Fin juin, le soleil tape, la haie déborde sur le trottoir et le voisin vous regarde de travers depuis trois semaines. Alors vous sortez le taille-haie, vous passez deux heures à tout mettre en ordre, et vous rentrez satisfait avec ce sentiment d’avoir accompli quelque chose de concret. Une semaine plus tard, vous trouvez dans votre boîte aux lettres un courrier de votre commune. Pas une carte postale.
Ce scénario, de plus en plus de Wallons le vivent. Et la plupart l’ignoraient : tailler sa haie en juin peut vous valoir des ennuis juridiques, selon l’endroit où vous habitez et, surtout, selon ce que votre haie abrite à ce moment précis.
À retenir
- Fin juin, votre haie abrite des nids actifs dont la destruction peut vous exposer à des poursuites légales
- La Wallonie n’a pas encore harmonisé sa réglementation avec Bruxelles, créant un flou juridique dangereux
- Il existe une jurisprudence : une destruction de nids a déjà valu une amende de plus de 12 000 euros
Fin juin, une haie n’est jamais vide
En zone agricole wallonne, la taille des haies est interdite du 1er avril au 31 juillet, une période décisive car elle couvre la nidification et la reproduction des oiseaux. Mais ce que beaucoup de jardiniers du dimanche ne réalisent pas, c’est que la biologie ne se soucie pas de l’agenda. La période de nidification essentielle au bon accomplissement du cycle biologique d’une majorité des oiseaux se situe entre le 15 mars et le 31 juillet. Fin juin, on est en plein dedans.
Un nid mis à vue par une taille sera d’office exposé à la pluie, au vent et aux prédateurs, les oisillons auront donc peu de chance de survie. Les tailles nuisent gravement aux couvées en délogeant les parents, effrayés par le bruit. Ce n’est pas de la sensiblerie écologique : c’est de la mécanique. Le merle qui nichait dans votre thuya depuis mars ne laisse pas de panneau « nid en cours ». Une simple vérification avant de tailler n’est souvent pas suffisante car les nids sont souvent bien cachés et ne sont donc pas visibles.
Les haies sont des havres de biodiversité, et une grande partie des espèces d’oiseaux des jardins, tels que les merles, les rougegorges ou les troglodytes, nichent dans les haies plutôt que dans les arbres. : là où vous voyez une haie à débroussailler, un oiseau voit une maternité.
Ce que dit vraiment la loi en Wallonie
La situation juridique est plus subtile qu’on ne le croit, et c’est précisément ce qui piège les propriétaires. L’interdiction de tailler en période de nidification concerne pour l’instant uniquement les agriculteurs. Pour les citoyens, aucune interdiction n’est prévue au niveau wallon. Les communes peuvent légiférer sur la question, mais la plupart ne prévoient pas de règlement dans ce sens.
Première nuance majeure : il n’y a pas de dispositif légal wallon pour les particuliers, mais certaines provinces et communes exigent parfois, via un règlement de police, que les particuliers taillent leurs haies, parfois avant le 1er, le 15 ou le 21 juillet. Le courrier que vous recevez après votre taille de juin peut donc très bien venir de votre commune, vous rappelant que vous avez taillé trop tard selon leur règlement local, ou au contraire trop tôt au regard des nids protégés. Charmant paradoxe à la belge.
Deuxième nuance, plus sérieuse celle-là : au niveau wallon, il n’existe pas de législation qui s’applique aux particuliers interdisant une certaine période de taille, mais la perturbation et la destruction intentionnelles d’oiseaux sauvages, de leurs nids ou de leurs œufs durant la période de reproduction restent proscrites par la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature. Ce texte, toujours en vigueur, est loin d’être symbolique. Des procès-verbaux ont déjà été établis pour des opérations de coupe ou de taille importante durant la période de nidification.
La jurisprudence existe. En 2018, la destruction de vingt-quatre nids d’hirondelles sur la façade d’un château en province de Liège avait abouti à une condamnation : l’ASBL gestionnaire du château a été condamnée à une amende de 2.400 euros à payer immédiatement, et 9.600 euros prononcés avec un sursis de trois ans. Ce n’était certes pas pour une haie de jardin, mais le principe légal est identique.
Bruxelles a tranché, la Wallonie hésite encore
En Région bruxelloise, la coupe et l’élagage à l’aide d’engins motorisés sont interdits par la législation du 1er avril au 15 août. En Région wallonne, cela n’est pas encore le cas. Ce décalage nord-sud (enfin, est-ouest dans ce cas-ci) alimente depuis des années le débat au Parlement wallon.
La Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux appelle à une interdiction similaire en Wallonie, mais en avançant le début de l’interdiction au 1er mars, pour mieux protéger les oiseaux, qui se reproduisent de plus en plus tôt en raison du réchauffement climatique. L’avancée de cette date est également nécessaire car l’expérience bruxelloise démontre que les semaines précédant immédiatement l’interdiction sont chaque année une période de tailles intenses. Le principe du « vite fait avant que ce soit interdit » existe apparemment aussi dans le jardinage.
Au niveau wallon, la balle est dans le camp du législateur depuis longtemps. Il en est ressorti qu’une modification décrétale serait nécessaire pour avancer sur la question. L’adoption d’un cadre général ou de mesures ciblées demeure une option intéressante qui doit faire l’objet d’une analyse préalable. La mise en œuvre d’une disposition généralisée à l’échelle de la Région devra se faire en concertation avec tous les acteurs concernés. Traduction en bon wallon : on y pense, on concerte, on analyse, mais rien n’est encore décidé.
Quand tailler, alors ?
L’hiver est la période recommandée pour les tailles : vos arbres et haies sont en dormance, ils seront moins fragilisés par une coupe, et vous favoriserez ainsi leur bon développement. Pour la faune, le meilleur moment pour tailler ou élaguer sa haie est fin d’hiver (février), afin de laisser les fruits disponibles pour la faune pendant l’hiver. Concrètement : de novembre à fin février, vous taillez l’esprit tranquille, les oiseaux ont quitté leurs nids et les végétaux récupèrent mieux.
La règle pratique à retenir pour tout propriétaire, quelle que soit sa région : plutôt que de tailler arbres et haies au printemps, il est conseillé d’effectuer ces travaux en automne et en hiver. À ces périodes, les oiseaux ont quitté leur nid et ne seront pas pris au piège si la plante qui leur sert de support est taillée.
Une dernière chose que le courrier de la commune ne mentionnait probablement pas : la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux appelle à avancer le début de l’interdiction au 1er mars, car les oiseaux se reproduisent de plus en plus tôt en raison du réchauffement climatique, et l’expérience bruxelloise démontre que les semaines précédant immédiatement l’interdiction sont chaque année une période de tailles intenses. Ce que cela signifie en pratique : la fenêtre autorisée et biologiquement raisonnable pour tailler se réduit d’année en année. Avant que la Wallonie n’harmonise sa réglementation avec Bruxelles, autant prendre les devants et décaler ses travaux à l’automne — pour les oiseaux, et pour la paix des boîtes aux lettres.
Sources : protectiondesoiseaux.be | agriculture.wallonie.be