J’ai pédalé pendant des années pour aller au travail : le jour où mon comptable a fait le calcul, j’ai compris ce que je laissais filer chaque mois

Quatre ans de vélo quotidien entre Ixelles et le quartier européen. Des mollets en acier, une conscience écologique satisfaite, et la conviction d’économiser de l’argent. Puis un rendez-vous chez le comptable pour une question de TVA, une remarque en passant, et une feuille de calcul qui a changé ma façon de voir mes trajets domicile-bureau. Le vélo reste mon moyen de transport préféré. Mais ce que je ne récupérais pas chaque mois représentait, sur l’année, le prix d’un billet d’avion aller-retour vers Lisbonne.

À retenir

  • Un système d’indemnité vélo existe en Belgique depuis des années, mais reste méconnu des employeurs et des salariés
  • Le montant exonéré d’impôt atteint 2500€ annuels (0,27€/km) — mais il faut activement le demander à son employeur
  • Quatre années sans cette indemnité représentaient le prix d’un vol aller-retour vers Lisbonne
  • Les vélos électriques en leasing offrent d’autres avantages fiscaux rarement exploités par les travailleurs

Ce que la fiscalité belge prévoit, et que beaucoup ignorent

La Belgique dispose depuis plusieurs années d’un système d’indemnité vélo versée par l’employeur pour les déplacements domicile-travail à bicyclette. Depuis le 1er janvier 2023, le montant exonéré d’impôt est fixé à 0,27 € par kilomètre, avec un plafond annuel de 2 500 €. Ce plafond a été relevé, ce qui n’est pas rien : avant, les cyclistes qui habitaient loin devaient choisir entre déclarer leurs kilomètres et se retrouver imposés sur la partie dépassant le plafond, ou s’arrêter à un certain nombre de jours.

Le mécanisme est simple sur le papier : l’employeur verse une indemnité kilométrique, cette somme est exonérée de cotisations sociales et d’impôts dans les limites prévues, et le travailleur la reçoit nette. Pour quelqu’un qui parcourt 10 km aller-retour, cinq jours par semaine, ça représente environ 27 € par semaine, soit plus de 100 € par mois selon le nombre de jours travaillés. Sur une année complète, on dépasse allègrement les 1 200 €.

Ce que mon comptable a souligné, c’est que personne ne m’avait informé de mon droit à demander cette indemnité. Mon employeur ne l’avait pas mis en place spontanément, et je n’avais jamais posé la question. Quatre ans. Environ 5 000 € envolés dans la brise matinale de la chaussée d’Ixelles.

L’indemnité n’est pas automatique : il faut la demander

C’est là que le bât blesse. Contrairement aux remboursements de transports en commun, qui sont souvent organisés par les services RH dès l’embauche, l’indemnité vélo repose fréquemment sur une démarche individuelle du travailleur. Certains secteurs la prévoient dans leur commission paritaire, d’autres la laissent à la discrétion de chaque employeur. Dans les petites structures, beaucoup de patrons ne savent pas qu’ils peuvent la verser sans que ça leur coûte en charges sociales patronales.

Le Service public fédéral Finances précise que l’indemnité est fiscalement avantageuse pour les deux parties : l’employeur déduit la somme de son bénéfice imposable, et le travailleur ne l’intègre pas dans ses revenus imposables. Résultat, c’est l’une des rares mesures fiscales belges où tout le monde gagne, sans paperasse kafkaïenne. Ce qui, convenons-en, n’est pas la norme habituelle dans ce pays.

La démarche concrète : vérifier d’abord si votre commission paritaire prévoit une obligation (la CP 200 pour les employés du secteur privé général le prévoit depuis 2018), puis contacter votre service RH ou votre patron directement. Un simple mail suffit souvent. Si l’employeur refuse alors qu’une CCT sectorielle l’y oblige, il est possible de saisir le SPF Emploi.

Le vélo électrique complique les calculs, mais dans le bon sens

Depuis que les vélos à assistance électrique ont colonisé les pistes cyclables bruxelloises, liégeoises et gantoise, une question supplémentaire se pose : comment traiter le prêt d’un vélo de société ou l’achat groupé via l’entreprise ? Le leasing vélo, popularisé notamment après la réforme fiscale de 2020, permet à l’employeur de mettre un vélo à disposition du travailleur, qui rembourse une partie via une déduction sur son salaire brut. L’avantage en nature est taxé, mais à un taux très faible, ce qui rend l’opération largement plus intéressante qu’un achat classique.

Un vélo électrique d’entrée de gamme tourne aujourd’hui autour de 1 500 à 2 000 €. Via un plan cafétéria ou un leasing employeur, le coût réel pour le travailleur peut descendre à la moitié, parfois moins, selon la durée du contrat et les cotisations de l’employeur. Des entreprises comme Swapfiets, Cyclis ou B2Bike opèrent sur ce marché en Belgique depuis plusieurs années et proposent des formules tout compris, entretien inclus.

Ce qui mérite attention : le leasing vélo et l’indemnité kilométrique ne sont pas toujours cumulables tels quels. Si l’employeur met un vélo à disposition, il peut choisir de verser quand même l’indemnité kilométrique, mais certaines conventions collectives prévoient des modalités spécifiques. Mieux vaut vérifier avant de signer quoi que ce soit.

Quand pédaler au quotidien devient un argument de négociation

Au-delà du calcul fiscal, l’indemnité vélo a une dimension que les travailleurs sous-estiment : c’est un élément de rémunération qui peut entrer dans une négociation salariale ou dans l’évaluation d’une offre d’emploi. Deux postes au même salaire brut ne se valent pas si l’un prévoit l’indemnité et l’autre non. Pour un cycliste qui parcourt 15 km par jour, la différence annuelle nette peut dépasser 1 800 €.

La Belgique a multiplié par quatre le nombre de déplacements domicile-travail à vélo entre 2010 et 2023, selon les données de Vias Institute. Cette progression a rendu la question de l’indemnité plus visible dans les négociations collectives, et plusieurs grandes entreprises l’ont intégrée dans leurs packages de mobilité sans attendre d’y être obligées, simplement parce que les candidats la demandaient.

Mon comptable, lui, pédale aussi pour aller au bureau. Il touche son indemnité depuis le premier mois. Ce détail, à lui seul, explique peut-être pourquoi il a eu ce réflexe de faire le calcul quand je lui ai parlé de mes trajets. La prochaine fois que quelqu’un vous demande pourquoi vous faites du vélo, la réponse « pour la santé et pour l’argent » est désormais recevable, factures à l’appui.