Flashback a débarqué sur RTL TVI en février 2025, soit six semaines avant sa diffusion française sur TF1. Un détail qui n’en est pas un : les Belges francophones ont découvert la série en avant-première, le temps d’en parler entre voisins et de piquer la curiosité des Français qui regardaient les commentaires s’accumuler en ligne.
À retenir
- Pourquoi Flashback est arrivée d’abord en Belgique, avant même la France ?
- Un objet chargé d’émotion remplace le gadget technologique habituel du voyage temporel
- Les années 90 deviennent un miroir social, pas un musée de la nostalgie
Une montre et trente ans de distance
Flashback est une comédie policière réalisée par Vincent Jamain et Stephen Cafiero, diffusée en Belgique depuis le 19 février 2025 sur RTL TVI et en France depuis le 3 avril 2025 sur TF1. Le point de départ tient en une phrase : Elsa Letellier est une agente de la police scientifique de Lyon. Ayant choisi cette carrière en hommage à son père Josselin, une légende de la police assassiné en service le jour de son sixième anniversaire, elle est mystérieusement transportée en 1994, quelques mois avant la mort de son père. Elle saisit cette opportunité pour tenter de le sauver en devenant sa coéquipière, tout en cachant sa véritable identité.
Le mécanisme du voyage dans le temps passe par un objet chargé d’émotion : Elsa récupère la boîte contenant les scellés de 1994 et y retrouve la montre de son père. Elle décide de la porter mais, quelques jours plus tard, elle se fait poignarder dans une ruelle sombre et l’incroyable se produit, car le mécanisme de la montre la projette dans le passé par un phénomène inexpliqué. Gadget narratif ou vraie trouvaille scénaristique ? Les deux, sans doute. La montre fonctionne parce qu’elle ancre l’intrigue dans l’intime, là où d’autres séries du même genre s’en tiennent à une logique de gadget technologique.
Les rôles principaux sont interprétés par Constance Gay et Michaël Youn. Le premier incarne Josselin le père, et Michaël Youn livre une prestation à la hauteur, incarnant à merveille ce flic bourru qui s’inspire des personnages joués par Belmondo et Delon. Côté belge, dans le rôle d’Elsa, on retrouve Constance Gay, qui avait séduit le public dans Unité 42. La familiarité du nom ne doit rien au hasard : Unité 42 est une production belge signée RTBF, et son casting dans Flashback crée un pont naturel avec le public francophone de ce côté-ci de la frontière.
La connexion belge qu’on n’a pas vue venir
Ce que peu de spectateurs savent, c’est que RTL TVI n’est pas qu’un diffuseur dans cette aventure. La série est une coproduction d’Itinéraire Productions, TF1, UGC Fiction et Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, réalisée avec la participation de la région Auvergne-Rhône-Alpes, du Centre national du cinéma et de l’image animée, de RTL TVI et de Be-FILMS. La Belgique est donc dans le générique, pas seulement dans la grille de programmes. Be-FILMS, acteur belge spécialisé dans la coproduction de séries, est considéré comme le partenaire belge le plus actif dans la fiction télévisée, avec une synergie entre financeurs, prestataires et chaînes belges qui couvre toute la chaîne, du financement à la postproduction et à la diffusion.
C’est précisément cet écosystème franco-belge qui explique pourquoi la série a atterri sur RTL TVI bien avant TF1. Déjà diffusée en Belgique au mois de février, la série a été bien accueillie par la presse et les téléspectateurs, comme en témoignent les commentaires sous la publication Instagram de TF1 : « Vu sur les chaînes belges, j’étais accro ! » Le bouche-à-oreille numérique a traversé la frontière plus vite que les semaines de diffusion.
Les producteurs d’Itinéraire Productions ne sont pas non plus des inconnus pour le public belge : ce sont ceux-là mêmes qui ont proposé HPI, la série policière française la plus regardée de ces dernières années. Une filiation qui rassure autant qu’elle crée des attentes.
Les années 90 comme miroir, pas comme musée
Le vrai risque du concept, c’est le piège du folklore nostalgique : empiler les Rubik’s Cube et les Minitels sans autre ambition que le sourire reconnaissant. Flashback évite cet écueil. Depuis les années 90, la société a changé et surtout beaucoup évolué. La série reflète avec humour le décalage entre générations et souligne, non sans effroi, les mentalités d’une époque pas si lointaine.
Le tournage n’a pas toujours été simple sur ce terrain. Il n’a pas toujours été facile pour Michaël Youn d’incarner les idées bien arrêtées de son personnage de flic à l’ancienne. « Parfois, quand on tournait, il y avait des blagues racistes, sexistes ou même homophobes, parce que c’était le ton de l’époque. Et on voyait bien que l’équipe technique, qui est notre premier public, grinçait des dents. On a dû ajuster certaines choses pour ne pas tomber dans la moquerie de l’époque, mais plutôt faire un miroir de cette société des années 90. »
La confrontation des deux époques est maligne, aussi bien en termes de décors, que de situations, de vocabulaire et de dialogues. Et les critiques, en Belgique comme en France, s’accordent sur ce point. Thomas Destouches, de Télé-Loisirs, estime que « Flashback est une réussite, de la première séquence (drôlissime) à la dernière scène (bouleversante). Dynamique, drôle et bourrée de références, Flashback est un divertissement ultra-prenant. Mais c’est aussi une série très émouvante, abordant avec plus de finesse qu’il n’y paraît les rapports entre un père et sa fille, incarnés par un duo dont l’alchimie a été immédiate. »
Un détail de fabrication dit beaucoup sur le soin apporté à la reconstitution : le réalisateur Vincent Jamain a glissé dans la série des clins d’œil à Navarro, sur laquelle son père avait travaillé. Quand Elsa débarque en 1994 au commissariat, les policiers regardent Navarro, et ils vont souvent manger dans une brasserie dont la spécialité est la blanquette de veau, comme le café de Ginou dans Navarro. Un hommage filial caché dans les décors, que la plupart des spectateurs ne voient pas.
Un succès qui se confirme, avec quelques nuances
Le 25 avril 2025, TF1 se félicitait des audiences de la série, qui avait réuni en moyenne 4,3 millions de téléspectateurs à J+7 grâce au différé, et jusqu’à 5,4 millions pour son lancement, soit la meilleure fiction du jeudi de la saison derrière HPI. La chaîne confirmait dans la foulée une saison 2. La série avait par ailleurs reçu la mention spéciale du jury au Festival de la fiction de La Rochelle 2024, distinction obtenue avant même sa diffusion grand public.
En France, la deuxième saison est diffusée le jeudi à 21h10 sur TF1 par salve de deux épisodes du 9 au 23 avril 2026. Cette saison 2 propose un nouveau voyage dans le passé, cette fois pour résoudre le mystère de la mort de la mère de l’agente de police. Les enjeux émotionnels s’élargissent donc, ce qui était attendu après la résolution partielle du meurtre du père en saison 1.
Les chiffres de ce retour invitent toutefois à relativiser l’enthousiasme. La saison 2 a réuni 2,42 millions de spectateurs le 9 avril 2026 selon Médiamétrie, soit 17,1 % de part d’audience. Un score qui marque un recul notable : la saison 2 peine à retrouver les sommets de la précédente. Les deux derniers épisodes de la première saison avaient fédéré en moyenne 3,17 millions de téléspectateurs. La chute dépasse le million de fidèles sur un an, phénomène classique pour les séries qui ont surfé sur l’effet découverte. Ce n’est pas un naufrage, c’est le destin ordinaire des succès qui deviennent des rendez-vous.
Ce que cette trajectoire confirme surtout, c’est la solidité du partenariat entre RTL TVI et les productions francophones ambitieuses : en proposant la série aux Belges en avant-première, la chaîne de Schaerbeek s’impose comme une fenêtre d’entrée sur la fiction de qualité, avant même que Paris ne valide officiellement le succès.
Sources : auvergnerhonealpes-cinema.fr | moustique.be