« Je pensais que la piqûre contre la bronchiolite pouvait attendre le premier rendez-vous chez le pédiatre » : ce que la sage-femme m’a répondu la veille de notre sortie de maternité

Non, la piqûre contre la bronchiolite ne peut pas attendre le rendez-vous chez le pédiatre. C’est précisément ce que répondent aujourd’hui les sages-femmes belges aux parents qui pensent, comme beaucoup, avoir le temps de voir venir. Le message est clair depuis la rentrée 2026 : l’injection de nirsevimab (Beyfortus) doit être administrée à la maternité, avant la sortie, et idéalement dès le lendemain de la naissance.

Cette anecdote, glanée dans une maternité wallonne, résume une confusion fréquente chez les jeunes parents. On assimile cette injection à un vaccin classique, celui qu’on planifie tranquillement lors de la première visite pédiatrique à quelques semaines de vie. Mais le calendrier n’a rien à voir, et le retard peut coûter cher en termes de protection.

À retenir
  • Le nirsevimab doit être administré à la maternité avant la sortie, pas reporté au premier rendez-vous pédiatrique
  • Ce produit fournit des anticorps prêts à neutraliser le virus, contrairement aux vaccins qui activent le système immunitaire
  • Une seule injection protège tous les nouveau-nés nés pendant la saison VRS, réduisant les hospitalisations pour bronchiolite de moitié

Ce n’est pas un vaccin, et le timing change tout

Lors de leur visite de la salle de maternité, les pédiatres peuvent désormais informer les mères et les pères sur la possibilité d’administrer le nirsevimab avant ou au début de la saison VRS. Le produit n’active pas le système immunitaire du bébé comme le ferait un vaccin classique. Il lui fournit directement des anticorps prêts à neutraliser le virus respiratoire syncytial, principal responsable de la bronchiolite chez les nourrissons.

Tous les nourrissons nés pendant la saison VRS sont éligibles pour le remboursement de Beyfortus, l’immunisation étant mieux réalisée à partir de la deuxième semaine de septembre, le jour après la naissance et avant la sortie de la maternité. Cette recommandation, conforme aux règles de l’INAMI, explique pourquoi les sages-femmes insistent autant auprès des parents avant la sortie.

Attendre le premier rendez-vous chez le pédiatre, souvent fixé une à deux semaines après la naissance, revient à laisser le bébé sans protection pendant toute cette période. Or c’est justement durant les premières semaines de vie que les nourrissons sont les plus vulnérables face au VRS.

Une bronchiolite qui remplit les hôpitaux belges chaque hiver

Chaque année, des milliers d’enfants de moins de 12 mois sont admis dans les hôpitaux belges pour une bronchiolite, causée par un virus, généralement le VRS, très contagieux et qui survient presque exclusivement pendant les mois d’automne et d’hiver. Les chiffres impressionnent, mais ils cachent une réalité clinique parfois lourde pour les familles.

Il n’existe pas de traitement curatif actuellement ; le traitement donné en hospitalisation est symptomatique, de support, et dans certains cas, une assistance respiratoire et une alimentation par sonde ou par perfusion sont nécessaires. C’est cette absence de remède miracle qui rend la prévention si stratégique, plutôt qu’un simple confort administratif.

Le nirsevimab n’a pas surgi de nulle part. Il a été autorisé par l’Agence européenne des médicaments en octobre 2022 pour la prévention des maladies respiratoires liées au VRS chez les nouveau-nés et nourrissons lors de leur première saison. En Belgique, il a définitivement pris la place du palivizumab (Synagis), qui n’était réservé qu’aux bébés les plus à risque. Palivizumab n’est plus disponible en Belgique et sera complètement remplacé par nirsevimab. Concrètement, la protection n’est plus réservée à une poignée de prématurés fragiles : elle concerne désormais tous les nouveau-nés, sans distinction.

Une seule injection suffit.

Qui décide, et que faire si on a raté le coche

Dans les maternités belges, ce sont les équipes soignantes, souvent les sages-femmes, qui proposent et administrent l’injection avant le retour à la maison. Elles jouent un rôle de filet de sécurité, sachant que tous les parents ne connaissent pas encore ce protocole relativement récent.

Un point rassure les familles qui ont accouché plus tôt dans l’année : un rattrapage existe. Un groupe de rattrapage concerne les enfants nés entre le 16 mars 2026 et le 30 septembre 2026, avec la possibilité d’immuniser jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026, conforme à l’évolution de la saison VRS, et il est recommandé d’administrer le produit avant le début de la saison ou peu après son démarrage. Les prématurés qui séjournent en unité de soins intensifs néonatals bénéficient d’un suivi spécifique, puisque leur sortie de l’hôpital ne coïncide pas toujours avec le pic de circulation du virus.

Pour les parents qui rentrent à la maison sans avoir reçu l’injection, tout n’est pas perdu. Le médecin traitant, le pédiatre ou la sage-femme peuvent encore prescrire le produit lors d’une consultation ultérieure, à condition de ne pas trop tarder vu que le virus circule dès l’automne.

Ce que ça change concrètement pour les parents

Sur le terrain, l’efficacité se mesure déjà en lits d’hôpital économisés. Lors d’une campagne récente, 80 % des nouveau-nés en maternité ont pu recevoir le médicament, avec une efficacité de 78 % et une réduction de moitié des cas d’hospitalisation pour bronchiolite. Ces chiffres viennent de France, où le dispositif est comparable, mais ils donnent une idée assez fidèle de ce qu’on peut espérer côté belge.

La leçon à tirer de cette histoire de maternité tient en une phrase : ne pas attendre le rendez-vous pédiatrique classique pour se poser la question de l’injection contre le VRS. Les parents qui accouchent en cette fin d’année ont tout intérêt à poser directement la question à l’équipe de maternité, avant même de préparer le sac de sortie. Une chose reste certaine : dans ce dossier précis, c’est l’hôpital qui a une longueur d’avance sur le calendrier du pédiatre, pas l’inverse.