J’ai lancé une frite à un goéland sur la digue d’Ostende juste pour faire rire ma fille : deux minutes plus tard, un homme en gilet jaune notait mon nom

Cette scène s’est jouée des centaines de fois sur la digue d’Ostende, et la réponse est simple : oui, lancer une frite à un goéland peut vraiment vous coûter cher, jusqu’à 250 euros dans la Reine des Plages. La ville d’Ostende applique en effet la sanction la plus élevée du littoral belge pour ce genre d’incivilité, et l’homme au gilet jaune qui a noté votre nom n’était probablement pas un simple bénévole zélé, mais un agent habilité à dresser un procès-verbal administratif.

À retenir

  • Une frite en l’air = jusqu’à 250€ d’amende à Ostende, soit la sanction la plus élevée du littoral belge
  • Les agents en gilet jaune sur la digue ont le pouvoir légal de dresser procès-verbaux pour nourrissage de goélands
  • Le nourrissage crée un cercle vicieux : les goélands deviennent agressifs et passent des frites aux vols de glaces

Une loi qui existe bel et bien, et qui mord

Le réflexe est humain : une frite en l’air, un goéland qui plonge, un enfant qui rit aux éclats. Mais ce petit spectacle est interdit sur le domaine public à Ostende depuis plusieurs années déjà. Le nourrissage des goélands est même interdit par la loi et par le règlement de police, et dans certaines communes côtières, des amendes élevées sont prévues. Et parmi toutes les communes du littoral, c’est justement Ostende qui frappe le plus fort : la ville applique les amendes les plus élevées, 250 euros, contre 125 euros à Knokke-Heist, 60 euros à De Panne et 37 euros à Blankenberge.

Autant dire que votre petite frite volante coûte, au bas mot, l’équivalent d’un beau souper à deux dans une friterie de la digue. Ironie du sort.

Ce type de sanction relève du système des GAS, les sanctions administratives communales, qui permet aux villes de sévir sans passer par le parquet pour des faits mineurs. Les amendes que le fonctionnaire sanctionnateur peut infliger pour de petites nuisances comme le vandalisme, les dépôts sauvages, les crottes de chien ou le bruit s’élèvent au maximum à 350 euros. Le nourrissage des goélands entre dans cette catégorie de « petites incivilités qui gâchent la vie du voisinage ». Et surtout, outre les policiers, les agents constatateurs habilités incluent aussi les fonctionnaires communaux des services de maintien de l’ordre, du domaine public, de l’économie ainsi que les gardiens de la paix, ces fameux hommes (et femmes) en gilet jaune fluo qui arpentent la digue toute l’année. Voilà pourquoi ce n’était ni un rêve ni une hallucination post-vacances : la personne qui a noté votre nom avait parfaitement le droit de le faire.

Pourquoi la ville s’acharne sur une simple frite

On pourrait trouver la mesure excessive. Après tout, un goéland qui attrape une frite au vol, c’est presque une image de carte postale ostendaise, aussi typique que le Vindictivelaan un jour de marché. Mais la ville a ses raisons, et elles ne sont pas seulement esthétiques.

D’abord, il y a la question de la santé animale : la nourriture humaine, salée et grasse, ne convient tout simplement pas au régime de ces oiseaux. Ensuite, et c’est sans doute l’argument qui pèse le plus lourd dans la balance administrative, le nourrissage entretient un cercle vicieux comportemental. Les goélands deviennent agressifs à cause du nourrissage : les oiseaux habitués à être nourris s’attendent à recevoir leur part à chaque fois, et s’ils ne l’obtiennent pas, ils peuvent devenir agressifs et attaquer les gens. la frite d’aujourd’hui prépare le vol à l’arraché du cornet de glace de demain, sur la tête d’un touriste qui n’avait rien demandé.

La ville d’Ostende ne se contente d’ailleurs pas de punir : elle a mis en place une approche plus large. La ville d’Ostende mise pleinement sur une politique avant-gardiste en matière de goélands, avec une équipe d’intervention dédiée qui adapte son approche dans les zones sensibles avec des interventions respectueuses des animaux, et qui mise fortement sur la sensibilisation. L’amende n’est donc que la dernière étape d’une stratégie qui commence par les panneaux, les campagnes d’information et, visiblement, quelques rappels à l’ordre bien sentis sur la digue.

Reste que le message n’est pas toujours limpide pour les visiteurs d’un jour, surtout les familles venues de l’intérieur du pays qui ignorent tout du règlement de police local.

Un phénomène qui dépasse largement Ostende

Le cas ostendais n’a rien d’isolé. Sur la Côte d’Opale, à quelques encablures de la frontière, la ville de Calais applique une logique similaire pour des raisons presque identiques. Un macaron rouge vif indique l’amende encourue en cas de nourrissage de ces oiseaux sur la voie publique, jusqu’à 450 euros, une somme qui donne le vertige rien qu’à l’évoquer devant un cornet de frites à quatre euros. Les autorités françaises justifient la mesure par des arguments écologiques et sanitaires très proches de ceux avancés en Belgique : si les goélands ont davantage de nourriture, la reproduction est plus importante, et plus d’oiseaux signifie plus de fientes et plus de désagréments pour les bâtiments où ils élisent domicile.

Le littoral belgo-français partage donc, sans grande surprise, les mêmes maux et les mêmes solutions répressives, preuve que le goéland ne connaît pas les frontières, contrairement aux zones tarifaires de la SNCB.

Il faut aussi rappeler que la présence massive de goélands en ville n’est pas un mystère génétique mais une adaptation bien concrète. Les goélands sont indissociables du littoral, et avec l’activité humaine croissante sur la côte, les habitats de l’homme et du goéland se rapprochent de plus en plus, faute d’autre espace ouvert disponible pour les oiseaux. En clair : ce sont nos villes, nos poubelles et nos cornets de frites laissés traîner qui ont transformé un oiseau marin discret en habitué des terrasses de la digue. La sanction vise donc autant à protéger les visiteurs qu’à limiter une cohabitation devenue, avec les années, franchement bruyante et parfois salissante pour les façades.

Ce qu’il faut vraiment retenir avant de retourner sur la digue

La prochaine fois que votre fille réclamera un petit spectacle ailé, mieux vaut garder la frite dans le cornet et lui montrer les goélands planer au-dessus du casino, sans intervention culinaire de votre part. L’amende ostendaise de 250 euros n’est pas un mythe urbain colporté par les habitués du Kursaal : elle est bien réelle, appliquée par des agents assermentés, et elle grimpe même plus haut que dans les communes voisines de la côte belge. Un détail amusant à glisser dans la conversation : à Blankenberge, à peine plus loin sur la même côte, la même incivilité vous coûterait presque sept fois moins cher. Comme quoi, en matière de goélands, la géographie belge reste décidément pleine de surprises.