On a longtemps cru ces décors de séries créés par ordinateur : la réalité est ailleurs

Dix ans, c’est le nombre rond qui sonne la cloche pour les fans de Stranger Things. Dix saisons où la frontière entre réel et imaginaire s’est brouillée à coups d’effets spéciaux et de maquillages dignes d’un Carnaval de Binche sous acide. Pourtant, derrière le spectacle numérique, nombre de scènes soigneusement “surnaturelles” s’appuient sur des décors tout sauf virtuels. Parmi eux, la cascade islandaise de Háifoss, 122 mètres de chute libre, s’est imposée comme la “star” d’un dernier épisode à couper le souffle. Les spectateurs auraient parié sur un montage digital… À tort ! Car derrière la magie de l’écran, la réalité islandaise a de quoi donner des complexes à Photoshop.

À retenir

  • Une cascade islandaise bluffante fait plus vrai que nature dans Stranger Things.
  • Hollywood a élu domicile en Islande pour ses paysages spectaculaires.
  • Le tourisme s’emballe autour de ces décors naturels emblématiques.

Háifoss, quand l’Islande double la fiction

Il suffit d’un détour par le sud sauvage du pays – deux heures de route depuis Reykjavik, avec option “secouez-moi plus fort le dos” sur une piste gravillonnée, 4×4 obligatoire – pour atterrir devant la deuxième plus haute cascade d’Islande. Háifoss, perché dans la vallée de Þjórsárdalur, jette ses 122 mètres d’écume dans un canyon taillé par la rivière Fossá. Ce joyau sert de décor à Stranger Things, mais sa renommée ne date pas d’hier dans le cinéma : les glaciers, champs de lave ou grottes du pays s’invitent régulièrement dans les productions hollywoodiennes.

Visiter Háifoss s’apparente à un tournage grandeur nature, mais version boots aux pieds. L’été, des excursions s’organisent au départ de Reykjavik, souvent fusionnées avec un crochet par Landmannalaugar, ses montagnes multicolores et ses sources chaudes naturelles. Un programme XXL pour les accros de panoramas sauvages et de baignades dans un décor lunaires (pas de surbooking à craindre, c’est moins dense que la plage de Knokke un dimanche d’août).

Quand Hollywood débarque chez les Vikings

Les frères Duffer, pères spirituels de Stranger Things, ne font que s’inscrire dans une longue lignée de réalisateurs fascinés par l’Islande. Game of Thrones y a révélé quelques-uns de ses plus beaux secrets au grand public. Les paysages à couper le souffle – glaciers de Mýrdalsjökull et Svínafellsjökull, champs de lave de Dimmuborgir près du lac Mývatn, grotte de Grjótagjá – composent en creux la fresque de Westeros. Même la célèbre Porte Sanglante ou la grotte de Jon Snow et Ygritte sont made in Iceland. Il n’est pas rare de croiser randonneurs et amateurs de bains nordiques autour de Goðafoss, autre cascade mythique, ou de la zone géothermique de Hverir, accessibles via des circuits à la journée au départ d’Akureyri ou du lac Mývatn – et il suffit de voir passer un groupe costumé pour comprendre que le cosplay a encore de beaux jours devant lui.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

Le septième art ne s’est pas limité aux sorciers et dragons. Au rang des cartons internationaux tournés dans ce décor quasi-extraterrestre, figurent Die Another Day (version glaciaire de James Bond) ou l’odyssée spatiale d’Interstellar. Pour la production du film de Christopher Nolan, le lagon glaciaire de Jökulsárlón dans le Parc national du Vatnajökull a servi de stand-in à des planètes lointaines et à une poursuite sur la glace d’anthologie. Un sacré clin d’œil à la nature mouvante du lieu : le glacier a reculé depuis le tournage et le fameux lagon, jadis temporairement endigué pour les besoins de la séquence bondienne, ne se prête (heureusement ?) plus à ces acrobaties. Le tourisme cinématographique, lui, bat son plein.

Une industrie en plein rush polaire

Il y a des chiffres qui ne trompent pas. L’Islande, avec ses 372 000 habitants (c’est moins que la population de la province de Liège), a accueilli près de 2 millions de touristes en 2025 selon Visit Iceland, soit cinq fois sa population. Le phénomène n’est pas neuf, mais la mise en avant des décors de séries et films a dopé le tourisme expérientiel – celui qui promet des souvenirs “Instagrammables” à souhait, mais bien réels. La double cascade Háifoss, par exemple, a vu sa fréquentation grimper dès le dernier épisode de Stranger Things diffusé en 2025, avec une demande en excursions thématiques affichant +40% selon les professionnels du secteur.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

Face à cet engouement, Visit Iceland, bras touristique officiel du pays, a affiné sa stratégie pour séduire à la fois les fans de pop culture et les accros aux grands espaces. Depuis plusieurs saisons, leur communication mise sur le jumelage entre séjours nature et immersion cinéphile : tours guidés, packs combinés bains géothermiques et lieux de tournage, recommandations ciblées sur leur site officiel – ce positionnement singulier donne un argument dopé aux stéroïdes face à des concurrents nordiques classiques, tel Visit Norway ou Visit Finland, qui jouent davantage la carte “nature brute” mais peinent à rivaliser côté tapis rouge.

Détail qui change la donne : la plupart de ces excursions restent accessibles avec un budget intermédiaire (même si, on se doute, le prix du billet d’avion Bruxelles-Keflavik refroidit un peu plus que les courants de la mer du Nord). Les visiteurs optent souvent pour un combiné de sites majeurs sur plusieurs jours, quitte à repartir avec une carte SD pleine à craquer et des flashs de Surströmming dans les narines.

La vraie star, ce n’est pas le décor numérique

Adopter le tourisme version Islande, c’est renverser le jeu des faux-semblants hollywoodiens : la magie est moins dans les fonds verts que dans le vrombissement d’une cascade encore invisible derrière une crête, l’odeur piquante des laves refroidies ou le silence hallucinant d’un champ de lave piqué de mousse fluorescente. Pour bon nombre de voyageurs belges, cette redécouverte radicale du “réel” s’impose comme une alternative sérieuse aux studios plus classiques, et un antidote aux city-trips aseptisés où la fiction s’arrête à la sortie du bus.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

À mesure que les séries et les films continuent de chercher leurs décors dans les coins les plus reculés (hello, Ouarzazate et le désert espagnol), l’Islande s’affirme comme un laboratoire à ciel ouvert, capable de transformer n’importe quel fan en explorateur… ou en scénariste improvisé. La prochaine grande saga de science-fiction s’y inventera-t-elle dans un champ de lave ou sur un bout de glacier ? En attendant, les paysages du pays, eux, n’attendent personne pour continuer le tournage.

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