La semaine du 21 au 27 juin 2026 restera dans les annales météorologiques belges. Pas pour une anecdote de calendrier, pas pour un chiffre isolé : cette période est devenue la semaine la plus chaude jamais enregistrée en Belgique depuis le début des observations météorologiques, avec une moyenne de 27,4 °C. Le précédent record ? Il datait de 2020, la semaine du 6 au 12 août affichant alors une moyenne de 26,7 °C. Ce détail dit tout : on vient de battre un record d’été… en juin.
À retenir
- Un record météorologique vieux de cinquante ans effacé en une seule après-midi
- Les nuits chaudes successives : un phénomène qui révèle l’ampleur cachée de la crise
- Comment une semaine de canicule peut paralyser les infrastructures d’un pays entier
Des chiffres qui réécrivent l’histoire météo du pays
Depuis le mercredi 17 juin 2026, Uccle connaît une vague de chaleur exceptionnellement précoce. Pour situer l’ampleur du phénomène, depuis le début des relevés, 51 vagues de chaleur ont été enregistrées en Belgique, dont seules seize ont débuté avant le 1er juillet. Celle-ci s’inscrit donc dans une minorité historique, mais avec une intensité qui fait mal.
Plusieurs journées ont dépassé les 35 °C. Le vendredi 26 juin affichait une valeur de 35,5 °C au plus chaud de la journée, un pic qui figure parmi les températures les plus élevées jamais mesurées pour un mois de juin. À Uccle, station de référence de l’Institut royal météorologique (IRM), le thermomètre a affiché 33,7 degrés le 26, contre 33,5 degrés atteints au pic de la journée en 1976, mémorable année de températures extrêmes en Belgique. Cinquante ans de record effacés en une après-midi.
Les nuits, elles, ont été tout aussi implacables. Les températures nocturnes exceptionnellement élevées retiennent particulièrement l’attention : une nuit chaude est définie comme une nuit au cours de laquelle la température minimale ne descend pas en dessous de 15 °C. Depuis le 16 juin, sept nuits chaudes ont été enregistrées à Uccle, la température minimale devant rester au-dessus de ce seuil jusqu’à la fin du mois. Cela indique une série exceptionnelle de nuits chaudes, qui renforce encore l’impact de la vague de chaleur sur l’homme et la nature, car la nuit n’apporte pratiquement aucun rafraîchissement. La nuit la plus chaude de ces derniers jours à Uccle montrait une valeur de 24,1 °C sur les thermomètres.
Météorologiquement, l’explication tient en deux mots : dôme de chaleur. Un anticyclone s’est installé sur une bonne partie de l’Europe, avec un flux de sud ramenant de l’air très chaud depuis la péninsule ibérique et le nord de l’Afrique. Les météorologues appellent ce mécanisme un Omega Block, une haute pression atmosphérique persistante qui bloque toute perturbation atlantique. Résultat : les modèles de prévision saisonnière indiquent tous que l’été 2026 devrait être un été plus chaud que la moyenne, et même probablement sensiblement plus chaud que la moyenne.
Un pays sous pression : urgences, transports, factures d’électricité
La canicule ne s’est pas contentée de faire souffrir les thermomètres. Le vendredi 26 juin, la Belgique a enregistré deux fois plus d’appels que d’habitude au numéro d’urgence 112 et les services de gériatrie se sont retrouvés saturés. À Bruxelles, les services de secours sont intervenus à plus de 400 reprises ce même vendredi en raison de la canicule. En moyenne, le numéro d’urgence 112 reçoit environ 6.000 appels ; durant la semaine caniculaire, ce chiffre est monté bien au-delà de 8.000.
Les infrastructures ont aussi été mises à rude épreuve. Rails, caténaires et chaussées ont été affectés par les températures extrêmes, avec des risques de ralentissements ; les bus LeTec non équipés d’air conditionné n’ont pas circulé les après-midi, notamment en province du Hainaut, et certains trains P non climatisés ont été annulés par la SNCB. En termes d’énergie, la facture a été immédiate : le 24 juin, la Belgique a établi un record en dépassant 1 euro par kWh sur le marché de l’électricité au coucher du soleil, les centrales traditionnelles étant à pleine capacité pour répondre à la demande des climatiseurs.
La vague de chaleur a entraîné une forte hausse de la consommation d’électricité, en cause : l’utilisation massive des climatiseurs, y compris durant la nuit, lorsque les températures restent élevées dans les logements, ce qui a mis sous pression le réseau et provoqué de fortes tensions sur les prix de gros. Les ménages avec un contrat dynamique ont été les plus exposés, leur prix évoluant en temps réel selon le marché, parfois heure par heure, les variations nocturnes se répercutant directement sur la facture.
Côté agenda, plusieurs événements emblématiques ont été perturbés. En Belgique, la reconstitution de la bataille de Waterloo a été annulée. Le festival Couleur Café a été contraint d’évacuer son site en raison d’importants orages annoncés, tandis que la Ducasse d’Etterbeek a été annulée en raison des fortes chaleurs.
Ce que cette canicule change concrètement pour la suite
La canicule de juin 2026 n’est pas une parenthèse : les vagues de chaleur précoces et intenses accentuent la pression sur la santé publique, la disponibilité en eau et la nature, et augmentent le risque de sécheresse et de stress thermique. Le fait qu’une vague de chaleur de cette ampleur se produise dès le mois de juin s’inscrit dans la tendance à des pics de chaleur de plus en plus fréquents et extrêmes observés en Belgique au cours des dernières décennies.
La réponse institutionnelle belge a mis en lumière ses propres fractures. Le ministre fédéral du Climat Jean-Luc Crucke a proposé un plan d’action pour se coordonner avec les entités fédérées, avec une réunion prévue le 1er juillet 2026. Réunion qui s’est tenue sans la Flandre, le ministre-président flamand Mathias Diependaele ayant rejeté l’invitation. En période de crise climatique, la Belgique réussit donc l’exploit de mettre la coordination communautaire au programme même d’une réunion de gestion de crise.
À Bruxelles, la Région a cartographié les îlots de chaleur et ajouté des points d’eau en urgence, pendant que la question de fond reste entière : comment adapter un bâti urbain majoritairement conçu pour retenir la chaleur, à une réalité climatique où l’été belge commence désormais en juin ? Selon le ministre du Climat, les phénomènes météorologiques extrêmes peuvent impacter jusqu’à 12 % du PIB en une seule année. Un chiffre qui devrait suffire à convaincre les plus récalcitrants, quelle que soit leur région linguistique.
L’OMS a publié un premier bilan qui dépasse le seul cadre belge : entre le 21 et le 28 juin 2026, 1.300 décès supplémentaires sont survenus en Europe à cause de la canicule. En Belgique, les modèles de prévision saisonnière indiquent unanimement que l’été 2026 devrait être sensiblement plus chaud que la moyenne. ce que le pays vient de traverser n’était peut-être que l’ouverture.