Depuis le 1er janvier 2025, la Belgique a discrètement basculé dans une nouvelle ère pour ses retraités. Pas de grand discours, pas de campagne de communication nationale : une série de règles sur les pensions sont entrées en vigueur, s’empilant les unes sur les autres jusqu’en 2026, et leurs effets commencent seulement à se faire sentir dans les portefeuilles et les projets de fin de carrière de millions de Belges.
À retenir
- L’âge légal de la pension passe à 66 ans cette année : mais sauriez-vous ce que cela signifie vraiment pour votre deuxième pilier ?
- Un malus qui réduit définitivement votre pension : certains perdront jusqu’à 360 € par mois s’ils partent quelques années plus tôt
- Les conditions pour obtenir la pension minimum se durcissent : des carrières hachées risquent désormais d’être pénalisées
66 ans, c’est officiel, et ce n’est qu’un début
À partir du 1er février 2025, l’âge légal de la pension est passé de 65 à 66 ans pour les pensions qui ont pris cours après cette date. Ce changement concerne toutes les personnes nées entre le 1er janvier 1960 et le 31 décembre 1963. Pour les générations suivantes, la note sera encore plus salée : pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1964, l’âge légal devrait passer à 67 ans.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que le relèvement de l’âge légal de la pension avait été décidé par le gouvernement MR-NVA de Charles Michel (2014-2018), mais que les conséquences ne se concrétisent que maintenant. une réforme vieille d’une décennie produit aujourd’hui ses effets sur des gens qui avaient planifié leur retraite depuis longtemps, parfois avec des certitudes qui ne tiennent plus.
L’impact dépasse la simple date d’anniversaire. Le relèvement de l’âge de la pension a également des conséquences fiscales pour le deuxième pilier de pension : les retraités n’ont droit au taux favorable de 10 % sur leur pension complémentaire que s’ils prennent leur pension à l’âge légal de la retraite et s’ils sont restés « actifs » au cours des trois années précédentes. Pour beaucoup, cela signifie qu’ils doivent travailler plus longtemps pour conserver cet avantage fiscal. Une pénalité invisible, mais bien réelle sur l’assurance-groupe ou le PLCI que l’on a alimenté pendant des années.
La pension minimum devient plus difficile à atteindre
À partir du 1er janvier 2025, une condition supplémentaire s’applique pour accéder à la pension minimum garantie : avoir 20 années de travail effectif. Concrètement, cela implique d’avoir 5 000 jours de travail à temps plein en tant que salarié (ou 3 120 jours pour une pension minimum à temps partiel). Les périodes assimilées, chômage longue durée, interruption de carrière, crédit-temps, comptent de moins en moins.
Qui est touché ? Les carrières hachées, les travailleurs à temps partiel prolongé, les personnes ayant traversé des épisodes de maladie ou d’inactivité. Statistiquement, les femmes sont surreprésentées dans ce profil. La pension moyenne des femmes reste inférieure à celle des hommes : environ 1.836 € contre 2.223 €, soit un écart de 17 % selon pensionstat.be. La réforme risque de creuser cet écart si aucune correction n’est apportée en cours de route.
Une nuance importante, néanmoins : pour la pension minimum garantie, à partir de 2026, les périodes de maladie (même de longue durée) seront prises en compte intégralement, ce qui corrige une injustice introduite par le précédent gouvernement Vivaldi. Un pas en avant sur ce point précis.
Le malus : la grande menace pour ceux qui partent tôt
C’est la mesure qui fait le plus parler. Le malus pension est une réduction du montant de la pension appliquée aux travailleurs qui prennent leur pension anticipée avant l’âge légal. Cette mesure a été introduite dans le cadre de la réforme du gouvernement Arizona afin de prolonger la durée de vie professionnelle des Belges, face au vieillissement de la population.
Ce malus s’applique si l’on prend une pension anticipée sans remplir les deux conditions suivantes : avoir une carrière de 35 années comportant chacune au moins 156 jours prestés, ET avoir 7 020 jours prestés sur l’ensemble de la carrière. La réduction s’applique proportionnellement au nombre de mois précédant la date légale de pension et est définitive. Définitive, c’est le mot qui fait froid dans le dos.
Le montant du malus dépend de l’année de naissance et s’applique par année de départ anticipé : -5 % pour les personnes nées après 1975, -4 % pour celles nées entre 1966 et 1974, et -2 % pour celles nées entre 1961 et 1965. Pour illustrer l’ampleur du phénomène : pour quelqu’un né en 1975 qui prend sa pension quatre ans plus tôt que l’âge légal, la pension diminue de 20 %. Sur une pension brute de 1 800 €, cela représente une perte de 360 € par mois, à vie.
Le malus, dans sa version définitive, a été approuvé en troisième lecture le 6 mars 2026 et transmis au Parlement. Il ne sera applicable qu’à partir de 2027, une fois voté et publié au Moniteur belge. Mais la constitution du nouveau bonus pension, lui, est prévue à partir du 1er janvier 2027 pour les pensions prenant cours à cette date, avec une période de constitution débutant dès le 1er janvier 2026.
Une simulation de la Commission du vieillissement montre que 49 % des femmes et 22 % des hommes qui ont pris leur pension anticipée l’an dernier ne rempliraient pas les nouvelles conditions de carrière et feraient donc face à une réduction du montant de leur pension pouvant représenter plusieurs centaines d’euros par mois. Une personne sur quatre, en somme, parmi ceux qui partent dès qu’ils le peuvent.
Les pensions élevées aussi touchées, par une autre porte
Autre règle passée quasi inaperçue : depuis le 1er juillet 2025, l’indexation des pensions est désormais limitée pour les pensions les plus élevées, jusqu’au 31 décembre 2029. Concrètement, si votre pension est inférieure à 5 182,64 € bruts par mois, l’indexation reste complète à 2 %. Entre 5 182,64 € et 5 250 €, la pension est augmentée, mais limitée à 5 286,17 €. Au-delà de 5 250 € bruts par mois, vous recevez une augmentation forfaitaire de 36,17 €, quelle que soit la hausse des prix.
Cette mesure, incluse dans la loi-programme élaborée par le ministre Jan Jambon (N-VA), touche 65 391 pensionnés. Pas des masses, sur la totalité des retraités belges. Mais pour les intéressés, principalement des fonctionnaires ayant atteint des niveaux de barème élevés, l’effet s’accumule indexation après indexation, année après année jusqu’en 2029. Une indexation à deux vitesses qui rompt le principe d’égalité et introduit une décote automatique.
Du côté des fonctionnaires, les changements vont encore plus loin. Ils sont concernés par la disparition progressive des régimes préférentiels, et leur pension sera calculée progressivement sur l’ensemble de la carrière, et non plus seulement sur les 10 dernières années. La péréquation, c’est-à-dire l’augmentation des pensions suivant les salaires en cours, sera supprimée. Pour ceux qui misaient sur la flambée de leurs dernières années d’échelon pour doper leur pension, le calcul est à refaire entièrement.
Le Bureau fédéral du Plan a chiffré l’effet global de la réforme : sous l’effet des mesures cumulées, le montant brut moyen de la pension des nouveaux retraités diminue de 2,4 % en moyenne d’ici la fin de la législature, principalement en raison de la suspension des adaptations au bien-être et de la limitation de la durée des périodes assimilées. En valeur absolue, sur une pension de 1 800 €, cela représente environ 43 € de moins chaque mois, pas catastrophique seul, mais combiné aux effets du malus, d’une carrière partielle ou d’une indexation plafonnée, la facture peut rapidement doubler.
Source : droitderegard.be