Depuis le 3 mars 2026, des millions de téléspectateurs voient défiler sur leur écran les mêmes décors : falaises calcaires qui plongent dans une eau turquoise, plages de sable immaculé dissimulées derrière des rochers géants, pirogues qui glissent entre des îlots surgis de nulle part. Koh-Lanta : Les Reliques du Destin est la 28e édition de l’émission, diffusée sur TF1 depuis le 3 mars 2026. Le cadre qui hypnotise chaque mardi soir a un nom : l’archipel de Caramoan. Et c’est précisément cette péninsule philippine qui mérite qu’on s’y attarde, pas pour suivre les stratégies des candidats, mais pour comprendre pourquoi une émission aussi exigeante en termes de décors a fini par y revenir encore et encore.
À retenir
- 13 saisons de Survivor provenant de 9 pays différents ont été tournées au même endroit
- Un parc national de 4 000 hectares protège une biodiversité marine et terrestre exceptionnelle
- L’accès logistique complexe a préservé Caramoan du surisme malgré sa popularité télévisuelle
Pourquoi Caramoan est devenu un terrain de jeu mondial
Nichée dans la partie orientale de la région de Bicol, dans la province de Camarines Sur, la péninsule de Caramoan est une destination tropicale de rêve avec ses collines verdoyantes, ses formations calcaires spectaculaires et ses plages de sable blanc. Ce qui frappe d’emblée, c’est la densité des décors sur une superficie finalement modeste.
Pas moins de 13 saisons de l’émission mondiale Survivor ont été tournées sur la péninsule de Caramoan, issues de 9 pays différents. La version française n’est pas en reste : Koh-Lanta : Caramoan fut la huitième saison de la version française de Survivor, tournée sur la péninsule de Caramoan, diffusée sur TF1 de juillet à septembre 2008. C’est au total la sixième année que le tournage de Koh-Lanta se déroule dans le pays. Quand autant de productions internationales choisissent le même spot, ce n’est pas du hasard, c’est de la géographie qui se défend toute seule.
La raison tient en bonne partie à la protection de cet espace. Le Parc National de Caramoan s’étend sur une forêt calcaire de plus de 4 000 hectares. Ce statut de zone protégée a permis de conserver intacts des jardins de corail, des mangroves et des forêts où vivent des espèces endémiques remarquables comme le Calao tarictic et l’Aigle serpentaire des Philippines. Sous la surface de l’eau, la biodiversité marine récompense chaque plongée, qu’elle se fasse en apnée ou avec bouteilles. Caramoan est réputée pour son aspect préservé et difficile d’accès, souvent accessible uniquement par bateau depuis Naga ou Legazpi, ce qui renforce le sentiment d’aventure authentique.
Un archipel à explorer île par île
La zone de Caramoan est un archipel de falaises calcaires déchiquetées, de plages de sable blanc, de criques cachées et d’eaux turquoise. L’expérience se vit avant tout en bateau, dans un island hopping qui révèle à chaque escale un décor différent du précédent.
L’île de Matukad concentre à elle seule ce que Caramoan a de plus singulier. Derrière sa plage de sable fin aux allures de carte postale, rivale directe des plages de Boracay selon les voyageurs qui ont fait le déplacement — se cache une montée de falaise calcaire menant à un lagon intérieur. Ce lac secret, qu’on appelle le lagon de Matukad, est entouré d’une légende locale : un poisson-lait géant y nagerait, apparu mystérieusement dans ses eaux. Les plus sportifs s’y rendent en escaladant les parois à mains nues ; les autres apprécient l’effort depuis les hauteurs où la vue panoramique sur les îlots voisins coupe le souffle.
Non loin, les paysages de Caramoan avec ses plages sauvages, ses îles calcaires et ses criques dissimulées sont devenus iconiques à l’échelle mondiale. L’île de Lahos, surnommée le « mini El Nido » pour ses formations karstiques, se distingue par sa configuration unique : deux collines calcaires reliées par une bande de sable fin créant deux plages opposées. Des grottes s’y explorent à pied ou à la nage. L’île de Cagbalinad, quant à elle, attire les amateurs de snorkeling avec ses récifs peu profonds et ses eaux d’une clarté absolue face aux falaises escarpées de la côte principale. La randonnée jusqu’au lagon prend peu de temps, et ce qui rend cet endroit particulier est notamment le fait d’avoir servi de cadre au tournage de Survivor.
Hunongan Cove, cachée derrière de hautes parois rocheuses, est l’une des anses les plus pittoresques de tout l’archipel. C’est l’endroit idéal pour le kayak, permettant d’explorer les recoins de la côte où la jungle semble plonger directement dans la mer. Les amateurs d’adrénaline peuvent également s’essayer à l’escalade des falaises calcaires ou à la spéléologie.
À table avec les pêcheurs de Bicol
Voyager jusqu’à Caramoan sans s’attarder sur la cuisine locale serait passer à côté d’une dimension entière. La région de Bicol est réputée dans tout l’archipel philippin pour sa gastronomie épicée et crémeuse, construite autour des ressources de la mer et des produits locaux. Le Bicol Express, plat emblématique de la région, mêle porc, lait de coco, piments et ail dans une harmonie qui surprend les palais européens. L’archipel est un véritable paradis pour les amateurs de fruits de mer, avec un accès illimité aux produits de la pêche locale.
Dans les restaurants locaux, les plats typiques varient entre 3 et 10 euros selon le type d’établissement, ce qui place Caramoan parmi les destinations les plus abordables de la région Asie-Pacifique. Le soir, on peut déguster les fruits de mer frais dans l’un des restaurants locaux ou simplement se détendre en regardant le coucher de soleil depuis son hôtel. Les eateries familiales du bord de plage servent du poisson grillé pêché du matin, du bangus (poisson-lait) préparé à la braise, des crevettes et des coquillages à des prix qui n’ont rien à voir avec ce qu’on trouverait à El Nido ou à Boracay.
Se loger à Caramoan : du hamac au resort perché
C’est peut-être le sujet qui surprend le plus les voyageurs belges habitués à une offre d’hébergement standardisée : Caramoan propose un spectre allant de l’hébergement chez l’habitant jusqu’au resort isolé avec vue sur une crique privée, sans que l’un soit meilleur que l’autre, ils répondent simplement à des envies différentes.
Les prix des hébergements à Caramoan commencent généralement autour de 20 euros par nuit pour les options les plus simples et peuvent aller jusqu’à 80 euros ou plus pour les établissements de gamme supérieure. Caramoan propose une gamme variée d’hébergements adaptés à tous les budgets ; les pensions de famille locales, en particulier, offrent un accueil chaleureux et une immersion dans la vie quotidienne des habitants. Pour les voyageurs qui cherchent quelque chose de plus insolite, il existe des farmstays où l’on participe à la récolte du riz ou à l’entretien des cacaoyers, dans des matinées lentes et des repas simples et nourrissants.
La seule option luxueuse de tout l’archipel, un resort niché sur une colline surplombant une crique, propose des tarifs à partir de 170 dollars la nuit pour une expérience isolée. Entre les deux extrêmes, des établissements comme le Tugawe Cove Resort, l’Airusxander Front Beach Resort et West Peninsula Villas comptent parmi les adresses avec piscine les mieux notées de la région.
Le meilleur moment pour s’y rendre ? La saison sèche, de novembre à avril, offre des journées chaudes et ensoleillées avec des températures autour de 30°C, parfaites pour l’island hopping. La région de Bicol étant sur le passage des typhons, la mousson du nord-est sévit d’octobre à janvier, rendant la mer dangereuse ; la période idéale reste donc de février à début juin.
Caramoan n’est pas une destination qui s’impose d’emblée dans les brochures des agences de voyage bruxelloises. Il faut un vol vers Manille, puis une correspondance vers Naga, puis un van jusqu’au port de Sabang, puis une traversée en bateau jusqu’à Guijalo. Tout cela prend du temps et de l’énergie. Mais c’est précisément cette friction logistique qui a préservé l’endroit du tourisme de masse. Quand autant de productions télévisées de la planète, dont Koh-Lanta : Les Reliques du Destin et les informations de l’Office du Tourisme des Philippines sur Caramoan — continuent de choisir cet archipel pour décor, la question n’est plus « pourquoi y aller » mais « combien de temps encore restera-t-il aussi sauvage ? »