En Belgique, conduire en tongs est parfaitement légal : ce que votre assurance ne vous dit pas pourrait vous coûter très cher

Chaque été, la même scène se répète sur les routes belges : soleil, embouteillages, et derrière les volants, des paires de tongs en pagaille. Bonne nouvelle pour les adeptes des slaches, le terme est parfaitement belge, on peut l’utiliser sans complexe — conduire ainsi chaussé est parfaitement légal en Belgique. Mauvaise nouvelle : en cas d’accident, votre assurance pourrait bien retourner cette liberté contre vous.

À retenir

  • La loi belge n’interdit pas explicitement les tongs au volant, mais une brèche légale pourrait vous piéger
  • Conduire en tongs augmente le temps de freinage de 100% selon les experts — une différence qui sauve ou tue
  • Votre assurance peut vous réclamer des milliers d’euros si un PV mentionne vos tongs lors d’un accident

Ce que dit vraiment le code de la route belge

En Belgique, le port de tongs au volant n’est pas formellement interdit. Aucun article du code ne mentionne les sandales, les slaches, les clapettes ou leurs cousines. Mais le diable, comme toujours, se cache dans les détails d’un texte plus général.

La loi ne décrit pas le type de chaussures que vous devez porter, mais elle stipule que vous devez toujours être en mesure de conduire votre véhicule en toute sécurité. Selon l’article 8.3 du code de la route : « Tout conducteur doit être en état de conduire, présenter les qualités physiques requises et posséder les connaissances et l’habileté nécessaires. Il doit être constamment en mesure d’effectuer toutes les manœuvres qui lui incombent et doit avoir constamment le contrôle du véhicule. » C’est cet article, volontairement large, qui constitue le vrai terrain miné.

À cause de l’article 8.3, explique Paul Geukens, juge de police à Hasselt, « cet article précise que chaque conducteur doit toujours garder le contrôle de son véhicule et être en mesure d’effectuer tous les mouvements de conduite nécessaires. » « L’article 8.3 est très large et laisse beaucoup de place à l’interprétation. » Et cette interprétation, c’est le policier sur le bord de la route qui l’exerce, au moment où il constate les faits.

La sanction potentielle n’est pas symbolique. Un conducteur en tongs peut éventuellement être verbalisé sur base de l’article 8.3 du code de la route, qui prévoit qu’un usager doit être en mesure d’effectuer toutes les manœuvres en toute sécurité. Un policier peut ainsi estimer qu’un usager conduit de manière dangereuse à cause des tongs. Montant de l’amende : 116 euros.

Le vrai danger : pas l’amende, c’est la pédale coincée

Selon Vias, le port de ce type de sandales entraîne un temps de freinage deux fois plus long. Deux fois plus long. Pas légèrement allongé, doublé. Pour mettre ce chiffre en perspective : à 50 km/h en ville, la distance de freinage d’urgence passe d’une quinzaine de mètres à plus de trente. La différence entre un accrochage et un piéton renversé.

Le mécanisme est simple. Les tongs offrent souvent une adhérence insuffisante aux pédales, ils peuvent glisser et se coincer sous une pédale. Cela peut vous empêcher de freiner correctement et être à l’origine d’un accident. Le porte-parole de Vias, Benoît Godart, l’a résumé clairement : « Nous recommandons de ne pas conduire en tongs. Cela vaut aussi pour de très hauts talons, par exemple. Cela induit moins de contrôle sur le véhicule. »

Le code de la route n’interdit pas cette idée, mais certains policiers verbalisent les automobilistes en fonction des dangers lors de la conduite, c’est le cas également pour le port des hauts talons ou la conduite à pieds nus. Autant dire que le talons aiguille à 130 km/h sur l’E40 n’est pas non plus une bonne idée, même si personne ne vous l’interdit explicitement.

Ce que votre assurance ne vous dira jamais spontanément

C’est ici que la situation bascule vraiment. Car si l’amende de 116 euros reste supportable, les conséquences assurantielles d’un accident causé en tongs peuvent être autrement plus lourdes.

Les compagnies d’assurance peuvent décider de réexaminer le dossier en cas d’accident s’il s’avère que les chaussures en sont la cause. Ce réexamen n’est pas une formalité : il peut déboucher sur ce que les juristes appellent une « action récursoire ». En cas de risque « anormal », le risque d’accident est accru et le contrat d’assurance déséquilibré. Dans cette situation, la loi prévoit la possibilité pour l’assureur d’exercer contre son assuré une action récursoire, soit une action de remboursement de la totalité ou d’une partie des décaissements effectués en faveur de la victime.

Un agent qui constate un accident de la route peut également noter dans son procès-verbal que le conducteur roulait avec ce type de sandales. Cette donnée peut être prise en compte et influer sur la responsabilité de cette personne dans l’accident, notamment vis-à-vis de l’assurance. Un seul mot dans un PV, « portait des tongs », et le dossier change de couleur.

Pour comprendre l’ampleur potentielle du problème, il faut savoir ce qu’un accident avec blessés peut coûter. Un accident avec un blessé coûte en moyenne 17 000 €. Dans les cas graves avec invalidité ou séquelles permanentes, la facture peut grimper bien au-delà. Dans certaines circonstances, l’assurance qui couvre votre responsabilité civile lorsque vous êtes conducteur peut vous réclamer le remboursement de ce qu’elle a déboursé en faveur des victimes. C’est notamment le cas après un accident en état d’ivresse ou en cas de consommation de stupéfiants, sans permis de conduire, avec un véhicule qui n’est pas en ordre de contrôle technique, etc. Les tongs ne figurent pas dans cette liste légale stricte, mais l’interprétation du contrat et la notion de comportement dangereux peuvent ouvrir une brèche.

Une précision qui change tout : il appartient toujours à votre compagnie d’assurance de prouver votre faute, grâce à des preuves irréfutables. Des soupçons uniquement ne sont donc pas suffisants. Et sans preuve, aucun recours ne peut avoir lieu. Si le PV mentionne les tongs et que l’expertise démontre un coincement de pédale, la preuve devient soudainement très tangible.

Le bon réflexe : une paire de baskets dans le coffre

La solution n’a rien de compliqué ni de coûteux. Le mieux reste de conduire avec une paire de chaussures fermées, qui tient bien la cheville. Garder une vieille paire de sneakers dans le coffre, enfiler ses tongs dès la portière claquée à destination, cette habitude toute simple élimine le risque à la source. Elle évite aussi d’alimenter ce cliché tenace du conducteur belge qui arrive en retard parce qu’une slache s’est coincée sous la pédale d’embrayage.

À l’étranger, « l’Espagne et la France, par exemple, appliquent souvent des règles similaires à celles de la Belgique. Vous pouvez donc également recevoir une amende si vous conduisez avec des tongs », rappelle l’expert de Vias aux vacanciers. Ce détail mérite attention : celui qui part cet été sur la Costa Brava ou en Provence avec ses tongs au pied n’est pas plus en sécurité légale là-bas qu’ici. La liberté de chausser ce qu’on veut au volant est européenne, les conséquences, elles, sont bien réelles partout.