J’ai paniqué en voyant mon fils mâcher une petite boule rouge de l’if du cimetière le jour de la Toussaint : la pulpe sucrée n’était pas le danger, c’est ce qu’il avait au milieu qui a fait réagir le Centre Antipoison

Un enfant qui mâche une petite boule rouge d’if le jour de la Toussaint, c’est une vraie frayeur de parent. Mais toutes les parties de la plante sont très toxiques, sauf la chair rouge des arilles, donc la pulpe sucrée n’est pas ce qui inquiète. Ce qui retient l’attention du Centre Antipoisons, c’est la graine noire logée au milieu.

Le premier réflexe est donc de chercher la graine, pas de goûter la pulpe.

À retenir
  • La pulpe rouge de l’arille est la seule partie inoffensive de l’if
  • La graine avalée entière ne pose généralement pas de risque, recrachée rapidement
  • La taxine libérée par une graine mâchée provoque vomissements, vertiges et troubles cardiaques en 1 à 2 heures
  • Le séchage et la cuisson ne détruisent pas la toxine de l’if

Ce que l’enfant a vraiment dans la bouche

Ce qu’on prend pour une baie est une arille, une coupe charnue rouge vif qui entoure la graine. Sa chair est sucrée et un peu gluante. Le Centre Antipoisons belge la considère comme la seule partie inoffensive de l’arbre.

Le 1er novembre, tout est réuni pour que l’enfant tombe dessus. Les familles montent au cimetière avec leurs chrysanthèmes, et les ifs, souvent plantés en haies ou en sujets isolés autour des tombes, fructifient d’août à novembre. La couleur vive attire les petits, puisque le fruit ressemble à un bonbon et a une saveur sucrée. Le Centre conseille d’ailleurs d’éviter de planter des ifs dans les aires de jeux pour enfants.

Tout se joue sur la graine : avalée entière ou croquée.

Graine entière ou graine mâchée

Dans la plupart des cas, il ne se passe rien. Les jeunes enfants avalent les arilles le plus souvent sans les mâcher, la graine est souvent recrachée à cause de son goût amer, et la plupart des cas évoluent sans symptômes. Une graine intacte, d’après le centre antipoison de Lille, n’est pas assimilée par le tube digestif.

Mâchée, c’est une autre histoire. Elle libère la taxine, une substance cardiotoxique à l’action d’abord stimulante, puis paralysante sur le cœur. Une à deux heures après l’ingestion, on peut voir apparaître vomissements, diarrhée, crampes abdominales, vertiges, hallucinations et pupilles dilatées. Dans les cas graves, viennent ensuite convulsions, troubles du rythme cardiaque, forte chute de tension et, au pire, arrêt cardio-respiratoire.

Pour rester proportionné, le Centre précise que les intoxications fatales chez l’homme sont presque toujours volontaires, par ingestion de matière végétale ou de décoction. Le poison résiste d’ailleurs au traitement : le séchage et la cuisson ne le détruisent pas, ce qui vaut aussi pour les rameaux tombés sur les allées.

Les bons gestes, dans l’ordre

La brochure du Centre sur les plantes recommande de retirer les restes de plante de la bouche, de rincer la bouche et de ne pas faire vomir la victime. En cas d’irritation, quelques gorgées d’eau suffisent. Ensuite vient le coup de téléphone au 070 245 245, accessible 24 h sur 24 et gratuit.

Le tri se fait selon ce que l’enfant a avalé. Si seule la chair rouge a été ingérée et la graine recrachée, aucun traitement n’est nécessaire. Mais si des arilles ont été avalées avec leurs graines, ou des aiguilles, le Centre évalue avec vous la nécessité d’une hospitalisation pour observation aux soins intensifs. L’agence française Anses recommande, même en l’absence de symptôme, de prendre l’avis d’un centre antipoison. Un conseil de bon sens : repérer les graines retrouvées au sol ou dans la bouche aide le médecin à estimer ce qui a été croqué.

Le médecin ne se fie donc pas à l’absence de symptômes dans les premières minutes.

Un arbre à deux visages

L’if a longtemps eu mauvaise réputation, et pas sans raison : on l’employait autrefois pour empoisonner les pointes de flèches. La médecine moderne lui doit pourtant le taxol, une molécule anticancéreuse présente dans l’écorce de l’if du Pacifique. L’arbre du cimetière et celui du laboratoire sont cousins.

Les oiseaux, eux, ne risquent rien : ils avalent arille et graine, et la graine ressort intacte dans les déjections, ce qui disperse l’arbre. Avant de monter au cimetière pour la Toussaint, enregistrez le 070 245 245 dans votre téléphone.