Le 1er juillet 2026 arrive avec une discrétion trompeuse. Pas de grand discours, pas de couverture médiatique fracassante, et pourtant : une série de réformes bien réelles, signées au Moniteur belge, qui modifient concrètement la vie au travail, les droits des aidants, et le rapport au revenu complémentaire pour des centaines de milliers de Belges.
À retenir
- Les flexi-jobs ne seront bientôt plus réservés à quelques secteurs : qui en profite vraiment ?
- Les aidants proches obtiennent le double de congés, mais une question taraude : pourquoi pas plus ?
- La limite de 24 mois pour le chômage complet repousse des milliers de personnes vers les CPAS : quelle est la vraie stratégie ?
Le marché du travail ne ressemble plus tout à fait à ce qu’il était
La Chambre a adopté une réforme majeure du système des flexi-jobs en Belgique : le dispositif, jusqu’ici limité à certains secteurs, sera désormais étendu à l’ensemble de l’économie privée et publique. Une mesure qui entre en vigueur le 1er juillet 2026. Concrètement, initialement introduit dans l’Horeca fin 2015, ce système a progressivement été étendu à d’autres secteurs au fil des années. Le gouvernement fédéral souhaite aujourd’hui franchir une nouvelle étape : rendre les flexi-jobs accessibles, par principe, à l’ensemble des secteurs privé et public.
À partir du 1er juillet 2026, les flexi-jobs seront étendus à tous les secteurs, via un système d’opt-out. Concrètement, tous les secteurs participent en principe, sauf s’ils choisissent explicitement de ne pas y adhérer. Ce qui change pour le travailleur lambda : le régime fiscal reste particulièrement avantageux. Les revenus issus d’un flexi-job sont exonérés d’impôt et de précompte professionnel. Les travailleurs non pensionnés bénéficient d’un plafond annuel de 18 440 euros. Pour un salarié qui travaille déjà à 4/5e et voulait arrondir ses fins de mois dans un secteur jusqu’ici fermé, c’est une ouverture réelle.
Nuance à retenir : l’ouverture n’est pas totale ni uniforme. Dans le secteur des pompes funèbres, les flexi-jobs ne seront autorisés que pour des missions ponctuelles. Dans la gestion d’immeubles et les services domestiques, ils ne s’appliqueront pas aux employés de maison. D’autres secteurs comme la garde d’enfants en Flandre, ainsi que l’agriculture et l’horticulture, sont également exclus à ce stade du dispositif. Petit détail inattendu pour le secteur des soins : sont notamment visées certaines prestations effectuées par des infirmiers, des infirmières ou des kinésithérapeutes. L’objectif annoncé est de soutenir la continuité des soins, sans remettre en cause les exigences liées aux diplômes et qualifications.
Ce que le 1er juillet change si vous aidez un proche
En Belgique, plus d’un million de personnes soutiennent quotidiennement un proche en situation de maladie, de handicap ou de perte d’autonomie. Cet engagement, souvent exercé dans l’ombre, est indispensable au maintien à domicile, à la cohésion sociale et à l’équilibre de notre système de soins. Ces personnes bénéficient dès ce 1er juillet d’une avancée concrète.
À partir du 1er juillet 2026, le droit au congé pour aidant proche reconnu passe de 3 mois de suspension complète de l’exécution du contrat de travail à 6 mois de suspension complète, ou 12 mois de réduction de carrière de moitié, ou 30 mois de réduction de carrière d’un cinquième par personne nécessitant une aide. En clair : le congé est doublé. Ce n’est pas anodin pour quelqu’un qui doit s’occuper d’un parent en fin de vie ou d’un enfant gravement malade, et qui était jusqu’ici contraint de choisir entre son emploi et son rôle d’aidant.
La flexibilité, elle aussi, fait son entrée. À partir du 1er juillet 2026, ces périodes pourront également être fractionnées, moyennant l’accord de l’employeur. Une suspension complète pourra, dans ce cas, être fractionnée en semaines, et une réduction de moitié pourra être fractionnée en mois. Ces nouvelles règles ont été fixées dans la loi du 22 mars 2026 et sont parues au Moniteur belge le 1er avril 2026. Un régime transitoire protège ceux qui ont déjà entamé ce congé avant la date : leurs droits acquis restent préservés.
Les transformations plus discrètes, mais tout aussi réelles
Le droit du travail ne se résume pas aux flexi-jobs et aux aidants proches. Depuis juin 2026, d’autres règles ont déjà glissé dans le quotidien professionnel belge. L’interdiction du travail de nuit n’existe plus à partir du 1er juin 2026. Cela signifie que toutes les entreprises peuvent prévoir du travail de nuit dans leur règlement de travail. Mais il y a des conditions et procédures à respecter. Le travail de nuit, c’est le travail entre 20h et 6h, sauf dans le secteur de la distribution où il est compris entre 23h et 6h.
Pour les malades de longue durée, la durée d’incapacité de travail ininterrompue requise pour initier la procédure de force majeure médicale est réduite de neuf à six mois. Cela concerne le travailleur en incapacité de longue durée et ininterrompue. Désormais, la procédure pouvant mener à la rupture du contrat de travail pour cause de force majeure médicale pourra être engagée après que le travailleur ait été en incapacité ininterrompue pendant au moins six mois. Une règle qui touche directement ceux qui traversent une maladie grave.
Du côté des travailleurs en interim, à partir du 1er juin 2026, la réglementation relative au travail intérimaire supprime l’obligation d’établir, avant la première entrée en service, une déclaration d’intention distincte. Moins de paperasse, donc. La Belgique peut parfois surprendre.
La réforme du chômage : la vague de fond qui continue
Derrière les nouvelles du 1er juillet, une réforme de plus grande ampleur poursuit son déploiement. La nouvelle réglementation est entrée en vigueur pour les dossiers avec une date d’admission à partir du 1er mars 2026. Le droit aux allocations de chômage complet est désormais limité à un maximum de 24 mois. Ce droit comprend une période de base de 12 mois, avec possibilité d’extension selon le passé professionnel. Des demandeurs d’emploi avec moins de 5 ans de carrière professionnelle qui perçoivent des allocations en première période voient leurs droits s’éteindre entre le 1er juillet 2026 et le 1er juin 2027.
L’impact humain de cette réforme n’est pas anecdotique. Les changements qui interviennent dans le système des allocations de chômage déplacent la pression vers les CPAS. Ils sont à l’origine du développement d’une lourde charge psychosociale qui nécessite de prendre des mesures sans tarder. Les centres d’aide sociale voient donc arriver un public plus large, avec des besoins plus complexes.
Un chiffre concret pour mesurer l’ampleur du mouvement : environ 21 500 personnes ont été concernées par la première vague de fin de droits, dont plus de 13 000 en Wallonie. Des milliers de ménages wallons dont la situation a changé du jour au lendemain, souvent avec peu de préparation malgré les courriers envoyés par l’ONEM.
Ce 1er juillet 2026 n’est donc pas un simple tournant de calendrier. C’est le moment où plusieurs réformes, votées à des rythmes différents depuis 2025, commencent à produire leurs effets simultanément sur la même population active. Le travailleur à 4/5e qui veut compléter ses revenus, l’aidant proche épuisé qui réclamait plus de souplesse, le demandeur d’emploi dont le compteur tourne : chacun découvre que les décisions prises dans les couloirs fédéraux ont, au bout du compte, une adresse bien précise.
Sources : emploi.belgique.be | droitsquotidiens.be