« Je pensais que c’était déjà en place » : ce qui change vraiment avec la consigne en Belgique

La réponse courte : en Belgique, en mars 2026, la consigne sur les canettes et bouteilles en plastique n’existe toujours pas. Pas encore. Et pourtant, beaucoup de Belges sont sincèrement convaincus du contraire. Ce décalage entre perception et réalité dit quelque chose d’intéressant sur la manière dont ce dossier a été géré depuis des années, à coups d’annonces, d’études, de contre-études, et de belles intentions jamais tout à fait concrétisées.

À retenir

  • Pourquoi 80% des Belges soutiennent un système que la politique repousse depuis des années
  • Le débat qui bloque tout : machines de consigne classiques ou codes QR numériques ?
  • Comment l’Europe force la main avec une deadline de 2029 et des amendes à la clé

Ce qui existe vraiment : la « vidange », un héritage bien belge

En Belgique, seules les bouteilles en verre réutilisables font l’objet d’une consigne. Cela concerne principalement les bouteilles de bière et les bouteilles d’eau destinées au secteur de la restauration. C’est ce que les Belges appellent affectueusement la « vidange », ce petit montant qu’on paie en plus sur un casier de Jupiler et qu’on récupère en rapportant les bouteilles vides. L’avantage de ce dispositif est la réutilisation de l’emballage, jusqu’à 50 fois environ, réduisant ainsi la production de bouteilles, la quantité de déchets, et reléguant le recyclage à la dernière étape.

Rien de révolutionnaire donc. Ce système existe depuis des décennies, et il fonctionne plutôt bien pour ce qu’il est. À Chimay, et dans beaucoup d’autres brasseries, 98 % des bouteilles émises en Belgique sont rapportées, lavées à haute pression, et réutilisées. Mais les canettes de soda abandonnées sur le bord de la nationale 4 un dimanche matin ? Elles, elles ne sont consignées nulle part.

Pourquoi la consigne « élargie » n’est toujours pas là

Il n’y a toujours pas de consigne sur les bouteilles en PET et les canettes. La Belgique n’est plus depuis longtemps un champion du recyclage : en moyenne, seuls 65 % des bouteilles en plastique et des canettes sont recyclées. Pour comparaison, les pays qui pratiquent la consigne peuvent recycler plus de 90 % des canettes et du PET.

Le sujet n’est pas nouveau. En Flandre, la ministre Zuhal Demir a été la première à annoncer, en septembre 2022, qu’un système de consigne était « inévitable » pour les canettes et les bouteilles en plastique et qu’il serait introduit d’ici 2025. 2025 est passé. La consigne n’est mentionnée dans aucun accord de coalition, de sorte que l’on doute de l’introduction d’un système de consigne en 2025. Résultat : en 2026, on attend encore.

Le problème belge par excellence s’est invité dans le débat : la décision sur la mise en place d’une consigne relève à la fois de l’État fédéral et des Régions, donc d’une chaîne de décision complexe. Trois régions, trois vitesses, trois visions. Les différentes régions doivent se mettre d’accord sur le système qu’elles souhaitent mettre en œuvre : une consigne classique avec des points de collecte physiques, ou un système numérique avec des codes QR sur les emballages et les poubelles.

Ce débat entre consigne « classique » et « numérique » a monopolisé les discussions pendant des mois. D’un côté, la machine en magasin, comme on connaît pour les bouteilles en verre. De l’autre, un système où le citoyen scanne un code sur son emballage avec son smartphone avant de le jeter. Les détracteurs de la consigne numérique reprochent à ce système d’accentuer la fracture numérique en obligeant le consommateur à utiliser son smartphone pour trier ses déchets. Et moins de la moitié des personnes interrogées sont prêtes à télécharger une application sur leur smartphone pour pouvoir régler la caution.

Le coût d’une non-décision

Les déchets sauvages continuent d’augmenter chaque année. Leur nettoyage coûte des milliers d’euros du contribuable. Pour la seule Flandre, cela représente 164 millions d’euros par an. Et en Wallonie, chaque Wallon paye environ 25 euros par an pour débarrasser l’espace public des déchets sauvages.

Les chiffres bruxellois ne sont pas en reste. À Bruxelles, 1 800 tonnes de bouteilles en plastique et près de 4 000 tonnes de canettes sont ramassées chaque année dans l’espace public. Des chiffres qui donnent le vertige, et qui expliquent pourquoi plus de 80 % des Belges sont en faveur de la consigne. Le soutien populaire est là. La volonté politique, moins.

Une étude flamande de l’OVAM avait pourtant montré que la rentabilité du système était positive : les recettes (82 millions d’euros) dépassent les coûts (77 millions d’euros), et 29,5 millions d’euros peuvent être économisés sur les actions de nettoyage et le ramassage des déchets sauvages. Économiquement, ça tient la route. Politiquement, c’est une autre histoire.

L’Europe qui force la main, deadline 2029

Ce qui n’a pas été décidé par conviction le sera par obligation. Le règlement européen 2025/40 fixe plusieurs objectifs ambitieux, dont la mise en place de systèmes de consigne pour assurer une collecte de 90 % des bouteilles plastiques et canettes métalliques en 2029. Ce règlement est un texte directement applicable dans tous les États membres, sans marge de manœuvre nationale.

L’Europe laisse une marge de flexibilité : si un pays atteint 80 % de Collecte dès 2026, il peut être exempté de la mise en place d’un système de consigne. Certains acteurs belges s’accrochent à cette porte de sortie, arguant que le sac bleu fait déjà du bon travail. Mais pour atteindre les 90 % de recyclage exigés par le règlement UE 2025/40, la Belgique plafonne actuellement à 68,5 % pour les canettes et 83,7 % pour les bouteilles, insuffisant pour éviter les sanctions européennes.

La prochaine version du débat belge sur la consigne ne portera donc plus sur « faut-il le faire ? » mais sur « comment le faire avant que l’amende tombe ? ». Trois ans, c’est court pour harmoniser trois régions, convaincre un secteur du commerce réticent à l’idée de gérer des machines à retour de bouteilles, et former des millions de citoyens à de nouveaux réflexes. La Belgique a une tradition solide pour aborder les grandes réformes à la dernière minute, et parfois même juste après.