobilistes arrêtés aux feux rouges pour financer la tournée du grand jour. Les étudiants en médecine, en vétérinaire et en ingénieur sont les plus assidus. En 2026, ce premier lundi tombe le 7 décembre, lendemain de la fête du saint.