J’ai appelé mon assureur pour ajouter une garantie tempête à ma police incendie juste pour être tranquille : on m’a répondu que je payais déjà pour ça depuis des années

Ce coup de fil finit toujours pareil : le conseiller reste poli, mais on entend presque le sourire dans sa voix. Non, il n’y a rien à ajouter à votre contrat, parce que la garantie tempête fait partie du package depuis toujours. En Belgique, impossible de souscrire une assurance incendie sans elle : la loi l’impose depuis plus de trente ans, et personne n’a jamais pu s’en passer, même sans le savoir.

La garantie tempête est obligatoire dans tout contrat d’assurance incendie en Belgique depuis la loi du 25 juin 1992, si bien qu’en théorie, tous les Propriétaires et locataires assurés sont protégés. Concrètement, dès qu’on signe une police « incendie » (le nom est trompeur, on y reviendra), le vent, la grêle et le poids de la neige sont couverts d’office, sans supplément à demander ni case à cocher. C’est l’un de ces détails administratifs belges que personne ne connaît vraiment jusqu’au jour où une tuile s’envole ou qu’une gouttière cède sous une bourrasque.

À retenir

  • Vous pensiez devoir ajouter une protection tempête à votre assurance ? Elle y est depuis toujours.
  • 85% des sinistres couverts concernent les dégâts des eaux, pas les incendies : pourquoi s’appelle-t-elle encore ‘incendie’ ?
  • Les vraies zones grises se cachent ailleurs : panneaux solaires, carports, seuils de vent variables selon les compagnies.

Une assurance « incendie » qui n’a plus grand-chose à voir avec le feu

L’appellation date d’une époque où le risque principal était celui des flammes. Aujourd’hui, elle recouvre une réalité bien plus large. En pratique, « assurance incendie » désigne l’assurance habitation de base, c’est-à-dire une police multirisque qui protège le bâtiment et éventuellement son contenu contre une série de sinistres bien plus large que le seul incendie. Concrètement, une assurance incendie belge couvre au minimum le feu, mais aussi l’explosion, la foudre, la fumée, les dégâts des eaux, la tempête et la grêle, le bris de vitrage, les catastrophes naturelles et, souvent, les dommages électriques.

Le plus surprenant, c’est la répartition réelle des sinistres. Selon Assuralia, environ 85% des sinistres couverts par cette assurance concernent des dégâts des eaux, et non des incendies. la maison qui brûle relève presque de l’anecdote statistique face au tuyau qui fuit ou à la toiture qui prend l’eau après une tempête. On paie pour un risque baptisé « incendie » alors qu’on se fait surtout rembourser des infiltrations. Il y a de quoi trouver le nom du produit un brin décalé par rapport à ce qu’il rembourse vraiment.

Ce que couvre (vraiment) la garantie tempête, et ses conditions cachées

La garantie ne se déclenche pas au moindre coup de vent. La police incendie intervient lorsque les pointes de vent atteignent, à la station météo la plus proche, des vitesses généralement fixées à au moins 80 km à l’heure, ou lorsque la tempête endommage d’autres constructions dans un rayon de 10 km du bâtiment endommagé. Certains contrats retiennent un seuil différent : la loi et la jurisprudence belges reconnaissent deux méthodes, dont une vitesse de 100 km/h ou plus enregistrée par une station météorologique officielle de l’IRM dans la région concernée. C’est précisément ce genre de détail qui peut coincer au moment de la déclaration.

Parce qu’en pratique, tout ne se passe pas toujours aussi simplement que la théorie le laisse penser. En pratique, les choses sont plus nuancées, et l’argument favori des assureurs pour refuser ou limiter une indemnisation reste l’absence de preuve que le vent a atteint la vitesse requise. Autre piège classique : l’entretien. Si des tuiles s’envolent ou qu’une cheminée tombe, l’assureur vérifiera que les obligations d’entretien du toit ont bien été respectées, un défaut d’entretien manifeste pouvant réduire ou annuler l’indemnisation. Un toit visiblement négligé depuis des années ne plaide jamais en faveur de l’assuré, même si la tempête, elle, était bien réelle.

Question franchise, les montants restent raisonnables mais existent bel et bien. Pour un dégât des eaux comme pour un incendie, la franchise se situe généralement entre 250 et 300 euros en 2026, ce montant pouvant évoluer en fonction de l’indice ABEX. Rien d’exorbitant, mais de quoi rappeler qu’une « garantie gratuite » n’est jamais synonyme de remboursement automatique et intégral.

Et les inondations, dans tout ça ?

La tempête n’est que la moitié de l’histoire. Depuis les inondations dramatiques de juillet 2021 en Wallonie, la question des catastrophes naturelles reste dans toutes les mémoires, et là aussi, la loi a anticipé les choses bien avant. Les catastrophes naturelles, qu’il s’agisse d’inondations, de tremblements de terre ou de glissements de terrain, sont obligatoires depuis la loi du 17 septembre 2005. Depuis 2007, la garantie catastrophes naturelles est incluse d’office dans l’assurance incendie des risques simples, ce qui explique pourquoi, là encore, personne n’a jamais eu besoin de « l’ajouter » à son contrat.

Une nuance mérite d’être connue si l’on habite dans une zone à risque cartographiée. Si le bien est situé dans une zone officiellement cartographiée comme inondable par la Région wallonne, le contrat peut prévoir une franchise majorée ou une surprime spécifique. Ce n’est donc pas tout à fait « à l’identique pour tout le monde » : le code postal influence discrètement le tarif, même sur une garantie censée être uniforme.

Ce qu’il faut vraiment vérifier plutôt que d’appeler pour rien

Plutôt que de demander à son assureur d’ajouter une garantie déjà incluse, mieux vaut relire son contrat pour repérer les vraies zones grises. Le seuil de vent retenu (80 ou 100 km/h) varie selon les compagnies, tout comme le traitement des dépendances non complètement closes. Les constructions non entièrement closes, comme un carport, et leur contenu, font souvent l’objet d’un traitement particulier dans les petites lignes du contrat. Un simple abri de jardin ou une pergola peuvent ainsi se retrouver hors du champ de la couverture standard, sans que personne ne le sache avant le sinistre.

Autre point à surveiller de près pour les propriétaires de panneaux solaires ou de bornes de recharge, de plus en plus répandus dans les foyers belges : si des panneaux photovoltaïques ou une borne de recharge ont été installés, il faut le signaler à l’assureur, car ces équipements doivent être déclarés pour être couverts. C’est là, et pas dans la garantie tempête déjà acquise depuis des lustres, que se cachent les vraies lacunes de couverture. Le prochain coup de fil à passer n’est donc pas pour demander une garantie qu’on paie déjà, mais pour vérifier que le toit, le carport et les panneaux solaires sont bel et bien listés noir sur blanc dans les conditions particulières du contrat.