Pourquoi le 21 juillet est la fête nationale belge : le serment de Léopold Ier en 1831 et le choix de la date

Le 21 juillet ne correspond pas à la date de l’indépendance de la Belgique. On commémore le serment prêté par le premier roi des Belges, Léopold de Saxe-Cobourg, le 21 juillet 1831. Ce n’est qu’une loi du 27 mai 1890 qui a officialisé cette date, près de soixante ans plus tard.

Le choix n’avait rien d’évident.

Revenons au contexte. La Belgique déclare son indépendance des Pays-Bas le 4 octobre 1830, après des combats de septembre à Bruxelles, mais un pays sans chef d’État reste un chantier ouvert. Les révolutionnaires préparent leur Constitution et décident que la Belgique sera une monarchie. Un régent assure l’intérim, et c’est lui qui, lors de sa prestation de serment le 25 février 1831, lance la devise « L’union fait la force ». Il reste alors à dénicher un roi acceptable pour tout le monde, ce qui n’est pas une mince affaire dans une Europe très méfiante.

À retenir
  • Le 21 juillet commémore le serment de Léopold Ier en 1831, pas l’indépendance de 1830.
  • La fête était d’abord célébrée le 27 septembre, date des Journées de Septembre à Bruxelles.
  • Une loi du 27 mai 1890, signée par Léopold II, a fixé le 21 juillet comme fête nationale.
  • La Communauté française fête toujours le 27 septembre depuis 1991.

Un prince allemand de Londres pour un pays tout neuf

Le premier nom envisagé est celui de Louis d’Orléans, deuxième fils de Louis-Philippe Ier, tout juste élu roi des Français. Cela risquerait de créer des conflits en Europe. Les grandes puissances, Royaume-Uni en tête, ne voulaient pas d’un petit voisin devenu satellite de Paris, et la piste est abandonnée.

Le choix se tourne alors vers Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, un prince d’origine allemande qui vit à Londres. Il avait refusé le trône de Grèce, mais il accepte celui de Belgique. Le Congrès l’appelle le 4 juin 1831, et le prince traverse la Manche.

Léopold arrive à Bruxelles début juillet 1831 et, le 21, jure fidélité à la Constitution. La cérémonie se déroule à l’église Saint-Jacques sur Coudenberg, sur l’actuelle place Royale, devant les représentants de la nation. La Constitution qu’il s’engage à respecter garantit les libertés individuelles des citoyens et repose sur la séparation des trois pouvoirs. Le peintre Gustave Wappers en a tiré un tableau célèbre, « La prestation de serment de Léopold Ier », daté de 1831.

Le roi arrive après la Constitution, pas avant elle.

Voilà ce qui donne tout son sens à la date : la monarchie constitutionnelle belge entre en vigueur dans un État déjà doté d’une Constitution et d’un Parlement. Le souverain n’est pas le fondateur du pays, il en devient le garant. Le 21 juillet 1831 est ainsi considéré comme le début du Royaume de Belgique moderne.

1890, ou comment la fête a changé de jour

La fête nationale était d’abord célébrée le 27 septembre, jour de l’expulsion des troupes néerlandaises de Bruxelles lors des Journées de Septembre. Une date populaire et militaire, celle des barricades. Elle a pourtant fini par perdre la partie face au calendrier royal.

Le glissement s’amorce en 1856. Des festivités se déroulent du 21 au 23 juillet pour mettre en lumière les vingt-cinq années de règne de Léopold Ier, en écho au serment de 1831 et non aux Journées de Septembre.

Trente-quatre ans plus tard, le 27 mai 1890, Léopold II fixe la fête nationale au 21 juillet afin de lier ce jour à la personne du souverain. Le fils du premier roi avait un intérêt évident à renforcer le lien entre le pays et la couronne. Léopold Ier a régné de 1831 à 1865, Léopold II de 1865 à 1909, et la dynastie voulait ancrer sa légitimité dans le récit national.

Le 21 juillet devient alors un jour férié national.

La décision n’a pas fait l’unanimité. Certains estiment que cette date efface la véritable origine populaire de l’indépendance belge. La Communauté française a d’ailleurs pris sa revanche symbolique, puisque depuis 1991, le 27 septembre est sa fête officielle. La Belgique fédérale compte donc deux dates qui racontent deux versions du même épisode, l’une par le peuple, l’autre par le trône.

Une date qui a servi de drapeau en temps de guerre

Le 21 juillet a connu des heures plus sombres que les bals populaires. Pendant les deux guerres mondiales, la Belgique est occupée et les manifestations de patriotisme sont interdites. Célébrer le 21 juillet devient alors une forme courante de résistance symbolique. Un bouquet tricolore à une fenêtre, un chant murmuré, une minute de silence dans une cour d’école : le geste était minuscule, mais l’occupant le savait subversif. La fête, née d’un calcul dynastique, s’est ainsi chargée d’une émotion que personne n’avait programmée en 1890.

En temps de paix, le programme est plus léger. Les édifices publics sont pavoisés et la journée est ponctuée de bals aux lampions, de feux d’artifice et de spectacles. À Bruxelles, le Te Deum et le défilé militaire ouvrent la journée, et ailleurs dans le pays, on croise des messes, des brocantes et des concerts publics.

La météo, elle, ne respecte aucune tradition. La pluie est si fréquente ce jour-là que les francophones parlent de « drache nationale ». Le serment de 1831 a au moins l’avantage de se commémorer sous un parapluie.

Un détail de calendrier relie enfin le passé au présent. Philippe est roi des Belges depuis le 21 juillet 2013, jour même de la fête nationale, ce qui fait coïncider chaque année l’anniversaire du serment de Léopold Ier et celui de l’avènement de l’actuel souverain. La prochaine édition tombera un mercredi, le 21 juillet 2027, un jour férié en milieu de semaine pour qui voudra raconter à ses enfants pourquoi on fête un serment plutôt qu’une révolution.