Le frelon asiatique a un point faible qu’il ne montre qu’en avril : après, il est trop tard pour agir

Le nid fait à peine la taille d’une balle de ping-pong. La reine est seule, vulnérable, et n’a encore aucune ouvrière pour la défendre. Avril, c’est la seule fenêtre de l’année où le frelon asiatique se présente sans armée. Passé mai ou juin, il sera trop tard pour agir facilement, et ce qui aurait nécessité quelques minutes de travail deviendra une opération coûteuse, complexe, parfois dangereuse.

À retenir

  • Une reine capturée en avril équivaut à plusieurs milliers d’individus jamais nés
  • 90% des nids primaires se cachent dans vos cabanons, pas dans les arbres
  • Seuls 5 à 10% des nids existants sont actuellement signalés en Belgique

Une biologie qui crée une fenêtre de tir unique

Le frelon asiatique est une espèce invasive présente en Belgique depuis 2010. Depuis lors, il s’est répandu dans toutes nos régions, et une population de frelons peut être multipliée par dix d’une année à l’autre. Le chiffre donne le vertige. Mais pour comprendre pourquoi avril est décisif, il faut d’abord comprendre comment fonctionne le cycle annuel de l’animal.

Entre décembre et février, la colonie disparaît totalement. Le nid, fait de papier mâché, se décompose sous l’effet du froid et de l’humidité ; il devient inutilisable l’année suivante, car seules les jeunes reines hivernantes survivent et repartent de zéro au printemps. C’est là que réside le point faible structurel de l’espèce : à sa sortie d’hivernage, une seule reine fondatrice décide du sort de toute une colonie.

Cette reine, qui a passé l’hiver en diapause, ressort dès que les températures remontent durablement au-dessus de 13-14°C. Elle construit alors un premier nid, seule, sans protection. Le nid primaire est la seule fenêtre d’intervention facile : à ce stade, la colonie compte moins de 10 individus et la reine est parfois seule. Un professionnel peut le neutraliser en quelques minutes, sans matériel lourd. Passé le mois de juin, l’opération devient nettement plus complexe et coûteuse.

La logique mathématique derrière cette fenêtre est implacable. Une reine capturée au printemps empêche la naissance de milliers d’individus l’automne suivant. Et un nid peut produire plus de 500 fondatrices qui se dispersent à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Une seule fondatrice piégée en avril, c’est autant de colonies fantômes qui n’existeront jamais.

Cherchez-le dans votre cabanon, pas dans vos arbres

C’est ici que l’idée reçue la plus répandue fait le plus de dégâts. Dans l’imaginaire collectif, le frelon asiatique niche dans les grands arbres du jardin, en hauteur, loin de nous. Or, cette image correspond au nid secondaire, celui de l’été finissant, quand la colonie a déjà prospéré pendant trois mois.

Selon les données recueillies sur le terrain par les techniciens de la FDGDON, près de 90 % des nids primaires de frelons asiatiques sont construits sur du bâti, dans les coffres de volets roulants, sous les avant-toits, dans les garages ou les cabanons. Pas dans les arbres. En Belgique, les communes bruxelloises comme Waterloo ou Auderghem confirment ce constat : le nid primaire se niche généralement dans un endroit bien abrité, proche du sol et des activités humaines.

Sous le toit, derrière un volet roulant ou dans le cabanon, une petite boule grisâtre, à peine plus grosse qu’une balle de ping-pong, passe souvent pour une simple salissure. Pourtant, ce minuscule cocon de « papier mâché » abrite déjà une reine très occupée. : pendant que vous sortez votre tondeuse pour la première fois de la saison, vérifiez aussi les recoins de votre abri de jardin. La découverte peut surprendre.

Le calendrier belge est précis. Jusqu’à fin mai environ, la reine sort du nid pour chercher de la nourriture afin de nourrir les larves. C’est le moment idéal pour le piégeage de printemps, qui permet de piéger les reines et d’éviter la création des nids. Ce nid primaire ne sera habité que quelques semaines avant que la colonie déménage dès juin dans un nid secondaire plus grand et plus difficile à détruire, construit généralement dans un arbre par les ouvrières et pouvant abriter plusieurs milliers d’individus.

Piéger oui, mais pas n’importe comment

Le piégeage de printemps fait parfois débat, et la nuance mérite d’être posée clairement. Le problème des pièges classiques à noyade, c’est leur manque de sélectivité : ils capturent aussi des bourdons, des abeilles sauvages, d’autres pollinisateurs utiles. Piéger les reines fondatrices pour éviter le développement d’un nid hébergeant plusieurs milliers d’individus permet de limiter les dégâts qu’occasionnerait sur la biodiversité le développement d’un de ces nids. Mais le moyen employé doit rester proportionné.

La solution validée aujourd’hui repose sur des pièges sélectifs, équipés de grilles calibrées qui laissent repartir les insectes de petite taille tout en retenant les frelons asiatiques. Plusieurs expériences locales ont montré une diminution considérable du nombre de nids grâce au piégeage de printemps. À Auderghem, commune bruxelloise pionnière en la matière, des bénévoles spécialement formés, les « Vespa Hunters », interviennent pour détecter et neutraliser les nids de frelons asiatiques, et leur intervention est gratuite.

En pratique, la commune de Waterloo rappelle que chaque reine capturée au printemps correspond à un nid évité. Étant donné qu’un seul nid peut donner naissance à plusieurs milliers d’individus et à de nombreuses fondatrices prêtes à établir de nouveaux nids l’année suivante, agir précocement constitue la solution la plus efficace et la plus économique pour protéger les ruches et préserver la biodiversité locale.

Ce que la Belgique fait (et peut encore mieux faire)

La dynamique citoyenne existe, et elle fonctionne. En 2024 et 2025, les plateformes de signalement et les collectivités ont recensé environ 13 000 à 15 000 nids déclarés par an, avec une tendance à la hausse et des augmentations locales parfois supérieures à 20 % selon les départements. Mais les experts tempèrent : les retours d’experts, d’apiculteurs et d’acteurs de terrain convergent vers un constat clair : seuls 5 à 10 % des nids existants sont signalés. Un chiffre qui donne la mesure de ce qui reste à accomplir.

La mortalité naturelle des jeunes reines pendant l’hiver reste élevée, environ 50 % selon les entomologistes. la nature joue déjà à moitié le jeu. Mais l’autre moitié survivante suffit à alimenter une progression continue. En Europe, le frelon asiatique est inscrit depuis 2016 dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne, ce qui oblige légalement les États membres à agir. La Belgique n’échappe pas à cette obligation.

La réponse la plus efficace reste collective. Selon les données du réseau GDS France, 20 % des pertes de colonies apicoles en 2022 étaient directement attribuées au frelon asiatique, un ratio qui pèse lourd sur les apiculteurs belges également. Signaler un nid à sa commune, installer un piège sélectif, vérifier ses cabanons dès la mi-avril : ce sont des gestes à la portée de tout le monde, et leur impact, multiplié par des milliers de jardins, change réellement la donne pour la saison à venir.