Les maisons belges sont étroites parce que nos villes se sont bâties à l’économie, lanière de terrain après lanière de terrain, autour d’un modèle unique: la maison mitoyenne individuelle. À l’inverse de nombreuses villes européennes, la densité urbaine bruxelloise s’est développée autour de cette maison mitoyenne individuelle.
Quant à la taxe sur la largeur des façades, elle relève surtout de la légende.
- La largeur moyenne des parcelles belges tourne autour de 6 mètres.
- Le modèle de la maison mitoyenne s’est imposé dès le XIXe siècle.
- Aucun impôt sur la largeur de façade n’a dessiné nos rues.
Six mètres de large, et on s’arrange pour le reste
Tout part d’un chiffre qui revient partout. À Bruxelles, les contraintes économiques et constructives, ajoutées à la mise au point progressive d’un plan type, ont stabilisé la largeur moyenne des parcelles autour de 6 mètres. En Wallonie, la maison de ville mitoyenne affiche la même largeur moyenne de façade, environ 6 mètres. Faute de pouvoir s’étaler, l’habitat s’est développé en hauteur et en profondeur, ce que la recherche sur la maison bruxelloise désigne sous le nom de «diephuis», la maison profonde.
Pour se serrer à l’intérieur des murs de la ville, il fallait tirer le maximum du linéaire de voirie. Multiplier les petites façades sur la rue permettait de loger plus de familles au même endroit, et la hauteur du bâti se calait sur la largeur des voiries.
Même l’escalier s’en mêle. Dans un recueil de maisons mitoyennes publié en 1647, les modèles sont classés par largeur de parcelle croissante, et la position de l’escalier, intérieure ou extérieure, dépend de cette largeur. Seul l’escalier intérieur, lié à une largeur parcellaire minimale, offrait des séparations intimes dans le logement, ce qui lui donnait une portée morale.
Du faubourg ouvrier à la brique dans le ventre
En 1846, à Bruxelles, 45 % des logements se composent d’une seule pièce et 22 % de deux. Le rapport d’Édouard Ducpétiaux sur l’état des habitations de la classe ouvrière de la capitale, daté de 1841, avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Le modèle qui s’impose pourtant, surtout dans les régions industrielles, est celui de la petite maison mitoyenne individuelle. À Bruxelles, on construit plutôt de petits bâtiments de plusieurs logements, souvent quatre.
La maison dite bruxelloise, construite de 1850 environ aux premières décennies du XXe siècle, répète une structure semblable derrière des façades toujours différentes. On en retrouve dans la plupart des villes belges urbanisées à la fin du XIXe siècle: Charleroi, Mons, Liège, Gand, Anvers. Sur cent mètres de voirie, le calcul est vite fait: murs mitoyens compris, on aligne une quinzaine de maisons de six mètres.
La politique a fait le reste. Les abonnements ferroviaires ouvriers à tarif réduit, créés au XIXe siècle, ont permis de loger loin de l’usine et d’étirer les villages le long des routes. La loi De Taeye de 1948 a ensuite encouragé l’accès à la propriété d’un logement individuel. Dès l’entre-deux-guerres, les classes aisées bruxelloises préfèrent la villa à trois ou quatre façades et s’installent à Uccle, Boitsfort, Auderghem, Koekelberg ou Ganshoren.
Dans les annonces immobilières belges, le nombre de façades fait office de carte d’identité: deux pour la maison mitoyenne, trois pour la semi-mitoyenne, quatre pour la villa isolée. Le règlement bruxellois distingue d’ailleurs la construction en mitoyenneté, dont un mur au moins touche la limite latérale, de la construction isolée, dont aucun mur ne la touche.
Le mythe de la taxe sur les façades
La légende vient d’Amsterdam, où les maisons de canal seraient minces parce que l’impôt se calculait sur la largeur de façade. L’impôt foncier du XVIIe siècle tenait bien compte de la largeur visible sur le canal, mais ce n’était qu’un facteur parmi d’autres, derrière la rareté de l’espace urbain. Les marchands voulaient un accès direct à l’eau pour décharger, avec des entrepôts très profonds pour stocker.
Pour certains auteurs, le canal était même déjà creusé et les maisons construites quand ces taxes sont arrivées.
Côté belge, aucun impôt à la largeur ne semble avoir dessiné nos rues. Le régime français avait bien instauré à la fin du XVIIIe siècle une contribution sur les portes et fenêtres, mais elle visait le nombre d’ouvertures, pas le mètre de façade.
Les communes taxent aussi la construction elle-même, mais au volume. À Nivelles, le règlement pour 2020 à 2025 fixe 0,25 euro le mètre cube pour les habitations, avec un minimum de 6 euros. Les modifications de façade à front de voirie y sont taxées 0,50 euro le mètre carré, et les murs de clôture 0,75 euro le mètre courant.
Des taxes sur les façades existent bel et bien en Belgique, mais elles sanctionnent l’abandon, pas la largeur. La Ville de Bruxelles taxe les immeubles abandonnés ou négligés à 609 euros par mètre de façade et par niveau, et la mousse, les tags, les fissures ou la peinture écaillée figurent parmi les critères. Saint-Gilles prévoyait en 2016 une taxe de 25 euros par mètre carré de façade la première année, tandis qu’à Schaerbeek, en 2013, la facture annoncée atteignait 55 euros par mètre courant et par mois. Pour les logements vides, la Wallonie et Bruxelles calculent l’amende régionale par mètre de façade et par niveau.
Cinq mètres de façade sur trois niveaux: 9 135 euros au tarif bruxellois.
Reste l’urbanisme moderne, qui pèse davantage que le fisc. Dans sa version de projet, le règlement régional d’urbanisme bruxellois exige qu’au moins 30 % de la parcelle reste non bâtie, et qu’au-delà de 37 mètres de profondeur, au moins 70 % de cette partie le soit pour une construction mitoyenne.
Sources : 21news.be | nivelles.be