« Je pensais que la RC familiale était obligatoire, comme celle de la voiture » : ce que le courtier m’a répondu en cherchant mon contrat dans son classeur

Non, la RC familiale n’est pas obligatoire en Belgique. Contrairement à la RC auto, aucune loi ne vous oblige à la souscrire. C’est précisément ce que ce courtier, feuilletant son classeur à la recherche d’un contrat introuvable, a fini par confirmer à son client persuadé du contraire.

La confusion est fréquente, et elle se comprend. On grandit avec l’idée que « l’assurance familiale », ça va de soi, comme la carte d’identité ou la vignette de contrôle technique. Or contrairement à l’assurance responsabilité civile pour les automobilistes ou les motards, l’assurance responsabilité civile famille n’est pas légalement obligatoire, même si la plupart des ménages belges en ont pourtant souscrit une.

À retenir
  • La RC familiale n’est pas obligatoire en droit belge, contrairement à l’assurance auto et à l’assurance accident du travail.
  • Entre 70 et 90 % des Belges ont souscrit une assurance RC familiale malgré son caractère facultatif.
  • Sans assurance, une personne responsable doit indemniser sa victime avec l’ensemble de son patrimoine mobilier et immobilier.
  • Une loi de 1984 fixe un socle de garanties minimales que tout contrat RC familiale doit respecter.

Deux assurances obligatoires, un point c’est tout

En droit belge, la liste des assurances imposées par la loi tient sur les doigts d’une main, et même moins. L’assurance responsabilité civile auto et l’assurance accident du travail sont les deux assurances obligatoires en vertu de la loi belge. Tout le reste relève du choix personnel, même si certains contrats deviennent obligatoires dans des circonstances précises : une assurance incendie ou habitation peut être obligatoire dans le cadre d’un contrat de bail.

La RC familiale, elle, reste donc facultative sur le papier. Cette liberté théorique explique la scène vécue chez le courtier : personne ne vous poursuit si vous n’en avez pas.

Le raisonnement du législateur tient en une phrase logique. Dans le cas de l’assurance responsabilité civile familiale, les accidents sont plus rares et beaucoup moins graves que dans le cas d’un accident de voiture, ce qui explique pourquoi l’assurance RC auto est obligatoire. Une voiture lancée à 90 km/h et un enfant qui renverse un verre de grenadine, ce n’est pas le même niveau de risque collectif.

Pourquoi presque tout le monde en a une malgré tout

Les chiffres varient selon les sources, ce qui en dit long sur la difficulté de mesurer un marché aussi diffus. D’après Assuralia, 90 % des Belges ont une assurance familiale, tandis que les derniers chiffres d’Assuralia estiment qu’un peu plus de 7 Belges sur 10 ont souscrit un contrat de ce type. Test-Achats, de son côté, avance environ 80 % des Belges ayant souscrit une assurance responsabilité civile familiale, aussi appelée assurance « familiale » ou « RC vie privée ».

Entre 70 et 90 %, l’écart est large. Mais le message reste le même : c’est un des contrats les plus répandus du pays, malgré son statut facultatif.

La raison tient à l’ampleur potentielle des dégâts. La loi impose que toute personne civilement responsable indemnise sa victime, et si les frais sont élevés, c’est l’ensemble du patrimoine mobilier et immobilier de la personne responsable qui pourra être utilisé pour payer les frais d’indemnisation. sans assurance, un accident bête peut littéralement engloutir une maison.

Les exemples cités par les assureurs sont volontairement banals. La réparation de la paire de lunettes brisée du partenaire de squash, la prise en charge des frais médicaux du voisin suite à la morsure de votre chien, la réparation de la vitre du voisin détruite par le ballon de foot de votre fils : rien de spectaculaire, mais tout ce petit monde peut coûter cher additionné sur une vie entière.

Ce que couvre réellement le contrat, et ce qu’il laisse de côté

Le contenu du contrat n’est pas laissé au bon vouloir de chaque assureur. Une loi de 1984 fixe un socle de garanties minimales que tout contrat doit respecter, et un assureur peut donc élargir la protection, mais pas la réduire en dessous de ce minimum légal. Ce socle explique pourquoi les offres se ressemblent d’une compagnie à l’autre, même si les niveaux de franchise varient.

Sur ce point, les montants sont assez proches selon les compagnies. Chez Ethias, on applique une franchise de 263,53 euros pour les dégâts matériels, tandis que pour les dommages corporels, l’assurance rembourse toujours le montant complet. Chez Fédérale Assurance, une franchise de 255,39 € indexés est appliquée pour les sinistres couverts en responsabilité civile vie privée.

Certains dégâts échappent totalement à la garantie, et c’est là que beaucoup d’assurés tombent des nues. Prenons un cas concret : si vous louez une petite maison de vacances et que vous abîmez le plan de travail de la cuisine avec une casserole chaude, votre assurance RC familiale n’interviendra pas parce qu’il s’agit ici du respect d’une obligation contractuelle. La RC familiale couvre les fautes envers des tiers, pas le non-respect d’un contrat de location.

Le cadre juridique a aussi bougé récemment. Le Livre 6 du nouveau Code civil dédié à la responsabilité extracontractuelle est entré en vigueur le 1er janvier 2025, ce qui modifie certaines règles de base sur lesquelles s’appuient les indemnisations.

Comparer avant de signer, un réflexe encore trop rare

Pendant longtemps, comparer les contrats RC familiale relevait du parcours du combattant. La FSMA a changé la donne avec un outil dédié. Un nouvel outil en ligne a été présenté pour permettre aux consommateurs de mieux comparer les assurances RC familiales proposées sur le marché belge, développé par la FSMA. Le fonctionnement reste simple : l’utilisateur précise son profil, isolé ou cohabitant, avec ou sans enfants, et le comparateur affiche alors une liste de contrats d’assurance RC proposés par une série de compagnies.

Jean-Paul Servais, le patron de l’autorité de contrôle, résume l’esprit de l’outil. « Cela se veut assez modulable et accessible », expliquait-il lors de la présentation.

Retour à notre courtier et son classeur récalcitrant. Le client, une fois rassuré sur l’absence d’obligation légale, a quand même signé le jour même. La bonne question n’était donc pas « dois-je l’avoir », mais « combien ça coûte de ne pas l’avoir le jour où mon chien mord le facteur ».