J’ai appelé l’intercommunale pour le vacarme des poubelles sous ma fenêtre juste pour qu’ils décalent le passage : on m’a répondu que ce n’était pas eux qui décidaient

Le fonctionnaire de l’intercommunale n’a pas menti : il ne décide pas des horaires de collecte. Cette compétence appartient à la commune, qui délègue ensuite l’exécution matérielle du ramassage à l’intercommunale via un contrat de gestion. Résultat, quand le camion-benne réveille tout un pâté de maisons à 6h précises, la personne au bout du fil du numéro vert n’a techniquement aucun levier pour changer quoi que ce soit à l’itinéraire du jour.

À retenir

  • L’intercommunale exécute, mais ce n’est pas elle qui décide des horaires de collecte
  • À 6h, les camions respectent techniquement la limite légale du silence obligatoire
  • Une plainte collective auprès de la commune a bien plus d’effet qu’un appel individuel

Qui décide vraiment de l’heure de passage des poubelles

En Belgique, les Régions confient la gestion des déchets aux communes, qui se regroupent presque systématiquement en structures intercommunales pour mutualiser les coûts de collecte. On compte une seule intercommunale à Bruxelles, sept en Wallonie et vingt-huit en Flandre. Ces organismes s’occupent du porte-à-porte, des bulles à verre et des recyparcs, mais ils opèrent sur base d’un cahier des charges fixé par les autorités communales.

Concrètement, cela signifie que la commune fixe les zones de collecte, les jours de passage et les plages horaires de dépôt des sacs, tandis que l’intercommunale organise les tournées de camions selon une logique purement logistique : optimisation des trajets, nombre de véhicules disponibles, effectifs. Le règlement général de police de la Ville de Bruxelles est explicite sur ce partage des rôles : l’administration communale peut modifier les heures de dépôt des sacs ou récipients pour déchets lorsque celles-ci ne correspondent pas avec les impératifs tirés de la sécurité, de la tranquillité, de la propreté ou de la santé publiques. le bourgmestre et son collège ont bien la main sur la règle générale, mais l’heure exacte à laquelle le camion arrive devant votre fenêtre reste soumise aux aléas de la tournée du jour, aux embouteillages, à un chauffeur malade ou à une rue bloquée par des travaux plus loin.

C’est cette mécanique en deux étages qui explique la réponse frustrante reçue au téléphone. L’agent de l’intercommunale gère l’exécution opérationnelle, pas la politique de collecte. Pour espérer un changement, il faut remonter à la source, c’est-à-dire au service environnement ou propreté de sa commune, voire directement à l’échevin compétent.

Voilà où ça devient piquant. Dans de nombreuses communes, les collectes démarrent officiellement dès potron-minet. À Ottignies-Louvain-la-Neuve par exemple, les collectes commencent dès 6h du matin, et les habitants sont invités à sortir leurs déchets la veille à partir de 20h et au plus tard à 6h le jour de la collecte (5h en cas de forte chaleur, pour éviter que les sacs ne cuisent au soleil). Or la plupart des règlements communaux de police, comme à Liège, fixent le tapage nocturne pendant la période allant de 22h le soir à 6h le matin. Le camion-poubelle arrive donc pile à la limite légale du silence obligatoire, ce qui explique pourquoi tant de riverains ont l’impression d’être réveillés « juste avant l’heure autorisée ». Ce n’est ni un hasard ni une entourloupe : les tournées sont calées tôt précisément pour éviter la circulation dense et terminer avant l’heure de pointe.

Le bruit reste malgré tout l’un des motifs de plainte les plus fréquents entre voisins et vis-à-vis des services publics. Le bruit est la première cause des plaintes pour troubles de voisinage dans la plupart des communes belges, et les camions de collecte, avec leurs bennes hydrauliques qui grincent et leurs marches arrière qui bipent, figurent en bonne place du palmarès des nuisances matinales, même si techniquement, ils respectent le cadre horaire fixé.

Que faire concrètement quand ça sonne trop tôt sous chez soi

Appeler l’intercommunale pour demander un changement d’horaire revient à demander à un livreur de colis de modifier lui-même le plan de tournée de toute l’entreprise. Ça ne fonctionne pas comme ça. La bonne démarche consiste à contacter le service propreté ou environnement de sa commune, par écrit de préférence, en expliquant précisément la rue concernée et l’heure du passage. Les communes disposent, depuis une réforme datant de 2004, d’un pouvoir réglementaire propre en matière d’incivilités urbaines : depuis 2004, les communes ont le pouvoir d’ériger une série de nuisances en incivilités et ainsi de les sanctionner par des amendes. Ce même pouvoir leur permet en théorie d’ajuster les plages horaires de collecte si une demande argumentée et documentée leur parvient, surtout si plusieurs riverains de la même rue se manifestent ensemble plutôt qu’isolément.

Une plainte collective a nettement plus de poids qu’un coup de fil individuel un peu excédé un lundi matin. Grouper les signatures d’une rue, joindre éventuellement une mesure de décibels via une application smartphone (pas juridiquement contraignante mais illustrative), et interpeller directement l’échevin du cadre de vie lors d’un conseil communal reste la méthode la plus efficace pour faire bouger une ligne de tournée. Certaines communes, sensibles à ces retours, ont déjà décalé des horaires de collecte dans des rues résidentielles à forte densité de plaintes, preuve que le système, bien que lent, n’est pas totalement hermétique aux doléances citoyennes.

Un détail amuse souvent les riverains une fois qu’ils comprennent le système : le sac lui-même est encadré avec une précision presque comique. À Anderlecht, sortir sa poubelle au mauvais moment expose à une sanction de 200€ par sac sorti au mauvais moment. l’administration se montre redoutablement stricte sur l’heure à laquelle le citoyen doit sortir son sac, mais beaucoup plus discrète sur l’heure à laquelle le camion, lui, a le droit de passer le récupérer. Un déséquilibre qui mériterait, lui aussi, un petit coup de fil bien senti à l’échevinat compétent.