Au Doudou de Mons, le dragon se touche, et on ne s’en prive pas. Frôler sa queue ou rapporter un crin à la maison est censé garantir un an de chance, une croyance suivie chaque année par des dizaines de milliers de personnes sur la Grand-Place. La dernière édition a eu lieu le dimanche de la Trinité, le 31 mai 2026.
Le combat s’appelle le Lumeçon.
- Le dragon du Doudou de Mons se touche et ses crins sont censés porter bonheur pendant un an.
- Le Lumeçon oppose saint Georges au dragon sur la Grand-Place et dure un peu plus d’une demi-heure.
- La tradition remonte à la légende de Gilles de Chin et à la procession de sainte Waudru.
Une croyance née d’un combat de légende
L’histoire de départ tient en deux figures : saint Georges, patron des chevaliers, et un dragon. À Mons, la tradition rattache cet affrontement à la légende de Gilles de Chin, chevalier hennuyer du XIIe siècle censé avoir terrassé un monstre dans les marais de Wasmes, village voisin. Les historiens rappellent que la part de légende est large, mais les Montois, eux, ne chicanent pas sur la chronologie.
La ducasse se greffe sur une procession bien plus ancienne. Selon la tradition, celle de la châsse de sainte Waudru remonte à 1349, quand la ville cherchait protection contre la peste noire. Le matin du Doudou, la procession religieuse sort donc de la collégiale, et le combat du dragon ne vient qu’ensuite, en fin de matinée ou début d’après-midi, selon le déroulé de la journée.
Le sens du rite est simple : le bien l’emporte sur le mal, et la ville en profite. Le dragon vaincu devient un réservoir de chance, d’où l’envie de lui prendre un peu de son pelage.
Cette ferveur a été reconnue à l’échelle mondiale. L’UNESCO a proclamé la Ducasse de Mons patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2005, avant de l’inscrire plus tard, avec d’autres géants et dragons processionnels de Belgique et de France, sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel.
Le déroulement du Lumeçon, tour après tour
Tout commence après la montée du Car d’Or, le char qui porte la châsse de sainte Waudru et qui gravit la rampe de la collégiale sous les acclamations. La Grand-Place, elle, est déjà pleine à craquer, et la foule se tient en rangs serrés autour de l’espace laissé libre pour les combattants.
Le dragon entre en piste, mené par ses porteurs, face à saint Georges, tandis que les Chins-Chins et l’équipe qui entoure le saint maintiennent l’ordre du cortège. Les deux adversaires tournent autour de la place en plusieurs passes, avec des charges, des reculs et des feintes. Le nom Lumeçon viendrait de « limaçon », à cause de ces tours en spirale, selon l’explication la plus répandue.
Le combat dure un peu plus d’une demi-heure.
Une fanfare joue en boucle la marche du Doudou, l’air que tout Montois connaît par cœur et que la foule reprend en chœur, bras en l’air. Le saint finit par tirer un coup de pistolet qui met fin au combat, et la bête est déclarée vaincue. La Grand-Place bascule alors dans une liesse de plusieurs minutes, où les chapeaux volent et où les accolades ne s’arrêtent plus.
Le dragon mort a droit à un dernier honneur, qui est aussi la raison de ce texte.
Les crins, la foule et les règles du jeu
Au dernier instant du combat, les spectateurs se ruent vers la queue du dragon pour en arracher des crins. Chaque brin conservé est un porte-bonheur : on le glisse dans un portefeuille, on le range dans un tiroir, ou on l’accroche dans la voiture. Une partie des Montois gardent ces crins pour la famille et en offrent un aux proches qui n’ont pas pu venir.
La tradition ne se contente pas de promettre de la chance : elle l’organise. Les porteurs du dragon connaissent l’enthousiasme de la foule et protègent la bête pendant la phase finale, ce qui limite la casse sans empêcher chacun de tenter sa chance. Pour le reste, une bousculade d’un instant vaut mieux qu’un règlement, et le mélange de bonne humeur et de coudes tient lieu de service d’ordre.
Le dragon n’est pas le seul à bénéficier de cette réputation. Plusieurs figures de la ducasse sont associées à une forme de protection, et l’ensemble du rituel repose sur une conviction collective : participer, c’est déjà s’attirer les faveurs du sort.
Mon avis, de journaliste qui a vu ça de loin : l’efficacité du crin sur la loterie ou la météo reste à démontrer. Ce que le rite fabrique de façon certaine, c’est un souvenir commun, et pour une ville de quelque nonante mille habitants, c’est déjà beaucoup.
Y assister sans y laisser ses chaussures
Les habitués conseillent d’arriver très tôt sur la Grand-Place, car les meilleures places se prennent bien avant le début du combat. Les autorités locales communiquent chaque année les consignes de circulation, les zones d’accès et les points de secours, à consulter sur les canaux officiels de la Ville de Mons avant de partir.
Prévoir des chaussures fermées, de l’eau et une pièce d’identité n’a rien de ridicule dans cette foule. Le train reste le moyen le plus sûr pour rejoindre Mons ce jour-là, la gare se trouvant à quelques centaines de mètres du centre.
La prochaine édition tombera le dimanche de la Trinité 2027, soit le 23 mai, une date calculée sur celle de Pâques, fixée au 28 mars 2027. Les Montois, eux, ont déjà coché la case.