La panne n’est pas technique. Le formulaire en question s’appelle BE-Alert, et il attend toujours votre inscription quelque part sur be-alert.be. Sur les quelque 11,8 millions d’habitants que compte la Belgique, le Centre de crise recense 1.369.659 adresses de citoyens inscrits à BE-Alert au 1er septembre 2025, soit à peine plus d’une adresse pour dix habitants.
- BE-Alert fonctionne à deux vitesses : les SMS automatiques pour tous les téléphones mobiles de la zone, et une base d’inscrits volontaires pour recevoir des alertes sur ligne fixe ou email
- À Arlon lors de l’incendie des Fagnes en août 2025, seulement 2 566 habitants sur 30 000 étaient inscrits à BE-Alert
- 537 communes belges sur 565 utilisent BE-Alert, couvrant 95% du territoire national, mais l’inscription volontaire reste faible
Un système qui fonctionne, mais à deux vitesses
BE-Alert repose en réalité sur deux mécanismes bien distincts, et c’est là que le malentendu commence. D’un côté, la loi de 2005 sur les communications électroniques impose aux autorités d’alerter directement la population en cas d’urgence, sans qu’aucune inscription préalable ne soit nécessaire pour ce type de message. Concrètement, toute personne présente dans la zone de danger reçoit automatiquement un SMS géolocalisé, à condition d’avoir un appareil mobile allumé et joignable sur elle. De l’autre côté existe la base de données des inscrits volontaires, celle qui permet de recevoir l’alerte même sur une ligne fixe, par e-mail, ou pour une seconde adresse comme le lieu de travail.
Le SMS automatique ne dit rien de votre nom ni de votre commune de résidence.
Ce qui s’est passé dans les Fagnes, l’été dernier
L’exemple le plus parlant vient de la province de Luxembourg. Lors de l’incendie qui a ravagé les Fagnes le 15 août 2025, le système Be-Alert n’a pas été déclenché dans la province, sauf à Marche-en-Famenne, alors que les fumées atteignaient le territoire dès le 16 août, notamment jusqu’à Arlon. La polémique a forcé le bourgmestre d’Arlon à faire le point publiquement lors du conseil communal suivant.
Le chiffre qu’il a donné a jeté un froid. Sur les 30 000 habitants que compte la commune, seuls 2 566 Arlonais étaient inscrits sur Be-Alert, et parmi eux, à peine la moitié des conseillers communaux eux-mêmes. Sans inscription, la marge de manœuvre des autorités locales reste limitée : quand la phase communale est enclenchée, le système alerte toutes les personnes inscrites dont le téléphone a été localisé sur la commune dans les deux heures précédant l’incident, un critère qui exclut mécaniquement une bonne partie de la population non enregistrée.
Deux mille cinq cent soixante-six personnes, sur trente mille. Le calcul est vite fait.
Les chiffres qui ne trompent pas
À l’échelle du pays, la couverture géographique progresse plutôt bien. 537 communes belges sur 565 utilisent aujourd’hui la plateforme, ce qui représente une couverture de 95% du territoire national. En Wallonie, 233 communes sur 261, soit 89,3%, sont affiliées à BE-Alert, tandis que les 19 communes de la Région bruxelloise y ont toutes adhéré. Le système lui-même n’est pas neuf : lancé en 2017, il s’est développé depuis, avec l’automatisation complète des SMS géolocalisés. Et il a déjà fait ses preuves : il a été utilisé 273 fois, que ce soit pour des alertes d’urgence, des messages de vigilance ou des tests.
Certaines communes manquent encore à l’appel. Ans, Chimay, Couvin, Jurbise ou Dinant ne sont toujours pas intégrées au dispositif, ce qui signifie que ni le SMS automatique ni la base des inscrits n’y fonctionnent pour l’instant.
Habiter une de ces communes, c’est n’avoir aucun filet du tout.
Cinq minutes pour combler la faille
S’inscrire ne prend pourtant pas longtemps et ne coûte rien. Le formulaire en ligne permet de renseigner une seconde adresse, comme le lieu de travail, pour être averti si un incident y survient, et d’associer plusieurs adresses à un même numéro de téléphone. Le système prévoit aussi un canal pour les personnes sourdes ou malentendantes, et fonctionne sans smartphone puisque le message peut être délivré par SMS, e-mail ou message vocal sur une ligne fixe, sans nécessiter d’appareil connecté.
Chaque année début octobre, un test national grandeur nature permet de vérifier si tout le monde reçoit bien le message. Lors de l’édition 2025, plus de 2,5 millions de SMS ont été envoyés, dont 614.700 aux personnes inscrites et 1.960.000 aux personnes localisées dans les zones test, un record de participation pour BE-Alert. La prochaine occasion de vérifier que votre commune, et votre propre numéro, répondent bien présent tombera à la même période cette année.
Sources : francais-de-belgique.be | insee.fr | be-alert.be