Une facture de gaz qui triple du jour au lendemain, ça fait mal, surtout quand on pensait avoir maîtrisé sa consommation. Beaucoup de Belges s’y sont frottés ces derniers hivers, piégés par des hausses imprévues ou des erreurs bien cachées dans les coins du décompte annuel. Pourtant, derrière certains montants stratosphériques, se glissent parfois des subtilités qu’il est possible de contester, légalement et sans devoir se coltiner une procédure digne d’un feuilleton judiciaire.
À retenir
- Une estimation erronée peut gonfler votre facture sans raison.
- Une preuve simple, comme une photo du compteur, peut suspendre le paiement.
- Attention aux délais et aux faux relevés, la loi veille.
Des montants qui donnent chaud… mais pas dans le bon sens
Regarder sa boîte mail et découvrir une facture de gaz dépassant la moitié de son salaire : l’expérience a quelque chose d’irréel, mais devient banale pour beaucoup de Bruxellois et Wallons depuis les turbulences énergétiques de 2022-2024. Tarifs variables, indexations, corrections de consommation estimée… les explications du service client tiennent parfois plus du charabia que d’une expertise universitaire.
Ce fut le cas de Sophie, habitante de Seraing, qui a vu son solde à payer grimper à près de 1 800 euros. Pourtant, elle jure avoir passé l’hiver en pull et avoir remplacé les bains par des douches rapides, si l’on en croit les chiffres des opérateurs, près d’un ménage sur quatre en Wallonie aurait contesté une facture d’énergie en 2024, selon une enquête relayée par Test-Achats en octobre dernier.
Là où l’histoire de Sophie prend une tournure instructive (et légèrement réjouissante), c’est dans le détail litigieux qui faisait gonfler sa facture, et que nombre de ménages négligent encore aujourd’hui.
Le piège de la consommation “estimée” et la preuve à l’appui
Derrière la plupart des factures démesurées, on retrouve souvent un point commun : la consommation “estimée”. Explication : par souci de simplification (et, avouons-le, d’économie sur le personnel de terrain), de nombreux fournisseurs calculent la facture sur base d’une consommation supposée, en attendant le relevé effectif du compteur. Un système pratique, sauf pour ceux qui, comme Sophie, ont veillé à réduire drastiquement leur usage du gaz, sans voir leur facture s’en ressentir.
Le détail contesté par Sophie et, depuis, de nombreux autres clients : le fournisseur avait utilisé une estimation vieille de plusieurs mois, ignorant le relevé réel transmis par ses soins début mars 2025. Petite victoire grâce à la loi : le décret wallon de 2018 relatif au marché du gaz oblige les fournisseurs à rectifier la facture dès lors qu’un client apporte une preuve de son relevé réel, pourvu qu’il soit parfaitement lisible et daté (photo du compteur à l’appui). Pas besoin d’avocat ni de lettre recommandée bardée de jargon juridique. Un simple mail avec preuve suffit, selon les conseils citoyens publiés régulièrement par la CWaPE, le régulateur wallon de l’énergie.
Et la Belgique, toujours championne du compromis bruxello-flamand, impose la même obligation du côté de Bruxelles et en Flandre, chaque région ayant adapté la transposition européenne à sa sauce. Les fournisseurs qui traînent des pieds encourent des amendes administratives, sans compter la publicité négative qu’ils s’infligent (les réseaux sociaux ne pardonnent pas…)
Quand ne rien payer devient légal (à condition de bien lire)
Le volet le plus piquant : tant que la rectification n’a pas eu lieu, le client n’est pas tenu de payer la partie litigieuse. si la différence de consommation est due à l’application d’une estimation manifestement erronée, l’obligation de paiement est suspendue pour le montant contesté. Voilà qui allège temporairement le porte-monnaie, redonne du souffle à la négociation, et évite de se faire traiter de mauvais payeur par l’opérateur.
Attention, astuce belge : cette contestation ne vous autorise pas à refuser l’intégralité de la facture. Seule la tranche dont le calcul est discutable peut être mise “en pause” avec l’accord écrit de votre fournisseur (différent d’un simple coup de fil). Cette technique, validée par la médiatrice fédérale de l’énergie, a connu son heure de gloire pendant la crise énergétique : entre janvier et juin 2025, plusieurs milliers de dossiers similaires ont été clôturés en faveur des clients qui avaient documenté soigneusement leur démarche.
Les limites de la contestation : attention au piège inverse
Pour les têtes bien brûlées tentées de jouer au chat et à la souris, petite note de service : mentir sur son relevé ou maquiller une photo est lourdement sanctionné. De plus, si vous tardez à signaler l’erreur (au-delà des 2 mois suivant la réception de la facture), votre marge de manœuvre fond comme neige au soleil. Les fournisseurs, eux, se frottent les mains, sauf si l’on fait jouer l’arbitrage du médiateur de l’énergie (service gratuit, et assez musclé parait-il… pour peu que le dossier soit solide).
Garder la tête froide : conseils pour la prochaine facture
La saison des régularisations bat son plein. Pour éviter de devoir apprendre la loi sur le tas, photographiez systématiquement votre compteur tous les premiers du mois, stockez les fichiers (ne riez pas, WhatsApp ne retrouve jamais le bon cliché quand on en a besoin) et transmettez votre relevé dès que votre fournisseur l’exige. Si un chiffre paraît absurde, ne payez que la part juste, il vaut mieux un dialogue ferme que de tomber dans l’excès de zèle ou la résignation plan-plan à la belge.
Un dernier conseil digne des meilleurs détectives : interrogez le voisinage sur leur propre expérience. On sous-estime trop souvent la force du bouche-à-oreille, surtout dans nos quartiers où le mot “dégrouper” son fournisseur fait partie des conversations du souper. L’année dernière, un habitant de Laeken a même réussi à faire corriger une facturation abusive pour un immeuble entier, simplement parce qu’il avait comparé les étiquettes des compteurs à la sortie des caves…
Parfois, l’erreur la plus coûteuse ne se niche pas dans les tarifs, mais dans notre propre hésitation à lever le doigt et à poser la bonne question. Et vu ce que les Belges ont déjà encaissé en matière d’énergie ces dernières années, on aurait tort de s’en priver : mieux vaut passer pour le pinailleur du bâtiment que de servir de tirelire à son fournisseur.