J’ai laissé entrer un technicien venu vérifier mon compteur numérique un mardi matin : en refermant la porte, j’ai compris qu’aucune lettre n’était arrivée avant

Un mardi matin, un inconnu en tenue de travail sonne à la porte, badge à la ceinture, discours rodé sur la « vérification du compteur numérique ». On ouvre, on referme la porte derrière lui, et c’est seulement à ce moment-là qu’un détail turlupine : aucun courrier n’avait annoncé sa visite. Ce n’est pas un détail anodin. C’est même le premier signal qui devrait faire tiquer n’importe quel Belge un peu prudent, car les gestionnaires de réseau ne débarquent jamais complètement à l’improviste.

À retenir

  • Aucun courrier d’avertissement reçu ? C’est le premier signal qu’il faut vérifier l’identité du visitant
  • Les faux techniciens visent l’accès physique à votre domicile pour repérer ou commettre des cambriolages
  • Trois gestes simples suffisent à trancher : vérifier l’uniforme, demander la carte d’identification, ou appeler le gestionnaire

Pourquoi l’absence de courrier doit alerter

En Wallonie comme en Flandre, la procédure est claire et documentée. Normalement, un courrier précisant qu’un technicien doit passer est également envoyé quelques jours avant le passage. C’est valable pour Ores, le gestionnaire de réseau qui couvre l’essentiel de la Wallonie, mais aussi pour ses homologues Fluvius en Flandre, Resa à Liège ou Sibelga à Bruxelles. Ce n’est pas une simple politesse administrative : c’est une garantie que la personne qui se présente chez vous a réellement été mandatée.

Ores elle-même le reconnaît sans détour sur son site : des individus se présentent pour vérifier votre compteur de gaz ou pour contrôler l’aération de votre cave, sans rendez-vous préalable, et ce type de démarche fait partie des pratiques qu’il faut considérer comme suspectes. Le gestionnaire wallon liste d’ailleurs plusieurs types de fraudes actives, des faux agents à domicile aux sociétés qui prétendent travailler en sous-traitance pour lui, comme Carfil, Carcyl, Bigy ou Parside, en demandant des informations personnelles ou bancaires. Ces démarcheurs n’ont, légalement, rien à voir avec la maison.

La question n’est pas paranoïaque pour autant. Un technicien Ores confiait récemment à nos confrères de la DH que « les gens sont méfiants » et que « parfois, même voir notre uniforme ou la camionnette ne suffit pas à les convaincre qu’on est bien qui on prétend être. » la méfiance ambiante n’est pas un excès de zèle citoyen, elle répond à une réalité de terrain où les vrais techniciens doivent eux-mêmes rassurer sans cesse.

Ce que veulent vraiment les faux techniciens

Le mobile derrière ces visites n’est jamais anodin. Selon la cellule communication d’Ores, l’objectif est presque toujours d’entrer physiquement dans le logement, soit pour du repérage en vue d’un cambriolage, soit carrément pour un cambriolage où l’on vous demande de voir votre compteur à la cave, ce qui permet à un complice de s’introduire au rez-de-chaussée. La technique n’est pas neuve : elle rejoint celle des faux postiers ou des faux policiers, un classique du genre qui mise sur l’autorité perçue d’un uniforme pour désarmer la vigilance.

Ce qui frappe, c’est le soin apporté à la mise en scène. Les arnaqueurs ne se contentent plus d’un simple bluff verbal : gilet fluo sur le dos, faux badge plastifié bien en évidence et discours rassurant, tout est calculé pour endormir la méfiance naturelle. Le compteur numérique est un prétexte particulièrement efficace en ce moment, parce que le déploiement des compteurs communicants est une réalité bien réelle en Belgique : depuis 2020, Ores en installe chez les particuliers volontaires, tandis que Fluvius a généralisé la démarche depuis 2019 pour les nouvelles constructions et certains remplacements. Le sujet est crédible, donc l’arnaque l’est aussi.

Les réflexes qui font la différence

Face à un technicien qui sonne sans avoir prévenu par écrit, quelques vérifications simples suffisent à lever le doute en quelques minutes. D’abord l’apparence générale : un vrai agent Ores sera en uniforme, une salopette de travail majoritairement grise avec des lignes jaunes et le logo Ores, et circulera dans un véhicule floqué aux couleurs de l’entreprise. Ensuite, le badge : il ne s’agit pas d’un simple laissez-passer plastifié, mais d’un document précis. On peut sans hésiter demander la carte d’identification personnelle ou la lettre de mission du collaborateur, un document qui comporte une photo, le nom du technicien et son numéro d’identification.

Le doute persiste ? Un simple coup de fil suffit à trancher. En cas de doute, on peut appeler Ores par téléphone, qui pourra confirmer qu’il s’agit bien d’un technicien de chez eux. C’est gratuit, ça prend deux minutes, et ça évite bien des regrets. La règle vaut d’ailleurs pour tous les gestionnaires régionaux, chacun disposant d’une ligne clientèle dédiée aux vérifications de ce type.

Il existe aussi des cas légitimes où le passage d’un technicien peut sembler moins formel qu’attendu, notamment lors d’un contrôle métrologique demandé par le client lui-même en cas de doute sur sa consommation. Dans ce cas précis, un technicien d’Ores se présente avec un appareil permettant de tester le compteur, et si celui-ci fonctionne normalement, l’intervention est facturée aux alentours de 104 euros hors TVA. Mais même dans cette situation, la démarche part d’une demande du client, pas d’une visite surprise à l’initiative du gestionnaire.

Un détail mérite d’être connu avant de raccrocher la porte au nez du prochain visiteur trop pressé : les vrais techniciens n’exigent jamais de paiement immédiat, ni en liquide ni par virement bancompte instantané, pour une opération sur un compteur. Si la conversation dévie vers une facture à régler sur-le-champ ou une prime énergétique à débloquer séance tenante, la sonnette d’alarme doit sonner plus fort que celle de la porte d’entrée. Et si le doute reste entier après coup, rien n’empêche de signaler l’épisode à la police locale ou de vérifier auprès du gestionnaire de réseau si une intervention était bien programmée à cette adresse ce jour-là.