Un geste anodin, répété chaque matin depuis des années, et pourtant potentiellement passible d’une amende. Verser les restes de son café, l’eau de cuisson des pâtes ou les fonds de sauce directement dans l’évier semble tellement banal que la question légale ne se pose même pas. Sauf que certains produits que beaucoup de Belges éliminent quotidiennement par l’évier sont strictement interdits de rejet dans les égouts, et les contrôles, aussi discrets soient-ils, existent bel et bien.
À retenir
- Des substances courantes cachent des interdictions légales ignorées par des millions de Belges
- Les fatbergs et déblocages coûtent des millions : qui paie vraiment la facture ?
- Un geste du quotidien pourrait transformer votre prochaine visite de l’intercommunale en verbalisation
Ce qui coule dans nos éviers ne devrait pas toujours y finir
La confusion est compréhensible. Entre ce qu’on peut jeter, ce qu’on peut verser et ce qu’on doit apporter au parc à conteneurs, les règles ne sont pas affichées sur le robinet. Pourtant, la législation belge, en vertu des règlements régionaux sur la gestion des eaux usées — interdit clairement le déversement de certaines substances dans le réseau d’égouts, même à domicile.
Parmi les grands classiques du « je savais pas que c’était interdit » : les huiles et graisses alimentaires usagées. L’huile de friture refroidie, la graisse de cuisson, les restes de vinaigrette, tout ça finit régulièrement dans l’évier de millions de foyers belges. Le problème ? Ces corps gras ne se dissolvent pas dans l’eau. Ils tapissent les canalisations, forment des bouchons monstrueux (les fameux « fatbergs » qui ont défrayé la chronique à Londres et, dans une moindre mesure, dans plusieurs villes belges) et perturbent le traitement des eaux usées en station d’épuration.
En Wallonie, en Flandre et à Bruxelles, les règlements de collecte et d’assainissement des eaux usées prévoient des sanctions pour les particuliers qui déversent des substances interdites. Les amendes administratives peuvent grimper jusqu’à plusieurs centaines d’euros selon la gravité et la région concernée. Pour les professionnels, restaurateurs, friteries, traiteurs, les contrôles sont plus fréquents et les sanctions bien plus lourdes.
La liste des produits à ne jamais verser dans l’évier
Au-delà des graisses, la liste de ce qui ne devrait jamais transiter par l’évier est plus longue qu’on ne le croit. Les médicaments périmés, par exemple : une habitude répandue qui introduit des perturbateurs endocriniens et des résidus pharmaceutiques dans les eaux de surface, avec des effets documentés sur la faune aquatique. Les pharmacies belges reprennent gratuitement les médicaments non utilisés dans le cadre du système Valormed, une filière qui fonctionne bien mais que beaucoup ignorent encore.
Les peintures et solvants, même en petites quantités, posent un problème identique. Un fond de pot de peinture latex dilué à l’eau peut paraître inoffensif, mais les pigments et liants chimiques qu’il contient ne sont pas traités par les stations d’épuration classiques. Même constat pour les produits phytosanitaires, les décapants et certains produits d’entretien très concentrés.
Les lingettes, elles, méritent une mention spéciale. Étiquetées « flushable » par certains fabricants, elles ne se désintègrent pas comme le papier toilette et provoquent des blocages dans les pompes de relevage des égouts. En Belgique, les intercommunales de gestion des eaux ont régulièrement tiré la sonnette d’alarme sur ce sujet, chiffrant les coûts de déblocage en millions d’euros annuels, des coûts qui se répercutent in fine sur les factures des usagers.
Pourquoi les contrôles restent rares mais existent
Soyons honnêtes : le risque d’être verbalisé pour avoir versé son huile de friture dans l’évier reste faible pour un particulier isolé. Les agents des intercommunales et des services environnementaux régionaux concentrent leurs contrôles sur les professionnels et les entreprises, où les volumes en jeu sont autrement plus conséquents. Une friterie qui déverse ses graisses directement dans le réseau fait infiniment plus de dégâts qu’un ménage, et c’est là que les priorités sont fixées.
Cela dit, dans le cadre d’un contrôle plus large, une inspection de propriété, un problème de voisinage signalé, un dépôt illégal constaté — la situation d’un particulier peut tout à fait être examinée. Et la méconnaissance de la règle n’a jamais constitué une défense valable devant un agent verbalisateur, en Belgique/ »>Belgique comme ailleurs.
Ce qui change progressivement, c’est la pression collective. Les communes et intercommunales multiplient les campagnes de sensibilisation, notamment autour de la collecte des huiles usagées, souvent récupérées lors des tournées de collecte sélective ou dans des points de dépôt spécifiques. Certaines communes wallonnes et flamandes ont mis en place des systèmes de récupération des huiles ménagères pour les transformer en biocarburant, une filière locale qui a du sens, si tant est qu’on prenne la peine de l’utiliser.
Des gestes simples qui évitent les ennuis
Concrètement, les bons réflexes ne demandent pas d’effort surhumain. Les huiles alimentaires usagées se versent dans une bouteille fermée et s’apportent au parc à conteneurs ou dans un point de collecte prévu à cet effet. Les médicaments rejoignent le sac de retour en pharmacie. Les peintures et solvants attendent leur tour au parc à conteneurs, où un espace « déchets spéciaux ménagers » est prévu partout en Belgique.
Pour les graisses de cuisson en petite quantité, une astuce simple : laisser refroidir dans la poêle, éponger avec du papier absorbant et jeter à la poubelle ordinaire. Pas de canalisations engorgées, pas de problème.
Ce qui frappe dans tout ça, c’est moins la sévérité des règles que l’écart entre leur existence et leur connaissance réelle par le grand public. On apprend à trier le verre et le PMC dès l’école primaire, mais personne ne nous explique vraiment ce qui peut (et ne peut pas) partir dans l’évier. Peut-être que la prochaine campagne de sensibilisation devrait commencer par là, plutôt que par une nouvelle affiche dans les parcs à conteneurs que, soyons francs, peu de gens lisent vraiment.
Sources : fr.quora.com | consommerdurable.com