Un matin brumeux sur la E411, la pluie tambourine sur le pare-brise. Réflexe immédiat pour beaucoup de conducteurs belges : actionner ce petit bouton qui allume le feu de brouillard arrière. Après tout, voir et être vu, n’est-ce pas la règle de base ? Le problème, c’est que ce geste instinctif, aussi bien intentionné soit-il, peut directement coûter 58 € en Belgique. Et pas seulement parce qu’on a oublié de l’éteindre.
À retenir
- Votre réflexe par temps de pluie pourrait être une infraction coûteuse
- Les feux de brouillard arrière éblouissent dangereusement si mal utilisés
- La confusion entre avant et arrière piège même les conducteurs expérimentés
La règle belge, plus nuancée qu’il n’y paraît
Les véhicules doivent être équipés d’un ou de deux feux de brouillard arrière de couleur rouge, dont l’utilisation est obligatoire en cas de brouillard réduisant la visibilité à moins de 100 m environ, de chute de neige limitant également la visibilité à moins de 100 m, ou de forte chute de pluie. Voilà pour la théorie. Mais c’est là que la confusion s’installe, et elle est compréhensible.
Le code de la route belge intègre en effet la forte pluie comme condition d’usage obligatoire, ce qui constitue une spécificité nationale : en France, allumer le feu de brouillard arrière par forte pluie est strictement interdit. Du coup, le conducteur belge qui a passé son permis il y a quinze ans, ou qui a simplement une voiture immatriculée en France, navigue à vue, si l’on peut dire.
Mais la subtilité qui piège le plus grand nombre est ailleurs. En dehors de ces circonstances précises, il est interdit d’utiliser ses feux de brouillard arrière. Ce n’est pas une question de bonne volonté. Allumer ses antibrouillard arrière par simple brume légère, par nuit un peu sombre ou par pluie fine, c’est une infraction. Point.
En cas de brume, d’un brouillard léger, il faut simplement allumer ses feux de croisement, qui suffiront pour se rendre visible. Le feu de brouillard arrière n’entre en scène que quand la visibilité descend vraiment sous les cent mètres, ce qui correspond, concrètement, à un brouillard assez dense pour que vous ne voyiez plus le pont qui était là une seconde avant.
Pourquoi ce feu est-il si dangereux mal utilisé ?
L’intensité lumineuse du feu de brouillard arrière est environ trois fois plus importante que celle des feux stop. Il signale aux usagers situés à l’arrière la présence d’un véhicule, évitant ainsi les risques de collision. Puissant, donc, par nature. Conçu pour percer un épais manteau de brouillard depuis une distance confortable.
C’est précisément cette puissance qui pose problème dès qu’on en abuse. Sous la pluie, ces feux particulièrement puissants créent un éblouissement dangereux pour les conducteurs derrière vous. L’eau augmente l’effet réfléchissant de la lumière, multipliant le risque d’aveuglement temporaire des autres usagers. Vous pensez vous rendre visible ; en réalité, vous aveugler celui qui vous suit à nonante kilomètres à l’heure sur l’autoroute.
Il y a aussi un deuxième piège, moins évident : la puissance lumineuse du feu arrière risque de créer une confusion avec les feux stop. Quand votre feu de brouillard est allumé en permanence et que vous freinez, le conducteur derrière vous ne perçoit pas ou peu la différence. L’effet d’avertissement du frein disparaît dans la lumière ambiante rouge, ce qui peut provoquer un télescopage. Paradoxalement, vouloir être mieux vu peut donc rendre une collision plus probable.
L’amende : 58 € pour usage hors conditions, le double pour non-usage
Si vous roulez avec vos feux de brouillard arrière quand ce n’est pas nécessaire, vous commettez une infraction du 1er degré et vous risquez une amende de 58 €. C’est ce qu’on appelle la perception immédiate, payable sur le champ si l’agent le propose. Dès que les conditions s’améliorent, il faut éteindre ses feux antibrouillard car ils deviennent éblouissants, ce qui constitue d’ailleurs une infraction de catégorie 1, soit une amende de 58 € en perception immédiate.
La logique du législateur est cohérente, même si elle surprend : ne pas allumer ses feux de brouillard arrière quand les conditions le requièrent est encore plus sévèrement sanctionné. Si vous n’allumez pas vos feux de brouillard arrière quand c’est nécessaire, vous commettez une infraction du 2ème degré et vous risquez une amende de 116 €. l’oubli d’allumage coûte le double de l’allumage intempestif. La hiérarchie des priorités est claire : être vu prime sur tout, mais sans mettre en danger les autres.
Notons aussi que une redevance administrative, indexée annuellement, s’ajoute au montant de base de la perception immédiate ou proposition de transaction. Le 58 € de base peut donc légèrement varier d’une année à l’autre.
Avant et arrière : ne pas confondre les deux
Beaucoup de conducteurs ignorent que les règles sont différentes selon qu’on parle des feux avant ou arrière. Les véhicules ne doivent pas nécessairement être équipés de feux de brouillard avant et, par conséquent, les utiliser est facultatif. Leur usage est néanmoins réglementé : les feux de brouillard avant ne peuvent être utilisés qu’en cas de brouillard, de chute de neige ou de forte pluie, quelle que soit la distance de visibilité.
La grande différence ? Les antibrouillard avant peuvent s’allumer par forte pluie même si la visibilité reste supérieure à 100 mètres. Les antibrouillard arrière, eux, restent soumis à ce seuil strict des 100 mètres pour le brouillard et la neige, et à la condition de « forte pluie » pour être utilisés sous la pluie. Par temps de pluie, c’est le piège numéro 1 à l’examen : les antibrouillard arrière éblouissent les conducteurs derrière et sont interdits en cas de pluie, même forte. Beaucoup de candidats pensent le contraire. Beaucoup de conducteurs expérimentés aussi, visiblement.
Un dernier réflexe à adopter, souvent négligé : si vous roulez en file, seul le dernier véhicule devrait idéalement activer ses feux de brouillard arrière. Si toute la colonne les allume, l’effet de signalisation est annulé et l’éblouissement cumulé devient catastrophique. Une règle de bon sens que le code belge ne précise pas explicitement, mais que la logique impose.
Sources : planete-auto.fr | carlightvision.com