La manie de programmer son virement la veille au soir pour éviter des frais d’exécution immédiate n’a plus vraiment de raison d’être depuis janvier 2025. Le règlement européen sur les paiements instantanés interdit désormais aux banques de facturer un virement instantané plus cher qu’un virement classique. ce réflexe hérité d’une époque où la rapidité se payait cash appartient déjà au passé, même si des millions de Belges continuent de programmer leurs paiements par habitude, sans savoir que la donne a changé sous leurs yeux.
À retenir
- Une loi européenne entrée en vigueur le 9 janvier 2025 impose la gratuité des virements instantanés
- Les banques belges doivent désormais facturer les virements rapides au même prix que les virements classiques
- 22% des virements en Belgique étaient déjà instantanés avant la gratuité obligatoire — ce chiffre explose depuis
Le vieux réflexe belge du virement « veille au soir »
Pendant des années, la logique était limpide : un virement classique était gratuit mais mettait un jour ouvré (parfois deux) à arriver, tandis qu’un virement instantané, crédité en quelques secondes, coûtait souvent autour d’un euro. Beaucoup de clients bancaires belges avaient donc pris l’habitude de calculer leur coup, en lançant leurs virements la veille du jour où l’argent devait vraiment être disponible, histoire de ne pas payer ce petit supplément pour la vitesse. Jusqu’au 8 janvier 2025, l’émission d’un virement instantané était facturée dans la majorité des banques, pour un coût moyen de l’ordre d’un euro, avant de devenir gratuite dès le 9 janvier 2025.
Ce petit calcul du dimanche soir, entre la peur de payer et celle d’arriver en retard pour une facture, faisait presque partie du folklore bancaire belge. Mais il repose aujourd’hui sur une réalité qui n’existe plus.
Ce que la loi européenne a changé, concrètement
Le tournant s’appelle le règlement UE 2024/886, adopté par le Parlement européen en 2024. Ce texte, adopté le 13 mars 2024, dispose que les frais facturés par une banque pour l’envoi et la réception de virements instantanés ne doivent pas être supérieurs aux frais qu’elle facture pour des virements d’un type correspondant, comme le virement classique. En clair, une banque n’a plus le droit de faire payer la vitesse : si le virement ordinaire est gratuit, l’instantané doit l’être aussi.
Cette obligation est entrée en vigueur très précisément le 9 janvier 2025. Dès ce jour-là, l’ensemble des banques belges a proposé les virements instantanés sans frais supplémentaires, la législation européenne imposant aux prestataires de services de paiement qui effectuent des virements ordinaires en euros de fournir un service de paiement instantané. Febelfin, la fédération du secteur financier, a confirmé le mouvement dans la foulée. Le règlement va d’ailleurs plus loin que la simple question tarifaire : il impose de permettre de transférer de l’argent en dix secondes à tout moment de la journée, y compris en dehors des heures de bureau, à l’intérieur d’un même pays. De plus, vers un autre État membre de l’UE.
Une deuxième étape, moins connue du grand public, s’est ajoutée en octobre 2025. Depuis octobre 2025, toutes les banques ont l’obligation de permettre à leurs clients d’effectuer des virements instantanés et d’adopter un « IBAN Check », pour vérifier le nom des bénéficiaires. Ce contrôle croisé entre le nom du bénéficiaire et son IBAN, obligatoire pour tous les virements SEPA, vise à limiter les erreurs et les fraudes, un problème qui prenait de l’ampleur avec la multiplication des transferts en quelques secondes. Car il faut le rappeler : contrairement à un virement classique, qui peut être annulé, un virement instantané est irrévocable, donc mieux vaut être vigilant avant de valider l’opération.
Des nuances qui subsistent selon votre banque
Tout n’est pas encore parfaitement uniforme d’un établissement à l’autre. Certaines banques ont carrément supprimé le choix : chez ING, KBC et CBC, tant sur mobile banking que sur PC banking, le virement instantané est désormais le virement par défaut. D’autres laissent la main au client. Chez Europabank, VDK ou Belfius, on reste libre de cocher l’option « virement instantané » ou de choisir un virement standard, que ce soit via PC banking ou mobile banking. Quelques retardataires, eux, appliquaient encore récemment des restrictions de canal, limitant par exemple l’instantané au mobile banking en attendant l’échéance réglementaire d’octobre 2025.
L’usage suit d’ailleurs la tendance de fond. Environ 22 % de tous les virements réalisés en Belgique étaient déjà instantanés avant même l’entrée en vigueur de la gratuité obligatoire, un chiffre qui grimpe logiquement depuis que le frein tarifaire a sauté. À l’échelle du pays, 197,8 millions de virements instantanés ont été effectués en 2024, et ce total ne peut qu’avoir progressé depuis, la gratuité ayant fait tomber la dernière barrière psychologique pour les indécis.
Reste une question pratique que beaucoup se posent encore : pourquoi persister à programmer un virement pour le lendemain si l’instantané ne coûte plus rien et arrive en dix secondes ? La réponse tient en une nuance souvent oubliée : programmer un virement à une date précise reste utile pour la gestion de trésorerie, par exemple pour s’assurer qu’un loyer parte pile le premier du mois sans risquer un débit anticipé. Ce n’est donc plus une question de frais, mais de timing volontaire. Pour tout le reste, c’est-à-dire la majorité des virements ponctuels entre particuliers, rembourser un ami ou régler une facture urgente, le calcul du « je programme pour demain afin d’économiser un euro » n’a tout simplement plus de sens depuis janvier 2025. Autant vérifier une bonne fois pour toutes les conditions tarifaires affichées par sa propre banque, certaines grilles n’ayant pas encore été toilettées dans la communication client malgré le changement légal.
Sources : lalibre.be | rtbf.be