Un jour de juillet, coincé dans les bouchons du Zeedijk à hauteur de Blankenberge, j’ai vu passer un tram jaune et bleu qui filait tranquillement sur sa voie propre, pendant que ma voiture n’avançait plus. J’ai garé la bagnole au parking suivant, acheté un billet sans trop réfléchir, et je n’ai plus jamais refait le trajet autrement depuis. Ce tram-là, c’est le Kusttram, et il relie La Panne à Knokke-Heist sur pas moins de 67 kilomètres, ce qui en fait tout simplement la plus longue ligne de tramway sur voie métrique du monde.
À retenir
- Un tram belge côtier peut rouler deux fois plus vite qu’un tram bruxellois, jusqu’à 78 km/h
- Le Kusttram dessert 68 arrêts sur 67 kilomètres depuis 1885, accueillant 13 millions de passagers annuels
- Un pass journée à 9 euros permet des trajets illimités, éliminant les frais de parking et d’essence en été
Un tram jaune qui traverse tout le plat pays côtier
La ligne n’a rien d’un gadget touristique récent. Elle a vu le jour le 5 juillet 1885, lorsqu’un premier tramway à vapeur relie Ostende à Middelkerke, sur une poignée de kilomètres. L’idée était simple : permettre aux premiers baigneurs de rejoindre facilement les stations balnéaires en plein essor le long de la mer du Nord. Le succès a été immédiat, et en 1908, la traction vapeur cède la place à l’alimentation électrique, et la ligne s’étend progressivement vers l’ouest (La Panne) puis vers l’est (Knokke-Heist).
Depuis 1991, c’est De Lijn, la société de transport public flamande, qui exploite ce monument roulant, issue de la scission de la SNCV lors de sa régionalisation. Un siècle et quelques réaménagements plus tard, le tram traverse aujourd’hui 68 arrêts desservant 15 communes, un trajet complet de 2 heures 21 minutes d’un terminus à l’autre, et pas moins de 13 millions de voyageurs chaque année. Treize millions, pour un petit tram côtier belge, ça relativise pas mal les discours sur le déclin du rail léger.
Pourquoi je ne prends plus la voiture pour longer la côte
La réponse tient en un mot : la vitesse relative. Sur la route, on rampe derrière des campings-cars en juillet. Sur les tronçons hors agglomération, le tram roule sur un site propre où les rames circulent à 70 km/h, bien plus vite que les voitures de la route côtière, souvent encombrée en été. Ajoutez à ça l’absence totale de recherche de parking, ce sport national qui gâche toujours un peu les journées à la mer, et le calcul devient vite favorable au tram.
Côté prix, la formule reste imbattable pour qui veut enchaîner plusieurs arrêts dans la journée. Un pass journée coûte autour de 9 euros pour un adulte et permet des trajets illimités sur toute la ligne, avec un tarif enfant divisé par deux et la gratuité sous 6 ans. Pour une famille qui multiplie les haltes entre Ostende, De Haan et Knokke, l’addition reste nettement plus légère qu’un plein d’essence et un parking à la journée sur la digue. En été, le tram du Littoral circule toutes les 10 minutes, ce qui veut dire qu’on descend où l’on veut, quand on veut, sans consulter d’horaire.
Le trajet lui-même vaut le détour rien que pour la géographie qu’il traverse. De Mariakerke (Ostende) à Middelkerke, la ligne est édifiée sur la digue, et donne une vue imprenable sur la mer du Nord. Et pour les curieux d’ingénierie ferroviaire, le passage par les écluses d’Ostende et de Zeebruges reste un moment particulier : le tramway a deux itinéraires, de manière à passer au choix sur les portes amont ou les portes aval des écluses, histoire de laisser filer les bateaux sans jamais bloquer la circulation.
Ce qui a changé récemment sur la ligne
Le matériel roulant s’est modernisé ces dernières années. Depuis 2020, De Lijn déploie de nouvelles rames CAF Urbos, dans le cadre d’un marché conclu en 2017 où CAF remporte l’appel d’offres lancé par De Lijn pour 146 rames, dont 62 destinées au réseau de la côte belge. Ces nouvelles rames à plancher bas facilitent nettement l’accès pour les poussettes, les valises de vacances et les personnes à mobilité réduite, un vrai progrès par rapport aux anciennes motrices qu’on croisait encore il y a quelques années.
Ceux qui prévoient un trajet cet été doivent toutefois composer avec des travaux. Au printemps 2026, De Lijn effectue divers renouvellements de voies et d’infrastructures le long du trajet du tram de la côte, pour des voies plus sûres et de meilleure qualité. Concrètement, ça se traduit par des déviations ponctuelles et parfois des bus de remplacement sur certains tronçons entre La Panne et Ostende. Rien de dramatique, mais mieux vaut vérifier les horaires avant de partir plutôt que de rater la correspondance pour Knokke.
Le détail que peu de gens connaissent
Ce qui m’a le plus surpris, c’est la vitesse de pointe que peut atteindre cette antiquité industrielle réinventée : jusqu’à 78 km/h, alors que la vitesse moyenne d’un tramway à Bruxelles est de seulement 30 km/h. Un tram de plage qui roule presque deux fois plus vite qu’un tram de capitale, voilà qui devrait remettre les pendules à l’heure sur nos préjugés belges habituels envers les transports en commun côtiers. La prochaine fois que vous longez la digue en voiture par une chaude journée d’août, gardez un œil sur les rails: le jaune qui vous double tranquillement, c’est probablement la meilleure décision de transport que vous n’ayez pas encore prise.
Sources : appartement-met-zeezicht.be | loukian.net