Un bout de papier plié sous l’essuie-glace, un logo qui semble officiel, un montant à payer via un QR code : voilà le scénario qui piège de plus en plus d’automobilistes belges. Ce n’est pas une vraie redevance de stationnement mais une arnaque bien rodée, et plusieurs zones de police du pays tirent la sonnette d’alarme ces derniers mois. Le mécanisme est simple, redoutablement efficace, et repose sur un seul réflexe humain : personne n’a envie de laisser traîner une amende impayée.
À retenir
- Un septuagénaire à Hannut a découvert qu’un faux ticket de stationnement reproduisait parfaitement le design officiel — mais vers quel compte l’argent a-t-il vraiment transité ?
- Des QR codes collés sur les vrais horodateurs bruxellois redirigent vers des sites de paiement frauduleux : comment les autorités ont enfin identifié le réseau
- Une imprimante d’autocollants, des SMS usurpant l’identité de parking.brussels, un délai de 48 heures pour payer : les mailles du filet se resserrent autour des escrocs
Un faux ticket qui ressemble à s’y méprendre au vrai
À Hannut, l’affaire a fait du bruit à l’été 2025. Un septuagénaire a retrouvé sur son pare-brise un document qu’il a pris pour argent comptant. Selon la Ville de Hannut, « plusieurs faux bons de redevance sous le nom de SEETY ont été constatés sur le territoire communal ces derniers jours ». Problème de taille : SEETY se révèle être une application mobile dédiée à la facilitation du stationnement et non une entreprise chargée de la régulation de ces espaces. les faussaires ont pioché le nom d’un vrai acteur du secteur pour donner du crédit à leur arnaque.
La commune n’a pas mâché ses mots sur les réseaux sociaux, avec « Soyez extrêmement vigilants, ne vous laissez pas berner par ces bons falsifiés ». Détail savoureux et un peu glaçant à la fois : le faux avis contenait même une mention à peine voilée invitant à « nourrir » les comptes des escrocs, comme si l’humour noir faisait partie du mode opératoire. Après vérification auprès du service Finances communal, les autorités communales ont confirmé que l’avis d’infraction était fictif, et le conducteur a fini par alerter la zone de police Hesbaye-Ouest.
Ce cas n’est pas isolé. Le mécanisme général décrit par les spécialistes de la fraude au stationnement est toujours le même : vous apercevez un ticket de parking qui semble légitime déposé sous les essuie-glaces de votre véhicule, avec des informations vous permettant d’effectuer le paiement et le logo et diverses données sur le gestionnaire. Le piège se referme au moment du paiement, puisque vous êtes renvoyés vers un faux site de paiement qui va récupérer indûment votre argent, avant que les malfrats vous fassent parfois souscrire un abonnement qui entraîne un prélèvement mensuel. Vos données bancaires, elles, peuvent ensuite resservir ailleurs.
Le QR code, complice discret de l’arnaque
Le papier sous l’essuie-glace n’est que la partie visible de l’iceberg. À Bruxelles, la variante la plus répandue passe par les horodateurs eux-mêmes, où des acteurs malveillants collent un faux QR code sur les parcmètres et les panneaux de stationnement, que les automobilistes scannent en pensant utiliser le portail légitime. Ce phénomène a pris une telle ampleur que la police bruxelloise a fini par arrêter un suspect en septembre 2025. Une perquisition menée au lieu de résidence présumé du suspect a permis de saisir cinq imprimantes pour autocollants QR ainsi qu’une grande quantité de feuilles d’autocollants, révélant une véritable petite chaîne de production artisanale de fraude. L’homme a été placé sous mandat d’arrêt et inculpé d’escroquerie.
Le phénomène ne se limite pas aux QR codes collés sur le terrain. L’agence régionale parking.brussels a elle-même été prise pour cible par des campagnes de SMS et d’e-mails frauduleux usurpant son nom. Des messages sont envoyés au public en se faisant passer pour des notifications officielles, informant qu’une prétendue « amende de stationnement » ou « contrôle administratif » de 35 euros doit être payée rapidement, avec un lien vers un site frauduleux. L’agence a été formelle : « tout message de cette nature dont elle est présentée comme l’auteur peut être considéré comme faux », rappelant qu’elle n’envoie jamais de SMS pour réclamer un paiement. Ce n’était d’ailleurs pas une première pour l’agence, déjà visée par une arnaque similaire au QR code quelques mois plus tôt.
Pourquoi ça marche aussi bien
La force de cette arnaque tient à sa simplicité psychologique. Personne ne prend le temps de comparer un vrai avis de redevance à un faux quand on est pressé, énervé de trouver un papier sur sa voiture, et soulagé de voir un moyen de paiement rapide affiché noir sur blanc. Les escrocs jouent sur l’urgence : un délai de 48 heures, une menace de majoration, parfois une pointe d’autorité administrative qui décourage toute vérification. Ce schéma n’est pas propre à la Belgique : au Canada, l’agence de mobilité de Montréal a dû mettre en garde son public après avoir constaté que certains de ses panneaux avaient été vandalisés avec un QR code qui n’était pas censé s’y trouver, preuve que la technique voyage aussi bien qu’un touriste en Interrail.
Face à un ticket suspect, quelques réflexes simples suffisent à couper court au piège. Il s’agit de vérifier l’origine du ticket et si ce dernier contient les coordonnées de l’exploitant du parking, puis en cas de doute de contacter directement ce gestionnaire plutôt que de cliquer sur le lien fourni. Après avoir scanné un QR code, un simple coup d’œil à la barre d’adresse suffit souvent à repérer l’entourloupe : assurez-vous que l’adresse du site correspond bien à celle de parking.brussels si vous êtes dans la capitale, ou de la commune concernée ailleurs. Et si le paiement a déjà été effectué par carte, mieux vaut ne pas traîner avant de réagir.
Que faire si vous avez déjà payé
La marche à suivre en cas de doute ou de paiement déjà effectué est bien balisée par les autorités bruxelloises : contactez immédiatement votre banque et Card Stop (078/170.170) pour bloquer vos comptes, puis surveillez vos transactions bancaires pour détecter toute activité suspecte, signalez l’incident à la police locale et transmettez les codes QR suspects à l’adresse suspect@safeonweb.be. Un dépôt de plainte reste indispensable, même si l’on n’a perdu « que » quelques dizaines d’euros : c’est justement grâce aux signalements répétés que la police a pu identifier et arrêter le faussaire aux imprimantes d’autocollants à Bruxelles. Un dernier détail qui doit mettre la puce à l’oreille : les vraies zones bleues et les vrais horodateurs ne réclament jamais de paiement par SMS ou par lien envoyé après coup. Si un message vous presse de payer « sous 48 heures », il y a de fortes chances que ce ne soit pas la police qui vous écrive, mais quelqu’un qui espère bien, lui, ne jamais se faire pincer.
Sources : lavenir.net | police.be