Recyclage Belgique : comment le pays est devenu un leader européen

Chaque Belge a trié en moyenne 79,1 kg d’emballages en 2024, et ce chiffre continue de grimper avec 26 kilos de PMC triés en moyenne par habitant en 2025. Derrière ces statistiques se cache une réalité industrielle qui a profondément changé ces dernières années : la Belgique ne se contente plus de collecter ses déchets, elle les recycle de plus en plus chez elle, dans ses propres usines.

À retenir

  • Un pays qui recycle désormais chez lui plutôt que d’exporter ses problèmes
  • Le sac bleu s’est transformé en 30 ans, acceptant désormais jusqu’aux capsules de café
  • Deux géantes usines de recyclage en construction pourraient redéfinir l’Europe

Le sac bleu, star discrète du quotidien belge

Quatorze sacs bleus par an et par habitant, ça fait beaucoup de trajets vers le trottoir. Ce sont ainsi 25,7 kg de PMC, soit environ 14 sacs bleus, qui ont été collectés auprès de chaque habitant en 2024, mais aussi 24,7 kg de papier et carton et 28,7 kg de verre. Un an plus tard, la tendance se confirme et s’accentue : chaque Belge a trié en moyenne 26 kilos de PMC en 2025, contribuant à faire de la Belgique l’un des leaders européens du recyclage des emballages plastiques.

Le plastique, longtemps le mauvais élève du tri, redresse sérieusement la barre. Le taux de recyclage des plastiques a grimpé en 2024, s’établissant à 71% contre 69% douze mois plus tôt, ce qui représente environ 4400 tonnes supplémentaires. Et pour 2025, la progression se confirme encore : 74% des emballages plastiques ménagers mis sur le marché belge par ses membres ont été recyclés l’an dernier, un niveau qui figure parmi les plus élevés d’Europe, selon Fost Plus, l’organisme responsable de la gestion des emballages ménagers dans le pays.

Ce bond en avant n’est pas tombé du ciel. Il découle directement de l’extension du sac bleu, qui accepte depuis 2021 quasiment tous les emballages plastiques (pots de yaourt, barquettes de beurre, films, sachets) et non plus seulement les bouteilles et flacons. Depuis le 1er janvier 2023, toutes les capsules de café peuvent aussi être jetées dans le sac PMC, grâce à une solution développée avec Nespresso, Nestlé et JDE Peet’s, censée collecter 4 500 tonnes de matériaux supplémentaires. De quoi transformer votre cuisine en petit centre de tri personnel, capsules comprises.

Recycler chez soi plutôt qu’exporter le problème

Pendant longtemps, le plastique belge trié finissait sa vie… à l’étranger. Ce n’est plus vraiment le cas. En 2021, seulement 12% du plastique recyclé était traité en Belgique, cette proportion atteint désormais 51%, et en volume, le recyclage réalisé sur le territoire national est passé de 13 463 tonnes à 74 236 tonnes en quatre ans. Multiplier un volume par six en quatre ans, c’est le genre de progression qu’on retrouve rarement ailleurs, secteur textile mis à part.

Francis Huysman, le patron de Fost Plus, ne cache pas sa satisfaction, tout en soulignant l’enjeu stratégique. Il estime que cette évolution n’est pas anodine dans le contexte actuel, car « plus de la moitié du recyclage des emballages plastiques se fait aujourd’hui sur notre propre territoire, ce qui rend aussi le processus plus durable ». Il pointe aussi une réalité européenne moins reluisante : le marché européen du plastique recyclé traverse une période difficile et la croissance de la production de plastique recyclé en Europe a pratiquement stagné ces dernières années. La Belgique fait donc figure d’exception, presque à contre-courant.

Concrètement, cette relocalisation passe par de nouvelles usines. À Neufchâteau, dans la province de Luxembourg, le groupe néerlandais Morssinkhof Rymoplast a investi 68,5 millions d’euros dans une installation qui deviendra le plus important pôle belge de traitement du PET, avec la capacité de recycler des barquettes et bouteilles opaques comme les bouteilles de lait, jusqu’ici difficiles à valoriser. À Lommel, en Flandre, un autre site est en construction pour traiter le polypropylène (barquettes, pots de yaourt) et le polyéthylène (flacons de shampoing). Deux projets qui devraient renforcer encore la part traitée localement dans les prochaines années.

Des taux d’erreur en hausse, mais des chiffres qui font aussi débat

Tout n’est pas parfait sous le sac bleu élargi. Plus le tri s’ouvre à de nouveaux matériaux, plus les erreurs se multiplient. Fost Plus confirme une hausse du taux d’erreurs de tri, tant chez les ménages que dans les entreprises, notamment à la suite de l’élargissement du tri des plastiques dans les sacs bleus. La bonne nouvelle, c’est que la sensibilisation semble payer un peu : l’organisme constate une légère baisse de la proportion de matériaux mal triés dans les sacs PMC au cours des premiers mois de 2025. Reste que le sac transparent, qui laisse voir le contenu, continue de piéger les distraits : un emballage non conforme et c’est l’autocollant « main rouge », direction la poubelle classique.

Certains chiffres avancés par Fost Plus méritent aussi d’être nuancés. Des organisations comme la Fair Resource Foundation ont pointé du doigt des taux de recyclage parfois supérieurs à 100% pour certains matériaux, un paradoxe statistique lié à la méthode de calcul (les quantités recyclées incluent des emballages mis sur le marché par des non-membres ou achetés à l’étranger). Sans remettre en cause la performance globale du pays, largement saluée en Europe, ces critiques rappellent qu’un bon taux de collecte ne dit pas tout sur la qualité réelle du recyclage, ni sur les efforts de prévention et de réemploi qui restent, eux, à la traîne.

Un détail amusant pour finir : le sac bleu belge existe depuis 1994, ce qui en fait presque un objet patrimonial dans le paysage domestique du pays. Trente ans plus tard, il continue d’évoluer, colonisant les cuisines jusqu’aux capsules de café, pendant que les usines de recyclage poussent discrètement à Neufchâteau ou à Lommel. La prochaine étape logique, selon plusieurs voix du secteur, serait de miser davantage sur la réduction des emballages à la source plutôt que sur leur seul traitement en aval, histoire de ne pas se reposer uniquement sur la performance du tri.