« Je ne savais pas que c’était déjà possible » : l’alternative au permis de conduire que les Belges adoptent massivement depuis janvier 2026

Conduire sans permis. Légalement. Sur les routes belges. La phrase semble provocatrice, et pourtant depuis le 1er janvier 2026, des dizaines de milliers de Belges ont découvert que cette réalité existait bien avant qu’ils ne s’y intéressent. Le permis AM, longtemps cantonné aux scooters d’ado, a muté en quelque chose de beaucoup plus sérieux. Et la surprise est générale.

À retenir

  • Une réglementation méconnue transforme complètement le marché de la mobilité belge
  • Qui adopte vraiment ces véhicules et pourquoi le permis B n’était jamais une fatalité ?
  • Les limites existent, mais une question bien plus importante se pose pour l’avenir

Le permis AM : bien plus qu’un bout de plastique pour les 16 ans

La confusion est compréhensible. Pendant des années, le permis AM a été associé dans l’imaginaire collectif aux cyclomoteurs de moins de 50 cm³ et aux adolescents impatients d’échapper au covoiturage parental. Ce que beaucoup de Belges ignoraient, c’est que cette catégorie couvre aujourd’hui une gamme de véhicules bien plus large, incluant certains quadricycles légers et, depuis les clarifications réglementaires entrées pleinement en vigueur début 2026, plusieurs modèles de voitures sans permis nouvelle génération.

Ces voitures sans permis, appelées officiellement « voiturettes » ou quadricycles légers (catégorie L6e), sont plafonnées à 45 km/h et leur moteur est limité à 6 kW. Rien de révolutionnaire sur le papier. Mais les constructeurs européens, dopés par la demande croissante de mobilité douce et accessible, ont amélioré la qualité, le confort et l’autonomie de ces véhicules ces dernières années. Le résultat : des engins qui ressemblent de moins en moins à des jouets et de plus en plus à de vraies voitures de ville.

En Belgique, la procédure pour obtenir le permis AM reste accessible : une formation théorique en centre agréé et un examen pratique simplifié, le tout sans passage par le long parcours du combattant du permis B classique. Pour les titulaires d’un permis B, aucune démarche supplémentaire n’est requise : la catégorie AM y est automatiquement incluse.

Qui sont ceux qui adoptent ce système ?

La question mérite d’être posée sérieusement, sans condescendance. Le profil des nouveaux utilisateurs de voiturettes en Belgique est nettement plus varié qu’on ne l’imaginerait. Certes, les jeunes de 16 ans représentent une part du public, mais ils sont loin d’être majoritaires dans la vague actuelle.

Les seniors ayant rendu ou perdu leur permis B constituent un segment en forte croissance. La perte du permis de conduire, souvent vécue comme une amputation de l’autonomie, touche des centaines de milliers de personnes en Belgique. Pouvoir retrouver un volant, même limité, change concrètement des vies, particulièrement en dehors des grandes agglomérations où les transports en commun restent peu denses.

Autre profil inattendu : les actifs urbains qui n’ont jamais passé leur permis B. Une réalité plus courante qu’on ne le croit chez les trentenaires bruxellois ou liégeois, qui ont longtemps vécu sans voiture avant de se retrouver face à une situation de vie (déménagement en périphérie, naissance d’un enfant, nouveau travail mal desservi) qui rend soudainement un véhicule indispensable. Repasser un permis B complet représente des mois et plusieurs milliers d’euros. La voiturette, elle, offre une porte d’entrée bien moins vertigineuse.

Le revers de la médaille existe, soyons honnêtes

Le tableau serait trop beau s’il n’y avait aucune ombre. Les 45 km/h maximum constituent une contrainte réelle sur les voiries rapides et les routes nationales, où ces véhicules sont tolérés mais où la cohabitation avec des voitures lancées à 90 km/h génère des situations délicates. Plusieurs associations de sécurité routière ont souligné ce point dès le début de l’année.

Le prix d’achat reste par ailleurs élevé par rapport aux prestations offertes. Les modèles électriques récents, souvent proposés entre 10 000 et 20 000 euros, font tiquer plus d’un acheteur potentiel quand on compare la vitesse maximale à celle d’un vélo électrique à 3 000 euros. La logique n’est pas purement économique : c’est celle de la protection, du confort par tous temps, et du statut symbolique d’avoir un « vrai » habitacle fermé.

L’assurance, elle, reste obligatoire (RC au minimum) et les règles de stationnement sont identiques à celles des voitures classiques. Autant de paramètres que les nouveaux utilisateurs doivent intégrer, parfois avec un léger choc culturel pour ceux qui viennent du vélo ou des transports en commun.

Un signal pour l’avenir de la mobilité belge ?

Ce qui se joue ici dépasse le simple gadget ou la niche de marché. La Belgique, avec ses contraintes de mobilité bien documentées (congestion chronique, inégalités territoriales entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre en matière de transports alternatifs), cherche depuis des années des solutions intermédiaires entre le vélo et la voiture traditionnelle. Les voiturettes nouvelle génération s’inscrivent dans cet espace.

À l’échelle européenne, le cadre réglementaire autour des quadricycles légers évolue régulièrement, et Bruxelles (l’européenne, pas la belge) planche sur des harmonisations qui pourraient à terme modifier les règles du jeu. La Belgique, qui a souvent servi de terrain d’observation pour les politiques de mobilité en raison de sa densité et de sa complexité institutionnelle, pourrait bien devenir un laboratoire intéressant pour mesurer l’adoption réelle de ces véhicules dans un pays où « prendre la voiture » reste, malgré tout, profondément ancré dans les habitudes.

La vraie question qui se pose maintenant n’est pas de savoir si les voiturettes vont « remplacer » la voiture classique (elles ne le feront pas, du moins pas dans un futur proche). C’est plutôt de comprendre si elles peuvent combler ce vide de mobilité qui laisse aujourd’hui des gens sans solution autonome, entre deux transports en commun insuffisants et un permis B hors de portée. Pour beaucoup de Belges qui ont dit « je ne savais pas que c’était déjà possible », la réponse semble avoir le mérite d’exister.