Un petit animal à piquants, trouvé dans votre jardin un soir de printemps. Réflexe naturel : le mettre dans une boîte, le déplacer vers un endroit « plus sûr », peut-être même le garder quelques jours. Bonne intention, mauvaise idée. En Belgique, le hérisson est une espèce protégée par la loi, et le manipuler sans raison valable peut théoriquement vous exposer à des sanctions allant jusqu’à 100 000 euros d’amende. Voici ce que la loi dit vraiment, et surtout, ce qu’il faut faire à la place.
À retenir
- Une amende de 100 000 euros vous guette si vous déplacez cet innocent mammifère
- Le hérisson est passé du statut ‘préoccupation mineure’ à ‘quasi menacé’ en 2024
- Votre robot-tondeuse est son pire ennemi : découvrez pourquoi et comment l’utiliser sans danger
Un animal protégé, et ce n’est pas une blague
La famille des hérissons appartient à une espèce protégée en Région wallonne, en vertu de l’annexe 3 du décret du 6 décembre 2001 modifiant la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature. Cette protection implique concrètement l’interdiction de capturer et de mettre à mort intentionnellement des spécimens, de perturber intentionnellement ces espèces notamment durant la période de reproduction, d’hibernation et de migration, ou encore de détruire ou ramasser leurs œufs dans la nature.
Le hérisson est donc une espèce indigène et protégée, et il est interdit de le capturer, l’acheter, le vendre, le détenir, le commercialiser ou l’utiliser. : même avec les meilleures intentions du monde, embarquer le petit locataire de votre compost pour le « mettre à l’abri dans le bois voisin » constitue techniquement une infraction.
Du côté de Bruxelles-Capitale, la protection est encore plus stricte. Le hérisson y bénéficie du statut d’espèce intégralement protégée, avec une protection stricte sur tout le territoire régional. Et sur le plan européen, la base légale est solide : en Europe, le hérisson est un animal protégé par la convention de Berne.
Concernant les amendes, le chiffre de 100 000 euros correspond au plafond prévu pour certaines infractions environnementales wallonnes. En Wallonie, les infractions de 2e catégorie peuvent atteindre jusqu’à 200 000 euros, contre 100 000 euros sous l’ancien cadre légal. Le trafic d’espèces protégées est désormais classé comme une infraction de 2e catégorie. En Flandre, le législateur a même durci le ton ces dernières années : les personnes qui maltraitent ou négligent un animal en Flandre risquent une amende maximale de 100 000 euros et 18 mois d’emprisonnement en cas de mauvais traitements ou de négligence graves et répétés sur une période de trois ans.
Le hérisson, cet allié du jardin qu’on maltraite sans le savoir
Une étude a démontré que sur 1 000 hérissons, seulement 300 survivent à la première année. Au bout de 6 ans, il n’en reste qu’une vingtaine. Sélection naturelle, prédateurs, parasites et malheureusement pesticides, tondeuses, débroussailleuses et trafic routier sont responsables de cette hécatombe. Vu sous cet angle, le cadre légal n’est pas une lubie bureaucratique : il répond à une réalité écologique préoccupante.
En 2024, son statut de vulnérabilité a changé : antérieurement classé en « préoccupation mineure » sur la liste rouge de l’UICN, le hérisson européen est désormais classé espèce « quasi menacée ». Un signal d’alarme qui replace nos petites décisions de jardiniers dans un contexte plus large.
Et pourtant, cet animal mérite notre attention bien au-delà de la loi. Le hérisson contribue à éliminer bon nombre d’animaux déprédateurs. Omnivore, il consomme des invertébrés terrestres tels que les lombrics, les chenilles, les araignées et les limaces. Un seul hérisson actif dans votre jardin, c’est une armée de limaces en moins sur vos salades. Il se nourrit essentiellement d’insectes, de vers, d’escargots et de limaces, jusqu’à 80 par nuit. Septante à nonante limaces par nuit : aucun granulé anti-limaces du commerce n’en fait autant, et sans effets toxiques sur l’écosystème.
Le danger principal aujourd’hui ? Les robots-tondeuses. Chaque année, les CREAVES (Centres de Revalidation des Espèces Animales Vivant à l’État Sauvage) accueillent des centaines de hérissons blessés, principalement en raison de l’utilisation de robots-tondeuses, mais seulement un animal sur trois est sauvé de ses blessures. Ces appareils blessent les hérissons au niveau du museau, de la tête, aux pattes ainsi qu’aux flancs.
Concrètement, que faire si vous en trouvez un ?
La règle de base : si l’animal ne fait que passer sur votre terrain sans avoir particulièrement besoin d’assistance, observez-le à distance mais ne le dérangez pas. Déplacer un hérisson en bonne santé d’un endroit à l’autre, même par souci de protection, est précisément ce que la loi interdit.
En revanche, un hérisson visible en plein jour est presque toujours en détresse. Quelle que soit sa taille, un hérisson trouvé en plein jour est toujours un hérisson affaibli ou malade. Dans ce cas, agir vite est non seulement permis, c’est nécessaire. Pour venir en aide à un hérisson blessé, il faut utiliser des gants pour le manipuler et le placer dans une caisse en carton. Pour le garder au chaud, enveloppez une bouteille d’eau chaude dans un essuie, mais ne le nourrissez pas, surtout s’il est en mauvais état.
Seuls les soigneurs professionnels sont habilités à prendre en charge la faune sauvage. La détention d’animaux sauvages protégés n’est autorisée qu’aux centres de soins disposant d’une dérogation. : le garder chez soi « le temps qu’il guérisse » n’est pas une option légale, même avec les meilleures intentions. Le geste le plus important est d’appeler immédiatement un centre de soins pour la faune sauvage, comme le CREAVES. Cette prise en charge rapide peut faire toute la différence pour sa survie.
Côté alimentation, une précision qui évite des drames : pas de lait de vache, pas de pain. Le lait de vache provoque des diarrhées mortelles. Donnez de l’eau et de la pâtée ou des croquettes pour chat ou petit chien.
Rendre son jardin hérisson-friendly : quelques gestes concrets
La prévention vaut mieux que le sauvetage d’urgence. Quelques adaptations simples du jardin peuvent transformer votre espace en refuge sûr pour ce mammifère nocturne.
Les robots-tondeuses ne devraient être utilisés qu’entre 10h et 17h, puisque le hérisson est actif du crépuscule à l’aube. En utilisant votre tondeuse en journée, vous réduisez les risques de le blesser. Le jardin ne devrait jamais être complètement clos. Les clôtures ou les murs sans ouverture sont à éviter comme séparation avec d’autres propriétés. Un espace de 10 cm est suffisant pour un passage à hérisson.
Son domaine vital couvre plusieurs jardins, de 10 à 100 hectares. Un jardin parfaitement hermétique, c’est une prison dorée pour lui. Il ne faut jamais déranger un hérisson en train d’hiberner. Si vous videz votre compost l’hiver, soyez prudent car un hérisson y a peut-être élu domicile. La fermentation dégage une douce chaleur et les vers et insectes présents constituent un formidable garde-manger.
La grande ironie de la situation belge, c’est que les 100 000 euros d’amende potentiels ne concerneront pas le citoyen lambda qui tente maladroitement de secourir un hérisson blessé. Ces seuils maximaux visent les trafiquants d’espèces protégées, les destructions d’habitats ou les maltraitances graves et répétées. Mais la protection légale, elle, s’applique à tous. Le meilleur moyen d’éviter tout ennui juridique reste donc simple : laisser vivre le hérisson sur son territoire, appeler un CREAVES en cas de doute, et programmer son robot-tondeuse à des heures décentes. Pour la biodiversité belge, c’est déjà beaucoup.