Le 12 août 2026, en plein été islandais, le soleil va disparaître. Pas quelques heures, pas progressivement : une éclipse totale plongera Reykjavík dans l’obscurité complète pendant environ une minute. Björk a décidé d’en faire une rave.
La dernière éclipse totale à avoir traversé l’Islande remontait au 30 juin 1954. La prochaine fois qu’un tel phénomène sera visible depuis Reykjavík, ce sera en mai 2245. Entre les deux : un seul rendez-vous, cet été, dans un parc de sculptures aux portes de la capitale. Pour les amateurs d’expériences culturelles hors norme, il serait difficile d’imaginer meilleur prétexte pour enfin poser les pieds en Islande.
À retenir
- Une minute de totalité dansée sous les platines de Björk en plein mois d’août islandais
- L’exposition « Echolalia » transforme le musée en univers björkien pendant quatre mois
- Un phénomène astronomique qui n’avait pas traversé l’Islande depuis 1954
Echolalia : quand un volcan s’invite dans un musée
Björk, l’icône islandaise et artiste multidisciplinaire, ouvre une exposition d’œuvres immersives à la Galerie nationale d’Islande, en coïncidence avec le Reykjavík Arts Festival 2026. L’exposition « Echolalia » est visible à la National Gallery of Iceland, Fríkirkjuvegur 7, 101 Reykjavík, du 30 mai au 20 septembre 2026. Quatre mois durant lesquels le musée devient un territoire entièrement björkien.
L’exposition se concentre sur Björk comme force créatrice derrière des projets multimédia développés en collaboration avec des communautés de musiciens, artistes, designers, danseurs, cinéastes et techniciens. En trois installations immersives, le public a l’opportunité rare de s’engager intimement avec des œuvres d’une profondeur visuelle, sonore et émotionnelle phénoménale.
Le programme concret est saisissant. Les deuxième et troisième galeries sont dédiées à deux œuvres puissantes nées autour de l’album Fossora (2022). « Ancestress » prend la forme d’une lamentation centrée sur la nature cyclique de la vie, filmée dans une vallée islandaise entourée de nuages, mettant en scène une procession rituelle de musiciens et danseurs en costumes aux teintes rouges. Björk et son fils Sindri Eldon y figurent. L’œuvre « Sorrowful Soil » est une composition chorale dédiée à la mère de Björk, l’activiste environnementale Hildur Rúna Hauksdóttir, décédée en 2018. La vidéo ovale flotte au-dessus des coulées de lave du volcan Fagradalsfjall en éruption.
Trente haut-parleurs transmettent chacun une voix distincte du chœur Hamrahlíð, dirigé par Þorgerður Ingólfsdóttir. Une façon de circuler entre les voix comme on se déplacerait entre les arbres d’une forêt. La première galerie contient quant à elle une nouvelle installation tirée du prochain album de Björk, une introduction au dernier chapitre de ses explorations continues de la transformation et de la collaboration.
L’exposition est présentée aux côtés de « Metamorphlings », une exposition de James Merry, collaborateur de longue date de Björk, dans la quatrième et dernière galerie du musée. Cette rétrospective comprend plus de 80 œuvres, notamment les masques portés dans les clips et performances scéniques de l’artiste. Un double programme qui transforme le musée en véritable univers parallèle pour tout l’été.
Une minute quatre secondes d’obscurité totale, en dansant
Baptisé Echolalia, le festival d’un jour se tiendra à Víðistaðatún, Hafnarfjörður, le mercredi 12 août. En plus d’un DJ set de Björk elle-même, le public pourra découvrir une performance d’Arca, ainsi que des artistes locaux Sideproject et Ronja Jóhannsdóttir.

L’élément le plus définissant de la journée sera une minute et quatre secondes de « totalité », quand la Lune occultera complètement le Soleil, plongeant les lieux dans l’obscurité. L’éclipse durera environ deux heures au total, pendant lesquelles le site sera baigné dans une lumière étrange et irréelle. Danser sous un ciel de nuit artificielle en plein mois d’août, en Islande, avec Björk aux platines : difficile de trouver un équivalent sur n’importe quelle autre scène européenne.
Selon les organisateurs, l’événement s’inscrit dans un programme culturel plus large lié à l’exposition de Björk à la Galerie nationale d’Islande et au 40e anniversaire de Smekkleysa, le label et disquaire culte de Reykjavík, véritable institution de la scène alternative islandaise. Tous les billets incluent l’accès à l’exposition de Björk à la Galerie nationale d’Islande ainsi qu’une paire de lunettes solaires homologuées fabriquées spécialement pour l’occasion. Les billets sont disponibles sur tix.is.
L’éclipse totale du 12 août 2026 traversera l’Arctique, le Groenland, l’Islande, le Portugal et l’Espagne. Mais c’est l’Islande qui offre la totalité la plus longue, jusqu’à 2 minutes 13 secondes dans les Westfjords, avec un Soleil à 24,5° au-dessus de l’horizon pour une observation confortable. La dernière éclipse solaire totale visible depuis l’Europe continentale remontait au 11 août 1999. Autant dire que les rares Belges qui se souviennent de l’avoir observée depuis leur jardin mesurent exactement ce que cela représente.
Reykjavík comme point de départ, l’Islande comme décor
Björk n’est pas une artiste qui s’est construite malgré son pays. Elle s’est construite avec lui. Pour comprendre l’univers créatif de l’artiste, il faut sortir de Reykjavík. Une grande partie de son langage visuel est ancrée dans les paysages islandais, des endroits qui semblent à la fois bruts, cinématographiques et autres. La péninsule de Grótta, par exemple, où le clip de « Stonemilker » a été filmé, juste en dehors de la capitale, offre de larges vues sur l’océan, avec un phare balayé par le vent et une atmosphère qui change avec la météo.

Pour se loger au plus près de l’exposition, le Kvosin Hotel mérite l’attention. Ce boutique-hôtel bien situé se trouve à quelques minutes à pied de la galerie et propose une alternative plus chaleureuse aux grands hôtels, avec des chambres nommées d’après des figures culturelles islandaises, dont Björk elle-même. Les chambres Cosy sont disponibles à partir de 186 € par nuit (minimum deux nuits), sur le site de réservation du Kvosin Hotel.
Pour ceux que l’été islandais ne suffit pas à convaincre, Reykjavík propose un deuxième rendez-vous musical en fin d’année. Lancé en 1999 comme événement unique dans un hangar d’aéroport, Iceland Airwaves est le festival de musique showcase le plus septentrional du monde, situé à mi-chemin entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Chaque novembre, le centre de Reykjavík s’anime avec les talents islandais émergents et les artistes internationaux avant-gardistes, des performances dans de minuscules disquaires et des musées d’art jusqu’aux clubs et grandes salles. En 2026, le programme officiel d’Iceland Airwaves se déroulera du 5 au 7 novembre dans le centre-ville de Reykjavík.
Un dernier détail qui dit beaucoup sur la façon dont l’Islande pense ses événements : Björk est également en train de composer la bande son d’un nouveau jeu multijoueur de science-fiction appelé SEED, et a récemment partagé la scène avec Rosalía lors d’une performance aux BRIT Awards 2026. Son prochain album est attendu pour 2027. L’exposition Echolalia en offre déjà un avant-goût sonore, installé dans les murs d’une galerie nationale, au-dessus des coulées de lave d’un volcan. Septante ans d’attente pour une éclipse totale, quatre minutes de nuit en plein été, et une artiste qui traite le cosmos comme une salle de concert : l’Islande, cet été, ne ressemble à nulle part ailleurs.