L’été 2025 a marqué un tournant. Un nombre record de frelons asiatiques a été observé en Wallonie, selon le chercheur Florian Bastin du Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W), et le constat est identique en Flandre, d’après l’organisation Natuurpunt. Pour les apiculteurs belges, ce n’est pas une surprise de plus : c’est la goutte qui fait déborder la ruche.
À retenir
- Pourquoi 2025 restera gravé comme l’année la plus sombre de l’apiculture belge?
- Quel mécanisme invisible du frelon asiatique tue les colonies plus sûrement que la prédation directe?
- Trois revendications majeures des apiculteurs : mais l’une d’elles divise encore les autorités
Une invasion qui ne ressemble à rien de connu
En ce début d’automne 2025, la présence abondante des frelons asiatiques a généré une situation catastrophique. Comme jamais auparavant, cette espèce exotique envahissante a exercé une prédation intense sur les ruchers avant l’arrivée de l’hiver. Les apiculteurs wallons et bruxellois n’utilisent plus le mot « problème ». Ils parlent de « crise », et les chiffres leur donnent raison.
2025 restera sans doute dans les annales comme une année de crise profonde pour l’apiculture en Belgique. Dans le Brabant wallon, les apiculteurs ne sont plus sur le front de l’invasion : ils sont désormais submergés par la vague de propagation des nids. Dans tout le Brabant wallon, et généralement dans tout le pays, l’année a été catastrophique.
Le mécanisme de destruction est précis, presque chirurgical. En une journée, un frelon asiatique peut tuer une soixantaine d’abeilles. Mais ce n’est pas tant la prédation directe qui inquiète que son effet collatéral. Ce qui est surtout problématique, c’est que la présence du frelon stresse les abeilles. Elles arrêtent d’aller chercher du nectar et du pollen pour nourrir les larves, et les reines ne pondent plus. Cela peut provoquer des effondrements de colonies en une année.
Une colonie de frelons asiatiques consomme près de 15 kilos d’insectes par an. Et leurs victimes ne se limitent pas aux abeilles : ils consomment aussi des osmies, bourdons, papillons, coléoptères et araignées, parmi lesquels figurent des insectes pollinisateurs essentiels pour la production agricole, les fruiticulteurs et les maraîchers, au point que cette présence risque d’impacter fortement toute la biodiversité.
Le stress que génère le frelon asiatique fragilise les colonies qui se préparent à l’hivernage et menace leur survie pour les prochains mois. Si certaines colonies parviennent à résister tant bien que mal, beaucoup sont déjà mortes avant même l’arrivée de l’hiver. En 2025, les dégâts ont été catastrophiques, avec jusqu’à 50 % de pertes de ruches dans certains ruchers.
Ce que réclament les apiculteurs en urgence
Face à l’ampleur des dégâts, la réponse des apiculteurs belges dépasse largement la simple pose de pièges. Le CARI (Centre Apicole de Recherche et d’Information) a multiplié les alertes auprès des autorités. Le projet de sensibilisation de l’association vise à amplifier l’alerte déjà lancée auprès des autorités publiques et à servir d’appui à l’élaboration des actions nécessaires dans le cadre du Plan wallon de gestion du frelon asiatique 2026.
Concrètement, trois axes dominent les revendications du secteur. D’abord, la transparence des données : l’analyse des données de mortalité hivernale permettrait d’identifier l’impact du frelon asiatique sur la survie des colonies et d’orienter les autorités publiques dans la définition des aides financières allouées au secteur. Ensuite, un soutien matériel structuré : au vu de l’année écoulée, la pression du frelon asiatique ne sera pas moindre l’année suivante, ce qui pousse les associations à mettre en place des achats groupés de matériel. Enfin, une reconnaissance légale et financière plus forte, sur le modèle de ce que la France a mis en place en mars 2025 avec une loi dédiée.
En Wallonie, le premier nid de frelon asiatique a été détecté en 2016 et l’espèce est aujourd’hui présente sur l’ensemble du territoire. Dix ans après les premières alertes, les apiculteurs estiment qu’il est temps de passer de la sensibilisation à la politique publique structurée. Face à la prolifération du frelon asiatique, la stratégie régionale de lutte atteint ses limites.
La Wallonie débloque un million d’euros pour 2026
La réponse institutionnelle commence à prendre forme, même si elle reste jugée insuffisante par certains acteurs de terrain. Pour 2026, un montant de 1 million d’euros, contre 180 000 euros seulement en 2025, va être mobilisé afin de soutenir la lutte contre cette espèce invasive. Un bond budgétaire qui témoigne d’une prise de conscience, mais qui reste loin des besoins exprimés sur le terrain.
Le plan wallon s’articule autour de plusieurs leviers concrets. De nombreuses initiatives de distribution de pièges sélectifs ont été menées au printemps 2026 par les sections apicoles, les provinces et les communes, avec plus de 134 000 pièges déjà distribués. La plateforme FixMyStreet Wallonie est désormais disponible pour signaler les nids de frelons asiatiques et coordonner leur neutralisation, avec près de cent communes déjà connectées.
Du côté de la recherche, les résultats encouragent. En 2025, 83 % des insectes capturés par les pièges à couvercle développés par le CRA-W étaient des fondatrices de frelon asiatique, confirmant l’efficacité et la sélectivité de ce dispositif. Un taux remarquable quand on sait que la plupart des autres pièges disponibles sur le marché dépassent rarement les 30 % de sélectivité.
Près de 2 000 nids ont été neutralisés en 2025 à proximité des ruchers grâce à une coordination rendue possible par l’application FixMyStreet Wallonie. En Wallonie, l’éradication du frelon asiatique n’est aujourd’hui plus envisageable, et il a donc été mis fin à la neutralisation systématique de l’ensemble des nids détectés. La stratégie régionale vise désormais une gestion raisonnée, centrée sur les zones à risque : abords de ruchers, espaces publics fréquentés, écoles.
Sur le terrain, les apiculteurs bricolent leur survie
En attendant que les politiques publiques montent suffisamment en puissance, les apiculteurs belges se débrouillent avec les moyens du bord. Des muselières piégeantes permettent de capturer les frelons et de diminuer le stress pour les abeilles. Certains utilisent des harpes électriques, des grilles placées entre les ruches qui permettent d’électrocuter les frelons, avec de bons résultats.
Le seul point positif du frelon asiatique, c’est qu’il renforce la coopération et la solidarité entre apiculteurs. Voilà qui a au moins le mérite de faire sourire, même jaune. Car dans le Brabant wallon, des nids secondaires atypiques ont été trouvés dans des configurations inattendues : un nid proche du sol sur un vieil abri, un double nid en hauteur, ou encore un nid à l’aplomb direct d’un rucher dans un noyer.
La menace, rappelons-le, dépasse largement le seul monde apicole. Classé parmi les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne, le frelon asiatique se nourrit principalement d’hyménoptères sociaux (abeilles, guêpes, bourdons), mais aussi de diptères et d’autres insectes floricoles. Une étude de l’Université d’Exeter publiée début mars 2025 a déterminé que ce ne sont pas moins de 1 449 espèces différentes qui ont été prélevées dans les colonies étudiées. quand le frelon asiatique s’installe, c’est une large portion du vivant qui trinque.
La saison 2026 sera un test grandeur nature pour les nouvelles mesures wallonnes. Les apiculteurs, eux, gardent un œil à la fois sur leurs ruches et sur leurs interlocuteurs politiques, avec la ferme intention que les promesses de printemps ne fondent pas, pour une fois, comme du miel au soleil d’août.
Sources : peaudemiel.com | bewapp.be