Non, un chemin communal qui traverse un bois n’est pas automatiquement ouvert à tout le monde le jour d’une battue. C’est justement la mésaventure que raconte un promeneur wallon dans nos colonnes : persuadé que la voirie publique restait accessible en toutes circonstances, il s’est retrouvé face à un agent du Département de la Nature et des Forêts (DNF), carnet à la main, prêt à dresser un procès-verbal. La loi est plus nuancée qu’on ne le croit, et la confusion entre affiches jaunes et rouges coûte cher chaque automne à des dizaines de marcheurs, cyclistes et cavaliers.
Sur le fond, la réglementation wallonne part d’un principe simple : la loi wallonne sur la chasse n’interdit pas aux promeneurs de pénétrer sur une zone où l’on chasse. Mais ce principe souffre d’une exception de taille, taillée sur mesure pour les battues. Dans le cas d’une battue, avec des traqueurs qui rabattent le gibier vers les chasseurs, il est possible pour les chasseurs de demander l’interdiction de la circulation dans les bois et forêts aux jours et aux endroits où cette activité présente un danger pour la sécurité des personnes. le chemin communal reste théoriquement public, mais son usage peut être suspendu temporairement, le temps d’une journée de chasse organisée.
À retenir
- Pourquoi la couleur du panneau change tout : une distinction qui paraît bénigne mais coûte 125 euros d’amende
- Comment les chasseurs ferment officiellement les chemins publics sans que vous le sachiez
- La saison des battues concerne 542 000 hectares : quelle est vraiment votre probabilité de croiser une interdiction ?
L’affiche rouge, celle qu’il ne faut jamais franchir
Tout se joue sur la couleur d’un panneau planté à l’orée du bois. Benoît Thirionet, responsable de la Direction chasse et pêche du DNF, résume la nuance avec une formule qui a le mérite d’être claire : le panneau réglementaire pour une interdiction de passage est sur fond rouge, tandis que lorsqu’il s’agit simplement d’une notification de chasse ou de battue, sans interdiction, le panneau est sur fond jaune. Autant dire que confondre les deux revient à jouer à la roulette russe administrative.
L’affiche jaune, la plus fréquente, n’a aucune valeur contraignante : elle informe le public des dates et du lieu où une chasse est prévue, mais le passage reste autorisé. Le DNF conseille toutefois la prudence, puisque même sans interdiction légale, croiser une ligne de tir un jour de battue n’a rien d’anodin. L’affiche rouge, elle, change complètement la donne : elle matérialise une fermeture officielle, décidée selon une procédure précise et non par la simple volonté du chasseur du coin. Pour interdire l’usage d’un chemin ou d’un sentier au public pour raison de chasse, l’organisateur de la battue doit obtenir l’autorisation du Service public de Wallonie/DNF pour les voiries en forêt, ou du collège communal pour celles situées en lisière, puis mettre en place une signalisation adéquate. Ce n’est donc jamais le chasseur qui décide seul de fermer un chemin public : il doit passer par l’administration, avec délai de demande et formulaire à l’appui.
Ce que risque vraiment le promeneur imprudent
Revenons à notre randonneur et son agent forestier. S’il a bien franchi une affiche rouge dûment installée, le carnet qui sort de la poche n’a rien d’un bluff. Le montant de base de l’amende s’élève à 125 euros, sans perception immédiate, somme qui peut être augmentée sur base d’une série de critères comme la récidive ou la grossièreté. Une note salée pour une balade dominicale, surtout quand on pensait être dans son bon droit.
Les horaires comptent aussi. Une fermeture pour battue ne dure pas la nuit entière : elle s’applique durant toute la période comprise entre le lever officiel du soleil jusqu’au coucher officiel du soleil pour une battue, tandis que pour l’affût, la circulation reste parfaitement possible en dehors des heures matinales et vespérales concernées. Un chemin fermé un samedi à midi peut donc redevenir praticable dès le coucher du soleil, affiche rouge ou pas, à condition qu’elle ait été retirée dans les temps.
Le flou administratif n’aide pas les promeneurs de bonne foi. Le cantonnement n’est pas nécessairement au courant de toutes les actions de chasse, par exemple une battue organisée dans un bois privé sans demande de fermeture de chemins publics, si bien qu’en période d’ouverture de chasse, tout promeneur reste susceptible d’être confronté à une action de chasse. Une bonne partie des battues se déroulent donc sans aucune signalisation officielle visible, ce qui explique pourquoi tant de marcheurs tombent des nues face à des coups de feu inattendus, sans pour autant être en tort.
Les outils pour éviter la mauvaise surprise
La saison des battues occupe une bonne partie de l’automne et de l’hiver wallon. Pour donner une idée de l’ampleur du phénomène, la saison des battues s’est ouverte le 1er octobre 2025 et s’étendait jusqu’au 31 janvier 2026, une période durant laquelle les territoires de chasse concernent 542.000 hectares de forêt et 700.000 hectares de plaines en Wallonie. Un week-end particulièrement chargé a par exemple vu des chasses organisées sur 222 territoires un samedi, la journée la plus chargée du week-end, avec 198 chemins fermés dans le cadre de battues. Autant dire que la probabilité de croiser une action de chasse un samedi d’automne en forêt ardennaise n’a rien d’exceptionnel.
Heureusement, il existe un moyen simple de vérifier avant de partir : la cartographie interactive du géoportail wallon, accessible via WalOnMap ou l’outil ChasseOnWeb, permet de localiser les fermetures autorisées et de charger ses propres itinéraires GPX. Cette cartographie ne concerne toutefois que la chasse au gros gibier, la chasse au petit gibier n’étant pas répertoriée sur le géoportail wallon. Un détail qui a son importance : même en consultant scrupuleusement la carte avant de chausser ses bottines, rien ne garantit une sortie sans battue à l’horizon. La règle d’or reste donc la même que celle que l’agent forestier a fini par rappeler, carnet rangé, ton plus conciliant : en cas de doute, mieux vaut rebrousser chemin que discuter le prix de l’amende.
Sources : metawal.wallonie.be | chemins.be | lavenir.net