Bruxelles doit son nom à un mot de vieux néerlandais, « broek » (marais), et à « sella » (demeure, habitation) : la « demeure du marais ». Cette étymologie, la plus largement admise par les toponymistes, tient en quelques syllabes, mais elle raconte toute la géographie de la ville. Avant les palais et les eurocrates, il y avait de la boue, de l’eau et des saules.
- Bruxelles vient de « broek » (marais) et « sella » (demeure).
- La première forme écrite, « Bruocsella », remonte autour de l’an 1000.
- La Senne a été voûtée entre 1867 et 1871 sous le bourgmestre Anspach.
- Les Halles Saint-Géry occupent aujourd’hui l’emplacement de l’ancienne île.
Bruocsella, la première mention écrite
Le nom apparaît sous la forme « Bruocsella » dans des textes médiévaux, et les historiens le rattachent traditionnellement aux environs de l’an 1000. On retrouve ensuite des variantes comme « Brosella » ou « Bruxella », qui évoluent vers « Brussel » en néerlandais et « Bruxelles » en français.
Le premier élément, « bruoc », a donné « broek » en néerlandais moderne, qu’on retrouve dans de nombreux toponymes des Pays-Bas et de Flandre. Le second, « sella », désigne un lieu d’habitat, une petite agglomération. Le sens est donc assez prosaïque : des gens vivaient là, dans un terrain détrempé.
Une autre lecture, plus rare, a été avancée : « sella » pourrait renvoyer à une salle ou à une habitation seigneuriale. Les linguistes discutent encore des détails, mais le « marais » fait consensus.
Une vallée marécageuse et une rivière capricieuse
Le marais, c’est celui de la Senne. Cette rivière, longue d’une centaine de kilomètres, traverse la vallée où s’est installée la ville, et elle ne coulait pas sagement dans un lit bien droit. Elle se divisait en bras, formait des îlots, débordait à la moindre crue.
Les premiers habitants ont donc cherché du sec. La colline du Coudenberg, plus tard couronnée par le palais des ducs de Brabant, et celle de la future cathédrale Saint-Michel-et-Sainte-Gudule offraient de la hauteur. En bas, on vivait les pieds dans l’humidité.
La Senne était aussi une ressource. Tanneurs, brasseurs et teinturiers y puisaient l’eau et y rejetaient leurs déchets, ce qui en a fait, au fil des siècles, un égout à ciel ouvert.
L’île Saint-Géry, berceau légendaire
La tradition place les origines de la ville sur une île de la Senne, l’île Saint-Géry. Selon une légende très répandue, l’évêque de Cambrai Géry (ou Gaugericus) y aurait fait bâtir une chapelle vers la fin du VIe siècle, dans un site entouré d’eau.
Les historiens sont prudents. L’existence de cette chapelle vers 580 repose sur des textes tardifs, et les recherches archéologiques menées dans le quartier n’ont pas apporté de preuve décisive d’un établissement aussi précoce. Ce qui est mieux établi, c’est un peuplement médiéval autour de l’île, avec un point de franchissement de la rivière.
Ce petit îlot avait un avantage stratégique : un passage plus facile de la Senne, sur un axe de commerce entre Flandre et Rhénanie. Les marchands y voyaient une étape, et les étapes finissent par devenir des villes.
La chapelle a disparu avec le temps, remplacée par une église démolie à la fin du XVIIIe siècle, sous le régime français.
Du marais à la ville : le voûtement de la Senne
Aujourd’hui, l’île n’existe plus. Au XIXe siècle, la Senne, devenue insalubre, a été voûtée par les travaux menés sous l’autorité du bourgmestre Jules Anspach, entre 1867 et 1871. Les épidémies de choléra, dont celle de 1866, avaient pesé lourd dans la décision.
Les grands boulevards centraux (le boulevard Anspach, notamment) ont été construits sur la rivière recouverte. La Senne coule toujours sous le centre-ville, enterrée dans des galeries de maçonnerie, et c’est sous ces avenues que les Bruxellois marchent sans la voir.
Sur l’emplacement de l’ancienne île, la place Saint-Géry accueille aujourd’hui les Halles Saint-Géry, bâtiment de style néo-Renaissance flamande inauguré en 1881 comme marché couvert. Des vestiges archéologiques y ont été mis en valeur, et le lieu sert d’espace d’expositions et d’événements.
Le marais, lui, a laissé sa trace dans la langue. La ville s’appelle « Brussel » en néerlandais, « Bruxelles » en français, « Brussels » en anglais, et toutes ces formes remontent au même mot de « demeure du marais ».
Pour voir la Senne à l’air libre, il faut sortir de la ville : elle réapparaît à Anderlecht et Forest, et plus encore en aval, où des projets de renaturation tentent de lui rendre un peu de ses méandres. Au centre, un détour par les Halles Saint-Géry, puis un coup d’œil au pavement de la place, rappelle que la capitale européenne est bâtie sur une zone humide.