Un avis de passage tout ce qu’il y a de plus crédible, glissé dans la boîte aux lettres, avec les couleurs bpost, un numéro de suivi et un QR code à scanner pour reprogrammer la livraison. Mais ce bout de papier n’a jamais été déposé par un facteur. C’est un leurre conçu pour vous rediriger vers un faux site qui imite l’univers visuel de bpost et qui vous demande, sous prétexte de frais de réexpédition modiques, vos coordonnées bancaires complètes. Ni colis, ni recommandé en attente : juste une tentative de phishing qui a pris la forme d’un bout de papier plutôt que d’un mail.
À retenir
- Une arnaque au QR code importée de Suisse et de France gagne du terrain en Belgique
- Le support papier rend le phishing plus crédible et les victimes moins méfiantes
- bpost ne demande jamais de paiement en ligne pour débloquer ou réexpédier un envoi
Un mécanisme rodé, importé du modèle testé ailleurs en Europe
La méthode n’est pas neuve mais elle gagne en sophistication. En Suisse, la Fédération romande des consommateurs a documenté début juin 2026 une vague de faux avis déposés dans les boîtes aux lettres genevoises : les escrocs glissent dans les boîtes aux lettres des avis de La Poste d’un réalisme surprenant et la personne est priée de planifier une deuxième distribution en scannant le QR Code de l’avis de passage. Une fois le code flashé, le QR code imprimé redirige vers un site frauduleux qui imite parfaitement celui de La Poste suisse, et les escrocs demandent 2,10 francs pour récupérer un colis fictif et collectent les données bancaires des victimes.
Ce qui rend la combine redoutable, c’est justement son support physique. Comme l’explique une juriste de la fédération de consommateurs interrogée par la RTS, « comme le document est remis physiquement, qu’il semble officiel et que le montant demandé est faible, les victimes sont moins méfiantes. » Un réflexe qu’on a fini par acquérir face aux mails suspects ne s’active pas automatiquement devant un papier trouvé dans sa boîte aux lettres. Même topo en France, où une variante identique avait circulé à Montpellier dès 2022 : de faux avis de passage de La Poste avec un numéro de colis et un « nouveau » QR Code ont été postés, et après avoir flashé le QR code, les victimes arrivaient sur un faux site de La Poste qui demandait des informations personnelles et des coordonnées bancaires.
La Belgique n’est pas épargnée par les lettres piégées
Chez nous, le phénomène des courriers frauduleux physiques inquiète suffisamment pour que bpost communique dessus. Un porte-parole du groupe postal confirmait récemment que l’entreprise surveille ces phénomènes de très près, en ligne comme hors ligne, et qu’un colis bpost est toujours accompagné d’un code de suivi permettant de vérifier le statut de son envoi avec certitude via l’app ou le site. Il reconnaît d’ailleurs que les escrocs continuent d’utiliser cette vieille méthode précisément parce qu’elle est aujourd’hui inattendue et donc redevenue efficace, la lettre papier semblant moins suspecte qu’un mail ou un SMS aux yeux de nombreuses personnes. Et bpost le confirme sans détour : il faut être attentif aux QR codes et ne jamais scanner un code présent sur une lettre, car ces codes peuvent mener vers des sites de phishing ou des virus.
Le terrain était d’ailleurs particulièrement fertile ce printemps 2026. Pendant la grève chez bpost qui a paralysé une partie des centres de tri, des escrocs ont surfé sur l’inquiétude légitime des Belges attendant un colis. Un journaliste namurois a raconté avoir reçu un SMS annonçant un retard de livraison, cliqué sur un lien menant vers un faux site de choix de point de livraison, avant de recevoir quelques heures plus tard un appel d’un prétendu conseiller bancaire connaissant les quatre derniers chiffres de sa carte. Il a évité l’arnaque de justesse au moment où on lui demandait d’introduire sa carte dans un lecteur. Ce cas illustre bien la logique en cascade : le prétexte du colis sert souvent de porte d’entrée à une escroquerie bien plus large, orchestrée en plusieurs étapes. Sur le plan strictement numérique, l’ampleur du phishing en Belgique donne le vertige : plus de 3,6 millions de cas d’hameçonnage ont été signalés par des Belges au cours des trois premiers mois de l’année 2026, soit plus de 40.000 par jour, selon des chiffres du Centre pour la cybersécurité en Belgique.
Les réflexes qui font la différence
Bpost est catégorique sur un point qui devrait clore le débat immédiatement : pour les envois au sein de l’UE, bpost ne demandera jamais de payer pendant que le colis est en cours de livraison, ni de fournir des informations personnelles par e-mail ou SMS. Et l’entreprise ajoute une précision utile pour couper court à toute pression psychologique : bpost ne menacera jamais de vous envoyer un huissier si vous ne payez pas votre colis. Concrètement, un avis de passage authentique n’exige jamais de paiement en ligne pour « débloquer » ou « réexpédier » un envoi, aussi minime soit la somme réclamée. Un ou deux euros, ça paraît anodin, mais c’est justement le piège : le montant est calibré pour désamorcer la méfiance.
Le bon réflexe, c’est de laisser le QR code tranquille et d’aller directement vérifier sur l’app My bpost ou via Track & Trace si un envoi vous attend réellement. Si vous n’attendez aucun colis, la question ne se pose même pas. Et si le doute persiste malgré tout, un saut au bureau de poste du coin avec le document en main suffit généralement à trancher, comme l’ont fait plusieurs Genevois qui se sont vu confirmer l’arnaque par le personnel postal local. Pour signaler un cas suspect en Belgique, bpost recommande de transmettre une capture d’écran à abuse@bpost.be ou de déposer plainte auprès de la police locale, tandis que le Centre pour la cybersécurité invite à relayer tout message douteux via safeonweb.be. Un geste qui prend deux minutes et qui, à l’échelle du pays, contribue à faire fermer plus vite les faux sites derrière ces avis de passage bidon.
Sources : next.ink | ielas.dixiesewing.com