Deux mesures majeures sont entrées en vigueur en Belgique depuis le 1er janvier 2026, et une bonne partie des Belges n’en ont toujours pas saisi les contours précis. La première interdit certains véhicules de circuler dans Bruxelles. La seconde taxe les gains boursiers pour la première fois de l’histoire du pays. Ensemble, elles redessinant les règles du quotidien, sur la route comme dans votre portefeuille d’investissement.
À retenir
- 225.000 véhicules diesel pourraient être interdits à Bruxelles, mais beaucoup de propriétaires l’ignorent toujours
- La Belgique taxe enfin les gains en bourse : une première historique qui change les règles du jeu pour les investisseurs
- Une obligation administrative silencieuse crée une nouvelle charge pour des milliers d’indépendants et de PME
La LEZ bruxelloise : votre voiture diesel est peut-être interdite
L’interdiction en Région bruxelloise des véhicules diesel de norme Euro 5 et essence de norme Euro 2 est contrôlée depuis le 1er janvier 2026, comme l’a confirmé l’agence régionale Bruxelles Environnement. Ce n’est pas une surprise législative tombée du ciel : ce calendrier était prévu de longue date. Mais juste avant les élections communales de 2024, un front politique avait décidé de postposer l’échéance à 2027, avant que la Cour constitutionnelle annule ce report en septembre 2025. Résultat : de nombreux automobilistes se retrouvent aujourd’hui dans le flou, persuadés que la mesure avait été repoussée.
Un diesel Euro 5 est concrètement une voiture diesel immatriculée pour la première fois entre janvier 2011 et septembre 2015. La catégorie essence Euro 2 concerne les véhicules essence d’avant 2001. Ces normes sont inscrites sur votre certificat d’immatriculation, à la rubrique V.9. Ces véhicules représentent environ 7% du parc automobile circulant en Région bruxelloise, soit quelque 225.000 véhicules uniques sur un trimestre, dont 33.000 immatriculés dans la capitale. Autant de propriétaires qui, pour la majorité, ne savent pas encore précisément ce que cela implique pour eux.
La saga des amendes a elle aussi connu plusieurs rebondissements dignes d’un feuilleton belge. À partir du 1er janvier 2026, les conducteurs de véhicules nouvellement exclus reçoivent, après leur première infraction, un courrier d’avertissement. Si le véhicule n’est pas mis en conformité, une amende de 350 euros peut être envoyée au plus tôt trois mois après cette première infraction. Le nombre d’amendes par véhicule est par ailleurs limité à une amende tous les trois mois, soit quatre amendes par an maximum. La date effective d’imposition des amendes a, elle, connu plusieurs changements : à l’issue d’un conseil des ministres extraordinaire fin mars, on a appris que les amendes tomberaient avant l’été, avec une date fixée au 7 juin si les obstacles techniques sont levés.
Ces modèles diesel Euro 5, bien que plus récents, restent une source importante de pollution : ils sont responsables d’environ 40% des émissions de NOx pour les voitures et de près de 50% de NOx pour les camionnettes, émettant cinq fois plus de NOx que les modèles essence équivalents. Pour ceux qui doivent quand même entrer dans Bruxelles avec un véhicule non conforme, la possibilité d’acheter jusqu’à 24 pass LEZ d’une journée par an existe. La Région a également prévu la prime Bruxell’Air pour les Bruxellois qui se séparent de leur véhicule, en échange d’un budget mobilité utilisable pour les transports en commun, voitures partagées, taxis ou vélo.
La taxe sur les plus-values : une première historique en Belgique
Jusqu’à présent, la Belgique faisait figure d’exception en Europe : les plus-values sur les actifs financiers réalisées par des personnes physiques étaient généralement exonérées de l’impôt des personnes physiques. Ce n’est que dans les cas de spéculation ou de gestion anormale du patrimoine privé que les plus-values pouvaient être imposées au taux de 33%. Cette époque est révolue. La taxation des plus-values sur les actifs financiers est désormais une réalité en Belgique. Depuis le 1er janvier 2026, une taxe de 10% sur les gains réalisés est appliquée, y compris sur les cryptomonnaies.
Cette taxe de 10% touche les plus-values réalisées lors de la cession à titre onéreux d’actifs financiers au sens large, cotés ou non, en Belgique ou à l’étranger : actions, obligations, parts de fonds d’investissement, cryptomonnaies, assurances de placement et d’épargne branche 21 et 23, produits dérivés. Les plus-values dites latentes, elles, ne sont pas taxées. Dit autrement : tant que vous ne vendez pas, vous ne payez rien. Les non-résidents personnes physiques et les sociétés soumises à l’impôt des sociétés, résidentes ou non-résidentes, ne sont pas concernés par cette taxe sur les plus-values.
Bonne nouvelle pour les investisseurs prudents : chaque contribuable bénéficie d’une exonération annuelle de 10.000 euros sur ses plus-values. Si cette exonération n’est pas entièrement utilisée, un report est possible jusqu’à 15.000 euros après cinq ans, à raison de 1.000 euros par an. Cette exonération sera indexée chaque année. Et pour les actifs détenus avant 2026, les plus-values historiques accumulées jusqu’au 31 décembre 2025 ne sont pas imposables : c’est la valeur au 31 décembre 2025 qui sert de nouveau prix d’achat de référence.
Les investisseurs doivent choisir entre la retenue à la source ou l’opt out. Avec la retenue à la source, la banque prélève automatiquement 10% sur chaque plus-value : solution simple, mais l’exonération et la compensation des moins-values ne sont pas appliquées automatiquement, et devront être réclamées via la déclaration fiscale. L’opt out permet à l’investisseur de déclarer lui-même ses plus-values, en avertissant explicitement sa banque de ce choix.
Des obligations méconnues qui touchent aussi les employeurs
À partir du 1er janvier 2026, toutes les entreprises belges assujetties à la TVA doivent utiliser des factures électroniques structurées. Une mesure qui concerne des dizaines de milliers d’indépendants et de PME, et dont près de 8 PME sur 10 ne savent pas précisément ce qu’elle implique, selon SD Worx. Seules 20% se disent correctement informées, et un tiers des entreprises n’en a jamais entendu parler. La Belgique rejoint ainsi ses voisins européens dans une dématérialisation comptable qui aurait dû, en théorie, faire l’objet d’une communication bien plus large.
Du côté du droit du travail, la nouvelle réglementation du chômage est entrée en vigueur pour les dossiers avec une date d’admission à partir du 1er mars 2026. Le droit aux allocations de chômage complet est désormais limité à un maximum de 24 mois, comprenant une période de base de 12 mois à laquelle peuvent s’ajouter jusqu’à 12 mois supplémentaires en fonction du passé professionnel. La dispense de présentation d’un certificat médical à l’employeur pour le premier jour d’incapacité de travail a été réduite de trois jours à deux jours par année civile. Le travailleur peut donc bénéficier de cette dispense deux fois par an.
Le portrait de cette année 2026 est donc celui d’une réforme en profondeur, sur plusieurs fronts simultanés. La LEZ bruxelloise touche des centaines de milliers de conducteurs qui roulent encore en diesel Euro 5 sans avoir pris la mesure de l’interdiction. La taxe sur les plus-values, historique dans son principe, change concrètement la façon dont tout investisseur belge doit penser la vente de ses actifs. Et la facturation électronique obligatoire crée, en silence, une nouvelle charge administrative pour des milliers d’indépendants. Ce qui frappe, au fond, c’est moins la sévérité des mesures que l’absence de pédagogie publique autour d’elles. La taxe sur les plus-values redessine le paysage de la gestion patrimoniale en Belgique, en rapprochant le pays de la plupart de ses voisins, mais selon un modèle qui lui reste propre. Un modèle belge, avec ses nuances, ses reports de calendrier et ses périodes transitoires, mais un modèle qui, cette fois, est bel et bien entré en vigueur.
Sources : finfactor.be | blog.degandpartners.com