Je triais mes emballages dans le sac bleu depuis des années : ce qu’un agent de collecte m’a révélé sur ce qui arrive vraiment à mon plastique

Le sac bleu, on le sort chaque semaine avec le sentiment du devoir accompli. Des années de bons gestes, d’emballages soigneusement rincés, de bouteilles aplaties pour gagner de la place. Mais ce que deviennent vraiment ces plastiques une fois le camion de collecte parti, peu de gens le savent précisément. Un agent de collecte, lui, voit le revers du décor.

À retenir

  • 49 % du plastique belge est désormais recyclé localement : un bond spectaculaire en 5 ans qui contredit le mythe du plastique expédié en Asie
  • Deux gestes simples (rincer et dépiler) ont plus d’impact que le choix du bon sac : découvrez pourquoi les machines de tri détestent les emballages imbriqués
  • Que cache vraiment ce 29 % de plastique non recyclé ? Prix, marché et une réalité économique que vos bons gestes ne peuvent pas résoudre seuls

Ce que le camion emmène vraiment

Premier arrêt : le centre de tri. Dans ces installations, une machine ouvre les sacs et les déchets sont disposés sur des bandes roulantes qui les acheminent vers différents postes de tri. La plupart de ces postes sont des machines sophistiquées qui séparent les différents déchets par des procédés mécaniques, électromécaniques (aimants pour les métaux, courants de Foucault pour l’aluminium) et optiques pour les bouteilles.

Cinq centres de tri sont répartis dans toute la Belgique : Indaver à Willebroek, Prezero à Evergem, Valtris à Couillet, Val’Up à Ghlin et Sitel à Engis. Autant dire que le plastique de votre pot de yaourt namurois ne fait pas un grand voyage avant d’être trié. Une fois trié, il repart vers des recycleurs. À la sortie du centre de tri, les déchets sont vendus à des recycleurs par Fost Plus. Pour les emballages industriels, ils peuvent se retrouver loin de la Belgique, mais pour les emballages ménagers, ils sont recyclés dans les pays limitrophes ou à l’intérieur des frontières de l’Europe.

La bonne nouvelle concrète : pour le plastique spécifiquement, 49 % de ce qui est collecté auprès des citoyens belges est désormais traité dans des centres de recyclage belges, contre seulement 9 % en 2020. Un bond spectaculaire en cinq ans, qui tord le cou à l’idée que « nos plastiques partent tous en Asie ».

Les chiffres qu’on ne met pas sur le sac bleu

Chaque Belge a trié en moyenne 79,1 kg d’emballages en 2024, selon les données communiquées par Fost Plus. Le taux de recyclage des plastiques a grimpé à 71 % en 2024, contre 69 % l’année précédente, ce qui représente environ 4.400 tonnes supplémentaires de plastique recyclé. Ces résultats placent la Belgique largement au-dessus de la moyenne européenne, et tous ces taux restent largement supérieurs à l’objectif de l’Union européenne pour 2030.

Mais 71 %, ça signifie aussi que 29 % ne sont pas recyclés. Ce n’est pas une fatalité administrative : une partie de ce plastique est physiquement non recyclable (matériaux composites, emballages souillés), une autre finit à l’incinération faute de filière disponible. Le prix des plastiques vierges reste historiquement bas, ce qui freine la croissance de l’utilisation du contenu recyclé. Dans le même temps, les prix élevés de l’énergie rendent difficile la compétition des entreprises européennes de recyclage face à l’afflux de plastiques bon marché hors UE. Un contexte de marché qui pèse sur toute la filière, quelle que soit la vertu du consommateur belge.

Des investissements sont en cours pour améliorer la situation. En juillet 2024, Morssinkhof-Rymoplast, Fost Plus et Idelux ont posé la première pierre de MOPET à Neufchâteau, une usine qui sera l’une des premières en Europe à recycler les barquettes PET et les bouteilles en PET opaque à grande échelle. À Lommel, la construction d’un centre de recyclage pour les emballages en polypropylène (comme les pots de beurre) ou en polyéthylène (comme les flacons de shampoing) a commencé en juin 2025.

L’ennemi numéro un : les « faux amis » du sac bleu

Ce que les agents de collecte observent chaque matin, c’est une réalité que les chiffres confirment : en Belgique, 40.000 tonnes de déchets qui n’ont pas leur place dans les sacs PMC y sont déposées chaque année. Fost Plus a recensé 2,5 % d’erreurs de tri supplémentaires. Il s’agit principalement d’objets en plastique qui ne sont pas des emballages.

La confusion est compréhensible : depuis l’élargissement du sac bleu à (presque) tous les emballages plastiques, les frontières sont devenues moins intuitives. Le « P » de PMC signifie « emballages en plastique », et c’est un détail important : seuls les matériaux d’emballage en plastique ont leur place dans le sac bleu. Les grands objets tels que les couvertures en plastique, les bacs ou les jouets ne sont pas des emballages et n’ont donc pas leur place dans le sac.

L’une des erreurs les plus fréquentes constatées en centre de tri est l’imbrication des emballages. Vouloir gagner de la place en emboîtant des pots de yaourt, des pots de fleurs ou des boîtes de conserve les uns dans les autres est une fausse bonne idée : les machines de séparation optique ne peuvent pas identifier et trier les différentes matières lorsqu’elles sont cachées les unes dans les autres. Résultat : ces emballages finissent à l’incinération au lieu d’être envoyés vers leur filière de recyclage.

Les agents de collecte ont aussi leur anthologie personnelle des trouvailles improbables. Les erreurs de tri provoquent parfois l’hilarité des employés des centres de tri : ils ont déjà trouvé dans des sacs bleus une poupée gonflable, une alliance, un pistolet à eau ou un siège auto pour bébé. On rigole, puis on incinère.

Les piles et batteries représentent un danger autrement plus sérieux : en les jetant dans les PMC, on risque un incendie dans les centres de tri. Ce n’est pas une mise en garde théorique.

Ce qui change vraiment la donne

Fost Plus confirme une hausse du taux d’erreurs de tri, tant chez les ménages que dans les entreprises, notamment à la suite de l’élargissement du tri des plastiques dans les sacs bleus. L’élargissement des consignes a donc eu un effet paradoxal : plus on accepte de choses, plus les citoyens deviennent moins précis dans leurs choix.

Deux gestes simples ont pourtant un impact disproportionné. Rincer les emballages souillés, d’abord : des emballages non correctement vidés, des sacs en plastique remplis de déchets résiduels ou des bidons accrochés à l’extérieur des sacs constituent des mauvais gestes de tri qui perturbent toute la chaîne. Séparer les emballages imbriqués, ensuite. Ces deux réflexes, appliqués systématiquement, pèsent plus lourd que d’acheter le bon sac bleu de la bonne intercommunale.

Du côté des fabricants, la pression monte aussi. En 2019, les entreprises belges ont pris l’engagement volontaire de s’assurer que tous leurs emballages mis sur le marché seraient recyclables d’ici 2025, ce qui place la Belgique en avance sur les objectifs européens qui n’imposent cela qu’en 2030. En 2023, le volume d’emballages non recyclables sur le marché belge était déjà tombé en dessous de 9.000 tonnes, contre plus de 20.000 tonnes en 2019. Le problème se règle donc des deux côtés de la poubelle : celui qui trie, et celui qui conçoit l’emballage.