Le numéro qui s’affiche sur votre écran, même s’il correspond pixel pour pixel à celui de votre agence, ne prouve plus rien du tout. Ce qui doit réellement vous faire tiquer, c’est une phrase bien précise prononcée par votre interlocuteur : toute demande de « sécuriser votre argent » en le transférant vers un autre compte, ou de confirmer un code reçu par SMS pour « annuler » une opération en cours. Aucune banque belge, aucun service Card Stop, ne formule jamais ce genre de demande au téléphone, même un jeudi soir pendant le journal télévisé.
- Le spoofing permet aux fraudeurs d’afficher le numéro officiel de votre banque, rendant le numéro affiché inutile pour vérifier l’authenticité
- Les arnaqueurs demandent toujours de sécuriser l’argent en le transférant ailleurs ou de confirmer un code SMS, des demandes qu’aucune vraie banque ne formule
- Le seul réflexe efficace est de raccrocher et de rappeler votre banque vous-même au numéro officiel ou de contacter Fraudstop au 078 170 170
Le numéro affiché ne veut plus rien dire
Le spoofing, ou usurpation de numéro, est une technique qui permet à un fraudeur d’afficher n’importe quel numéro sur l’écran de votre téléphone, y compris le numéro officiel de votre banque. Des plateformes de signalement belges recensent régulièrement des numéros imitant ceux de BNP Paribas Fortis, Belfius ou ING, réutilisés par des réseaux organisés.
Le numéro ne prouve donc plus rien du tout.
Les Belges ont signalé plus de 3,6 millions de cas d’hameçonnage au cours des trois premiers mois de 2026, soit plus de 40 000 par jour, une hausse de plus de 50 % par rapport à la moyenne quotidienne de 2025. Ces chiffres restent pourtant en dessous de la réalité, puisque la plateforme suspect@safeonweb.be recueille principalement les cas classiques de tentative d’arnaque par courriel ou SMS, et moins les faux appels téléphoniques. Le vishing, cette variante par téléphone, échappe donc largement aux statistiques officielles. Autant dire que le vrai chiffre des coups de fil frauduleux dépasse sans doute très largement ce qui remonte dans les compteurs du Centre pour la cybersécurité Belgique.
La phrase qui doit vous faire raccrocher
La phrase qui doit immédiatement faire tilt ressemble à ceci : « pour sécuriser votre argent, nous devons le transférer sur un compte de confiance », ou plus sournois encore, « confirmez le code que vous venez de recevoir par SMS pour bloquer l’opération ». Un conseiller bancaire ne vous demandera jamais de transmettre des informations confidentielles telles que votre mot de passe, votre code confidentiel ou le code de sécurité que vous recevez par message pour valider une opération. Et votre banque ne vous demandera pas non plus de faire un virement vers un compte soi-disant sécurisé.
Aucune banque ne fonctionne de cette façon, jamais.
Les arnaqueurs jouent sur l’urgence et la peur pour faire agir leur victime rapidement, ce qui la pousse à baisser sa vigilance. Une victime raconte avoir reçu un appel d’un faux conseiller qui connaissait son nom, son adresse et même le nom de son agence, avant d’être convaincue de transférer plus de 4 200 euros vers un compte prétendument sécurisé, pour découvrir l’arnaque en rappelant sa banque dix minutes plus tard. Ce scénario n’a rien d’improvisé. Les escrocs peaufinent leur discours grâce à des informations obtenues au préalable à la suite de phishing ou d’une fuite de données, ce qui rend leur récit d’autant plus convaincant au téléphone.
Card Stop, Fraudstop : le seul réflexe qui compte
En Belgique, la règle d’or tient en une phrase : Card Stop ne vous appelle jamais de sa propre initiative, c’est toujours au consommateur de le contacter. Ce numéro, mis en service fin 2023 sous la forme 078 170 170, permet de bloquer cartes de débit et de crédit, chèques-repas ou cartes carburant émis par les établissements belges.
Depuis juin 2026, les banques belges ont simplifié la marche à suivre en lançant Fraudstop, un point de contact centralisé pour signaler une fraude en ligne, joignable au même numéro que Card Stop, une initiative communiquée par la fédération bancaire Febelfin. Jusque-là, chaque banque disposait de son propre numéro de signalement, pas toujours facile à retrouver dans une situation stressante. Fraudstop vise justement à simplifier les premiers réflexes des victimes.
Le seul geste qui compte : raccrocher, puis rappeler vous-même.
La prochaine étape des escrocs est déjà là. Des logiciels gratuits permettent aujourd’hui de cloner une voix à partir de trois secondes d’enregistrement, selon la police fédérale. De quoi imaginer, demain, un faux conseiller dont la voix semble étrangement familière, ou pire, celle d’un petit-fils en détresse au bout du fil. Face à cette dérive, deux réflexes suffisent à faire échouer la majorité de ces tentatives : raccrocher et rappeler soi-même, et convenir d’une phrase de sécurité en famille, un mot de passe oral que ni la banque ni un escroc, aussi équipé soit-il, ne pourra jamais deviner.
Sources : cybermalveillance.gouv.fr | police.be | cyber-securite.fr