Traverser Anvers en quelques minutes pour déposer un enfant à la gare peut suffire à décrocher une amende de 150 euros, sans même s’en apercevoir. La zone de basses émissions (LEZ) anversoise ne fait pas de détail entre un trajet de trois kilomètres et un séjour d’une semaine : dès que la plaque étrangère franchit la ligne invisible du Ring R1, la caméra tourne, et le compteur aussi.
À retenir
- Une brève visite à Anvers avec plaque étrangère déclenche automatiquement une amende
- Les caméras ANPR ne font aucune différence entre 3 km et une semaine de séjour
- Les Français représentent plus de la moitié des amendes émises chaque année
Un piège qui se déclenche en une fraction de seconde
La LEZ d’Anvers n’est pas une nouveauté sortie de nulle part. Afin d’améliorer la qualité de l’air dans la métropole, la zone basse émission (LEZ) d’Anvers est active depuis le 1er février 2017, et elle concerne tout le territoire de la ville, à l’intérieur du Ring R1. Concrètement, cela signifie que la totalité du centre-ville, gare centrale comprise, se trouve à l’intérieur du périmètre surveillé. Pas besoin de rouler des heures pour s’y faire épingler : un simple aller-retour pour déposer quelqu’un devant les marches du bâtiment ferroviaire suffit largement.
Le système de contrôle ne laisse rien passer. L’accès à ces zones basses émissions est contrôlé par des caméras ANPR (LAPI) intelligentes qui scannent les plaques d’immatriculation 24h/24 et 7j/7, y compris les week-ends et jours fériés. ni l’heure tardive, ni le dimanche après-midi tranquille ne mettent à l’abri. La caméra ne connaît pas les bonnes excuses, seulement les plaques.
Le sort réservé aux véhicules étrangers diffère nettement de celui des plaques belges. Les conducteurs disposant d’une plaque belge ou néerlandaise sont reconnus automatiquement par les caméras, mais tous les autres conducteurs étrangers doivent s’inscrire avant d’entrer dans la métropole flamande. Une plaque française, allemande, espagnole ou italienne qui n’a pas fait l’objet de cette démarche préalable se retrouve donc immédiatement dans le viseur du système, même si le véhicule respecte parfaitement les normes d’émission. C’est là toute l’ironie de la situation : on peut rouler dans une voiture parfaitement propre et recevoir une amende uniquement parce que personne n’a coché la bonne case administrative.
Les Français, grands habitués de la mésaventure
Ce scénario n’a rien d’isolé. Les chiffres publiés par la VRT au printemps 2026 donnent une idée de l’ampleur du phénomène : la ville d’Anvers écrit chaque année pour des millions d’euros d’amendes destinées aux conducteurs qui entrent dans la LEZ avec une voiture trop polluante, et pour les seules plaques belges, néerlandaises et françaises, il faut payer près de 7,3 millions d’euros d’amendes. Une partie substantielle de cette somme a déjà changé de mains : près de 4,5 millions d’euros ont été perçus jusqu’à présent, précise l’échevin de l’Environnement Karim Bachar.
Le taux de recouvrement reste d’ailleurs très élevé, ce qui devrait décourager les tentatives d’attente passive. Selon l’échevin, ces chiffres évoluent encore car beaucoup de personnes paient après une mise en demeure ou font appel, et environ 85 % des amendes ont été perçues ces dernières années. Bref, ignorer le courrier ne fait que retarder l’échéance, pas l’annuler.
Les automobilistes hexagonaux occupent une place particulière dans ce classement peu enviable. Une enquête antérieure du conseil communal avait déjà révélé qu’en 2022, sur les 52 461 amendes émises, 27 622 concernaient des voitures immatriculées en France, contre 16 158 pour des Belges et 8 681 pour des Néerlandais. La raison invoquée est presque toujours la même : les Français déclarent en général ne pas être au courant de l’existence de cette zone à basse émission et négligent de s’enregistrer au préalable. Une négligence qui, vu la vitesse des caméras, se paie cash et sans délai de grâce.
S’enregistrer avant de partir, la seule vraie parade
La bonne nouvelle, c’est que la formalité qui évite tout ça ne coûte rien. Les conditions d’accès à la zone de basses émissions s’appliquent aussi aux véhicules étrangers, et ceux qui répondent à ces conditions doivent tout de même être enregistrés une seule fois pour pouvoir entrer dans la zone. La ville n’a simplement pas accès aux bases de données étrangères, elle a donc besoin que chaque conducteur fasse la démarche lui-même. Une fois faite, l’enregistrement reste valable durablement et permet d’entrer et sortir librement, sans repasser par la case administrative à chaque visite.
Le délai de tolérance existe, mais il est court. Il faut enregistrer son véhicule à temps, au plus tard le jour suivant l’entrée dans la zone LEZ, pour s’assurer que le véhicule figure sur la liste des véhicules autorisés lors du contrôle. Dans les faits, cela laisse une fenêtre de vingt-quatre heures pour rattraper l’oubli avant que la lettre recommandée ne parte. Passé ce délai, la mécanique administrative s’enclenche toute seule, sans intervention humaine ni possibilité de plaider le malentendu au moment du contrôle.
Pour ceux qui roulent avec un véhicule trop polluant et qui ne peuvent ou ne veulent pas s’enregistrer normalement, il existe une alternative payante. La seule solution pour entrer dans la LEZ d’Anvers est d’acheter un ticket journalier au prix de 45 euros, un pass qui ne peut être utilisé que 12 fois par an par plaque d’immatriculation. Une option qui reste nettement plus chère qu’une inscription gratuite, mais qui dépanne les visites imprévues, celles où l’on découvre la LEZ en même temps que le panneau qui l’annonce.
Détail qui change tout pour les habitués du GPS : le pass journalier acheté à Anvers ne sert à rien à Bruxelles ou à Gand. La LEZ-dagpas ne vaut que dans la zone pour laquelle elle a été achetée, pas dans les autres villes disposant d’une zone à basses émissions. Trois villes belges, trois systèmes distincts, trois formulaires à remplir séparément. De quoi transformer un simple trajet vers la gare en petit cours accéléré de bureaucratie environnementale flamande, wallonne et bruxelloise réunies.
Sources : vrt.be | controle-technique.be