En août 2026, une éclipse sera visible depuis la Belgique : le premier réflexe de ceux qui lèveront les yeux est justement celui qu’il ne faut pas avoir

Le 12 août 2026, le premier contact entre le Soleil et la Lune aura lieu à 19h18 depuis Bruxelles, le maximum sera atteint à 20h13, moment où environ 91 % du disque solaire sera occulté. L’éclipse prendra fin à 21h05. Un spectacle rare, impressionnant. Et pourtant, le réflexe le plus naturel du monde, lever les yeux et regarder, est précisément celui qui peut vous coûter une partie de votre vue. Définitivement.

À retenir

  • La dernière éclipse visible depuis la Belgique remonte à 1999 — plus personne de vivant n’en reverra une après 2026
  • Pendant une éclipse partielle, le Soleil semble moins dangereux parce qu’il brille moins, mais c’est un piège mortel
  • Les dégâts à la rétine peuvent être invisibles sur le moment et n’apparaître que plusieurs jours après l’exposition

Un événement astronomique qui ne s’est plus produit depuis 1999

Le 12 août 2026, une éclipse solaire totale sera visible depuis l’Europe pour la première fois depuis 26 ans. La dernière fois qu’un tel alignement a pu être observé sous nos latitudes, c’était le 11 août 1999, une génération entière a grandi sans jamais en voir une. La dernière éclipse totale visible depuis la Belgique remontait à ce 11 août 1999, et la prochaine éclipse totale sur notre territoire est prévue le 25 mai 2142. Autant dire que personne parmi nous ne sera là pour la suivante.

Le 12 août 2026, la Belgique vivra une éclipse partielle de 87 à 89 % selon les villes, avec un maximum vers 20h13–20h14 (CEST). Partielle, pas totale : la bande de totalité, celle où le Soleil disparaît complètement et où les étoiles deviennent visibles en plein jour, ne passe pas par chez nous. Le couloir de totalité traverse le sud de l’Islande et l’Espagne. La Belgique connaîtra une éclipse partielle d’environ 87 à 89 % selon les villes : Bruges et Gand, au nord-ouest, auront le taux le plus élevé (~89 %), tandis que Liège, à l’est, affichera ~88 %.

Pour ceux qui voudraient vivre la totalité, il faut descendre. Depuis la Belgique, rejoindre le nord de l’Espagne (Burgos, 10 heures de route) pour la totalité est ambitieux mais réalisable en partant la veille. La totalité sera d’environ 2 minutes à Palma de Majorque. Pas de quoi improviser : les hôtels espagnols sur le couloir de totalité sont réservés depuis des mois.

Reste un détail météorologique typiquement belge. La Belgique a un climat océanique avec des nuages fréquents en été, et la probabilité de ciel dégagé un 12 août est d’environ 45 %. Une chance sur deux. Observer depuis les polders flamands ou les hauteurs ardennaises, qui offrent de larges horizons, reste une option. Et si le ciel est couvert, le Soleil sera à environ 7° au-dessus de l’horizon, ce qui rend un horizon ouest parfaitement dégagé indispensable.

Le piège classique : le Soleil semble moins dangereux, donc on le regarde

C’est là que réside le vrai danger. Pendant une éclipse partielle, la Lune masque une grande partie du disque solaire. La lumière baisse. L’éblouissement diminue. Et le cerveau, rassuré, autorise un regard plus long. C’est exactement le mécanisme qui blesse.

La Lune cache plus de 90 % du Soleil lors d’une éclipse. L’intensité de la lumière diminue, et on peut alors regarder le phénomène avec moins de difficulté. La pupille se dilate, laissant ainsi entrer plus de lumière. Plus de lumière, donc. Pas moins. La rétine et ses photorécepteurs peuvent être endommagés, même après moins d’une minute d’observation ou avec quelques courtes expositions répétées. Cette atteinte se nomme rétinopathie solaire.

Ce que la rétinopathie solaire provoque est cliniquement précis. Le rayonnement ultraviolet, le rayonnement infrarouge et la lumière visible intense sont en cause. L’exposition directe aux rayons UV peut causer la photokératite, une sorte de coup de soleil de la cornée. Cela peut entraîner des douleurs oculaires, une vision floue ou même une perte temporaire de la vision. Les lésions les plus graves touchent la fovéa, le centre précis de la rétine responsable de la vision fine. La conséquence est une vision du centre du champ dégradée : l’image centrale devient floue et déformée, car les cônes de la fovéa sont en grande partie détruits. Ces lésions sont le plus souvent irréversibles.

Ce qui aggrave les choses : on ne ressent rien sur le moment. La rétine n’ayant pas de récepteurs de la douleur, vous ne ressentirez généralement pas de douleur oculaire si vous souffrez de rétinopathie solaire. Vous n’allez pas ressentir de brûlure ou d’autres impacts immédiats. Vous pourriez voir les effets quelques heures plus tard, le lendemain ou même deux jours après l’éclipse, avec des taches dans votre vision et une vue floue ou très sombre.

Après l’éclipse nord-américaine d’avril 2024, des ophtalmologistes ont documenté des cas concrets. Un homme avait observé l’éclipse à travers une fenêtre, sans lunettes, pendant environ 30 secondes. Il présentait 25 jours plus tard une vision floue et des taches dans le champ visuel des deux yeux. Les examens avaient révélé des lésions au centre de la rétine, à la fovéa, zone essentielle à la vision fine. Trente secondes. Une fenêtre. Des dégâts persistant des semaines après.

Ce qu’il faut (vraiment) faire le 12 août

La règle est simple, sans nuance et sans exception pour la phase partielle : ne jamais regarder le Soleil à l’œil nu, même « juste 2 secondes », pendant une phase partielle. Les lunettes de soleil habituelles ne protègent pas. Les lunettes de soleil, même très foncées, sont insuffisantes. Seules comptent les lunettes certifiées ISO 12312-2. Pour savourer ce spectacle, il est impératif d’utiliser des lunettes de protection spéciales éclipse, dotées de filtres polymères noirs qui bloquent 99,9 % de la lumière visible et la totalité des rayons nocifs.

Attention aux instruments optiques non filtrés. Ne regardez pas le Soleil via téléphone, jumelles ou appareil photo sans filtre solaire adapté, sous peine de brûlure oculaire et de destruction du matériel. Les filtres bon marché livrés avec certains télescopes d’entrée de gamme sont également à fuir : ces filtres peuvent craquer de façon inattendue à cause du réchauffement quand le télescope est pointé vers le Soleil, et des dommages rétiniens peuvent survenir plus vite que l’observateur ne bouge son œil du viseur.

Une alternative accessible et efficace existe : la projection par sténopé. Cette méthode consiste à projeter l’image du Soleil à travers un petit trou sur une surface plane, permettant de voir l’éclipse indirectement. Deux cartons, un clou, et le tour est joué. Un effet similaire est visible sous un arbre à feuilles larges : les nombreux « trous d’épingle » formés par l’enchevêtrement des feuilles créent des centaines d’images en formes de croissant. Un détail que beaucoup remarqueront le 12 août sans même savoir ce qu’ils regardent.

Côté stock, les lunettes spéciales sont souvent prises d’assaut à l’approche de l’événement. Anticiper, c’est déjà se protéger. La prochaine éclipse totale visible depuis la Belgique est prévue le 25 mai 2142 : autant ne pas rater celle-ci les yeux brûlés.