Je voulais juste tirer quelques fusées dans mon jardin pour le 21 juillet : un policier m’a expliqué ce que je risquais vraiment sans ce papier du bourgmestre

La réponse tient en une phrase que tout policier vous donnera avec un sourire un peu fatigué : sans papier du bourgmestre, vous risquez une amende administrative qui peut grimper jusqu’à 350, voire 500 euros selon la commune, la saisie immédiate de votre matériel, et dans certains cas une nuit blanche à expliquer la situation aux forces de l’ordre venues pour autre chose. Le 21 juillet approche, les envies de faire péter quelques fusées dans le jardin aussi, mais la fête nationale ne donne aucune autorisation automatique à qui que ce soit pour transformer sa pelouse en pas de tir.

À retenir

  • Le papier du bourgmestre n’est pas un détail administratif : son absence expose à des amendes substantielles et à la confiscation immédiate
  • Même en zone rurale avec des voisins lointains, l’autorisation reste théoriquement obligatoire et rarement accordée aux particuliers
  • Cette année, la sécheresse renforce les restrictions : certaines communes refusent les demandes les plus légitimes

L’autorisation du bourgmestre, ce sésame que tout le monde ignore

Beaucoup de Belges pensent encore que posséder des fusées achetées en grande surface suffit à les utiliser librement, du moment que c’est chez soi. Faux. Dans la quasi-totalité des communes wallonnes et flamandes, une autorisation du bourgmestre est obligatoire si vous désirez tirer un feu d’artifice, si l’on s’en réfère au règlement général de police. Ce papier n’a rien de symbolique : il fixe l’heure du tir, la distance de sécurité, parfois même l’obligation de prévenir les voisins et les éleveurs du coin.

À Walcourt, par exemple, la commune rappelle que avant de tirer un feu d’artifice, peu importe sa taille ou son type, il est indispensable d’avoir obtenu l’accord écrit du bourgmestre. Sans ce document, l’article de police prévoit une amende administrative allant de 40 à 350 euros. À Braine-le-Comte, le montant maximal cité est identique : évitez une amende de 350 euros, une autorisation du bourgmestre est obligatoire si vous désirez tirer un feu d’artifice. Le chiffre varie d’une entité à l’autre, mais le principe reste le même partout : pas de papier, pas de droit d’allumer quoi que ce soit, même une simple fusée à 10 euros achetée au drive du coin.

Le détail qui surprend souvent les particuliers, c’est que même en zone rurale, là où le voisin le plus proche habite à trois cents mètres, la règle s’applique. Certaines communes plus isolées tolèrent mieux les tirs privés que les grandes villes, mais l’autorisation reste théoriquement requise. Un journaliste du Vif notait d’ailleurs que dans les communes qui exigent ce document, les demandes sont très rarement accordées aux particuliers, les professionnels du métier étant bien souvent les seuls à recevoir un feu vert. Autant dire que le jardinier du dimanche qui espère un « oui » facile risque de repartir bredouille.

Bruxelles, la ville où même le jardin privé ne vous sauve pas

Si vous habitez la Région bruxelloise, oubliez carrément l’idée. La Ville de Bruxelles a instauré une règle particulièrement stricte, expliquant que la Région de Bruxelles-Capitale a pris la décision d’interdire la possession, le transport, l’utilisation, les actes préparatoires à l’allumage, l’exposition et la vente de matériel « pièces d’artifice » sur tout son territoire, sauf autorisation spécifique. Le règlement général de police, entré en vigueur en 2024, va encore plus loin en matière de sanctions : les amendes prévues sont significatives, jusqu’à 500 euros pour un adulte, et 175 euros pour un mineur. Et la récidive dans les deux ans alourdit encore la note.

Concrètement, un policier bruxellois qui tombe sur un tir non déclaré ne se contente pas de dresser un procès-verbal. Le règlement prévoit que lorsque des artifices sont utilisés sans autorisation, la police peut saisir immédiatement le matériel et le faire détruire. Adieu donc le lot de fusées acheté trois semaines plus tôt, confisqué sur le trottoir devant des voisins goguenards. La justification officielle tient en une phrase presque scolaire mais pas fausse pour autant : la région bruxelloise argue que ceux-ci sont dangereux pour l’homme, qu’ils entraînent un risque d’incendie, sont mauvais pour la santé et sont préjudiciables au bien-être animal.

L’été 2026 complique encore la donne, sécheresse oblige

Ce qui change cette année, et que peu de gens anticipent, c’est le facteur météo. La sécheresse qui a frappé une bonne partie de la Wallonie ces dernières semaines a poussé plusieurs gouverneurs de province à durcir temporairement les règles, indépendamment du feu vert communal habituel. En province de Liège, un arrêté pris début juillet interdit notamment les feux d’artifice, sauf autorisation préalable du bourgmestre, les grands feux ainsi que certaines activités impliquant l’usage de flammes nues ou d’éléments pyrotechniques. Résultat concret : la Ville de Verviers a dû reporter son propre feu d’artifice du 21 juillet, expliquant qu’il n’est pas possible de réunir toutes les conditions de sécurité nécessaires à l’organisation d’un spectacle pyrotechnique dans ce contexte. Si même les professionnels encadrés par une commune entière renoncent, un particulier avec un briquet et trois fusées dans son jardin part avec un handicap sérieux face à un contrôle.

La zone de secours Vesdre-Hoëgne & Plateau ne mâche pas ses mots non plus : elle recommande aux autorités communales de ne pas autoriser les feux d’artifice durant cette période. même les demandeurs qui font tout dans les règles, formulaire rempli et délai respecté, risquent de recevoir un refus poli mais ferme. Le bourgmestre a le dernier mot, et cette année, ce mot est souvent « non ».

Un détail que le policier de service vous glissera sans doute aussi : au-delà de l’amende, tirer un feu d’artifice sans autorisation pendant une période d’alerte sécheresse peut être requalifié en mise en danger, surtout si un départ de feu se déclare à proximité d’un bois ou d’un champ. La note financière grimpe alors bien au-delà des 350 euros habituels, et le dossier peut atterrir sur le bureau d’un parquet plutôt que dans une simple boîte aux lettres administrative. Avant d’allumer la première fusée le 21 juillet, un coup de fil à l’administration communale reste donc nettement moins coûteux qu’un procès-verbal, et prend en général moins de dix minutes.