Le taille-haie sort du garage, le soleil revient, le week-end est là. Ce rituel du samedi de printemps, des milliers de Belges le vivent chaque année avec la même conviction tranquille : c’est le bon moment. C’est pourtant précisément là que la réglementation peut rattraper le jardinier le plus consciencieux, selon où il habite et ce qu’il taille.
À retenir
- Les règles de taille varient radicalement entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre — et même entre communes
- En Wallonie, aucune interdiction affichée, mais une loi piégée qui a déjà coûté plusieurs milliers d’euros
- La période sensible commence bien plus tôt qu’on ne le pense, et le réchauffement climatique complique encore les choses
Bruxelles, Wallonie, Flandre : trois régions, trois régimes
Les règles varient sensiblement entre nos différentes régions et communautés ainsi qu’au niveau des communes elles-mêmes, ce qui explique en grande partie la confusion générale. La Belgique, fidèle à elle-même, n’a pas prévu un régime unifié. Alors avant d’appuyer sur la gâchette du taille-haie, mieux vaut savoir où l’on se trouve.
En Région bruxelloise, il est interdit de couper des arbres et de les élaguer avec des engins motorisés entre le 1er avril et le 15 août. Cette interdiction découle de l’article 68 de l’Ordonnance du 1er mars 2012 relative à la conservation de la nature. Un taille-haie électrique ou à moteur thermique, sorti après le 1er avril dans un jardin bruxellois, constitue donc une infraction réelle, pas une simple mauvaise pratique.
En Wallonie, la situation est plus nuancée, et franchement moins protectrice. La taille des haies n’est pas strictement interdite en période de nidification, mais il est recommandé de suivre les bonnes pratiques pour préserver la biodiversité. Pour les citoyens, aucune interdiction n’est prévue au niveau wallon. Les communes peuvent légiférer sur la question, mais la plupart ne prévoient pas de règlement dans ce sens. Un vide juridique qui laisse le jardinier wallon dans un flou inconfortable.
En Flandre, la saison de reproduction commence légalement le 15 mars et se termine le 15 juillet. Pendant cette période, il est interdit de déranger ou de détruire intentionnellement les oiseaux, leurs œufs et leurs nids. L’élagage et l’abattage ne sont donc pas interdits en soi, à condition que les nids et les oiseaux ne soient pas détruits ou dérangés.
Le piège wallon : pas d’interdit général, mais une loi qui mord quand même
Voilà où ça devient intéressant. Parce que l’absence d’interdiction explicite en Wallonie ne signifie pas l’absence de tout risque. En Wallonie, la perturbation et la destruction intentionnelle d’oiseaux sauvages, de leurs nids ou de leurs œufs durant la période de reproduction restent proscrites par la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature.
: tailler votre haie un samedi de mai sans vérifier si un merle y couve, c’est jouer avec le feu. La loi sur la conservation de la nature interdit de détruire, d’endommager ou de perturber intentionnellement les nids et les œufs d’oiseaux, ainsi que leurs habitats, pendant la saison de reproduction. Si des oiseaux nichent dans votre haie, toute taille est illégale pendant cette période.
Ce n’est pas théorique. Un tournant décisif dans la protection de cette espèce a eu lieu : la destruction de plusieurs dizaines de nids au château de Harzée a été sanctionnée par une amende de plusieurs milliers d’euros. La Ligue espère que cette condamnation servira d’exemple dissuasif. le 26 juin 2018, l’asbl gestionnaire du château a été condamnée, pour la destruction de 24 nids, à une amende de 2.400 euros à payer immédiatement, ainsi qu’à une amende de 9.600 euros avec sursis de trois ans. Certes, il s’agissait d’une asbl et non d’un particulier, mais la loi protège les oiseaux chez tout le monde, personnes morales comme physiques.
Les services de la Région wallonne sont particulièrement vigilants au respect de ces dispositions en période de nidification, et des procès-verbaux ont déjà été établis pour des opérations de coupe ou de taille importante durant cette période.
La nidification, c’est plus tôt qu’on ne le pense
Dans nos régions, la période de nidification s’étend environ du mois de mars jusqu’à la mi-août. C’est à cette période que les oiseaux se reproduisent et qu’ils ont le plus besoin des haies, des arbres ou des troncs creux comme supports pour leur nid, mais aussi comme source de nourriture. Un samedi de mai ensoleillé, c’est donc en plein cœur de cette fenêtre sensible.
Un nid mis à vue par une taille sera d’office exposé à la pluie, au vent et aux prédateurs. Les oisillons auront donc peu de chance de survie. Les tailles nuisent gravement aux couvées en délogeant les parents, effrayés par le bruit. Les haies sont des havres de biodiversité, et une grande partie des espèces d’oiseaux des jardins, tels que les merles, les rougegorges ou les troglodytes, nichent dans les haies plutôt que dans les arbres.
Le réchauffement climatique complique encore le tableau. La Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux appelle à une interdiction en Wallonie comparable à celle de Bruxelles, en avançant le début de l’interdiction au 1er mars, pour mieux protéger les oiseaux, qui se reproduisent de plus en plus tôt en raison du réchauffement climatique. Cette avancée de date est également justifiée car l’expérience bruxelloise démontre que les semaines précédant immédiatement l’interdiction sont chaque année une période de tailles intenses. Bref, tout le monde se dépêche avant le coup de sifflet, au détriment des oiseaux.
Ce que vous pouvez concrètement faire (ou éviter)
La LRBPO conseille vivement d’éviter les tailles des haies et des arbres entre le 1er mars et le 15 août, afin de ne pas nuire aux nidifications des oiseaux. Le bon moment, c’est l’hiver. L’hiver est la période recommandée pour les tailles. Vos arbres et haies sont en dormance, ils seront moins fragilisés par une coupe, ce qui favorise leur bon développement.
Si vous résidez en Wallonie et que la taille ne peut vraiment pas attendre, prenez quelques instants pour vérifier la présence de nids dans vos haies avant de tailler. Mais une simple vérification n’est souvent pas suffisante, car les nids sont souvent bien cachés et ne sont pas visibles. Autant dire que le risque d’infraction involontaire est réel.
À Bruxelles, la règle est claire et sans ambiguïté : pas d’engins motorisés du 1er avril au 15 août. Point. Cette thématique est une compétence communale, mais la plupart des communes ne légifèrent pas à ce propos. Vérifiez donc le règlement de police de votre commune. Certaines d’entre elles ont décidé d’adopter les mêmes règles que Bruxelles-Capitale, sans en faire nécessairement la publicité.
La politique agricole commune fixe une interdiction de tailler les haies et les arbres entre le 1er avril et le 31 juillet pour les agriculteurs. Ce qui vaut pour les exploitants agricoles wallons devrait logiquement s’appliquer à tous, c’est précisément ce que réclame la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux depuis plusieurs années, sans que le législateur wallon n’ait encore tranché la question. En attendant, le doute profite rarement au merle qui couve dans votre thuya.
Sources : protectiondesoiseaux.be | protectiondesoiseaux.be