Le papier en question, souvent scotché à hauteur d’yeux sur un poteau à l’entrée du sentier, annonce généralement deux choses : une battue de chasse en cours ce jour-là, et le rappel que le chien doit rester en laisse. En Wallonie, ce n’est pas une simple suggestion de bonne conduite entre promeneurs polis. L’article 18 du décret du 15 juillet 2008 est clair : les chiens et autres animaux de compagnie doivent être tenus en laisse, sans exception, et cette règle s’applique dans toutes les forêts wallonnes. Deux minutes de liberté pour votre compagnon à quatre pattes, ce dimanche d’octobre, peuvent donc coûter cher, et pas seulement en amende.
À retenir
- Les amendes pour un chien sans laisse en forêt wallonne grimpent jusqu’à 2 000 euros selon les circonstances
- Les battues d’octobre créent un danger spécifique : la maladie d’Aujeszky, mortelle à 100% chez les chiens
- Le panneau d’avertissement a une valeur légale précise et ne s’applique pas à tous les usagers de la forêt
Ce que dit vraiment le Code forestier (et pourquoi personne ne lit les panneaux)
Soyons honnêtes : qui s’arrête vraiment pour déchiffrer les petits caractères d’un avis administratif planté entre deux fougères ? Pourtant, ce bout de papier a une valeur légale précise. Ce panneau doit porter le numéro de la décision autorisant la chasse, émanant de la division « Nature et Forêts » de la Région wallonne, et la date de la chasse doit y être indiquée de façon précise. Un panneau générique du type « chasse durant les mois d’octobre et novembre » n’a lui aucune valeur contraignante : ce genre de mention n’aura donc pas force contraignante, contrairement à l’avis officiel et daté.
Reste que la vraie obligation, elle, ne dépend d’aucun panneau : elle s’applique toute l’année. Il est obligatoire de tenir son chien en laisse en forêt pour garantir la tranquillité de tous et préserver la faune sauvage, même si l’animal est bien éduqué. Le raisonnement derrière cette règle tient en une phrase : vous connaissez votre chien, mais les autres usagers ne le connaissent pas et ne peuvent pas anticiper ses réactions face à un joggeur, un cheval ou un chevreuil affolé.
Côté sanction, l’addition grimpe vite si on joue les récalcitrants. Si le propriétaire est contrôlé par un agent du DNF alors qu’il ne tient pas son animal en laisse, il peut recevoir une amende de 75 euros en perception immédiate, ou 150 euros s’il refuse cette perception immédiate, et jusqu’à 2 000 euros en cas de contestation menant à une audition. Autant dire que la petite pause pipi sans laisse peut coûter plus cher qu’un abonnement à la salle de sport pour l’année.
Pourquoi un dimanche d’octobre change tout
La date n’est pas anodine. Octobre, c’est le cœur de la saison des grandes battues en Wallonie. Les grandes chasses et battues s’étendent grosso modo sur une période allant du 1er octobre jusqu’à la fin de l’année, quoique dans certains endroits, cela puisse déjà commencer dès le 15 septembre. Ce n’est donc pas un hasard si le panneau était planté précisément ce jour-là, un dimanche étant souvent privilégié pour les battues organisées.
Le danger ne se limite pas au coup de feu égaré. Un chien qui s’échappe deux minutes dans les fourrés peut croiser la route d’un sanglier, mort ou vif, et c’est là que les choses se corsent vraiment. En période de chasse, le contact avec la faune sauvage peut exposer les chiens à des agents pathogènes mortels comme la maladie d’Aujeszky, un virus transmis par les sangliers qui est fatal à 100 % chez les chiens une fois infecté, et des cas récents ont montré des chiens de chasse morts après contact avec des sangliers infectés ou leurs carcasses. Une statistique qui donne froid dans le dos pour deux minutes de liberté canine.
Il y a aussi une nuance juridique qui surprend souvent les promeneurs : la règle ne s’applique pas à tout le monde de la même façon. Les propriétaires privés sur leur propre terrain, les ayants-droits ou les chasseurs lors d’une action de chasse qui nécessite l’aide de chiens ne sont pas soumis à l’obligation de tenir leur chien en laisse. Une asymétrie qui alimente régulièrement les discussions entre promeneurs et monde cynégétique, chacun estimant porter une part disproportionnée des contraintes.
Anticiper plutôt que subir le panneau
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut éviter la mauvaise surprise avec un minimum d’organisation. Avant de partir crapahuter en forêt un week-end d’automne, un coup de fil au cantonnement local du Département nature et forêts permet de savoir si une battue est prévue. Prévoir ses promenades à l’avance et contacter dans la semaine le cantonnement des Eaux et Forêts le plus proche du lieu de la promenade évite bien des déconvenues, qu’il s’agisse d’un sentier barré ou d’un risque de croiser une battue en pleine action.
Si le port de la laisse frustre votre boule de poils habituée à galoper, sachez que certains massifs prévoient des alternatives. La forêt de Soignes, aux portes de Bruxelles, applique la règle générale de la laisse mais propose aussi des zones « chiens en liberté » où les compagnons peuvent gambader sans laisse, ainsi que des zones « chiens maîtrisés » où la laisse n’est pas obligatoire mais où l’animal doit rester visible et proche de son maître en tout temps. Une carte des exceptions existe d’ailleurs pour ce massif précis, histoire de savoir où votre chien peut légalement faire le fou.
Pour la longueur de laisse elle-même, le flou administratif règne un peu : le code forestier ne précise pas la longueur maximale autorisée, mais une laisse d’une longueur maximale de 2 mètres est généralement recommandée pour assurer un contrôle optimal. Certaines communes vont plus loin et imposent 1,5 mètre, ce qui vaut la peine de vérifier le règlement local avant de dérouler la longe extensible de dix mètres achetée en solde.
Un dernier détail mérite d’être connu : la loi sur la chasse elle-même prévoit une sanction spécifique et distincte pour le propriétaire dont le chien s’aventure sur un terrain de chasse d’autrui. En Région wallonne, seront punis d’une amende de 50 à 100 euros ceux qui auront sciemment laissé chasser ou vagabonder leurs chiens sur les terres où le droit de chasse appartient à autrui. entre le Code forestier et la loi sur la chasse, un chien lâché au mauvais endroit et au mauvais moment peut techniquement cumuler deux infractions différentes, pour le prix d’une seule promenade dominicale mal renseignée.
Sources : environnement.wallonie.be | foret-de-soignes.be | animalweb.be