Le fameux « bagage cabine gratuit pour tous » promis à grand renfort de communiqués n’est, en réalité, pas encore d’application. Ce qui est acquis depuis l’été 2025 et confirmé par le vote du Parlement européen du 7 juillet 2026, c’est bien plus modeste : un seul format reste garanti sans supplément dans le prix du billet, celui de l’objet personnel de 40 x 30 x 15 cm glissé sous le siège devant vous. La valise à roulettes qu’on case dans le coffre au-dessus des têtes, elle, reste soumise au bon vouloir tarifaire de chaque compagnie.
Pour les voyageurs belges habitués aux vols Ryanair au départ de Charleroi ou aux liaisons TUI fly et Brussels Airlines depuis Zaventem, la nouvelle mérite d’être clarifiée sans triomphalisme excessif. Contrairement à ce que l’on peut lire sur les réseaux sociaux, la réforme ne rend pas automatiquement toutes les valises cabine gratuites. Elle garantit uniquement le transport sans supplément d’un objet personnel et impose davantage de transparence sur le prix des billets incluant un bagage cabine. le sac à dos ou la sacoche d’ordinateur passe, la valise de weekend reste facturée à part chez la plupart des low-cost.
À retenir
- Un lobby aérien puissant a réduit en miettes la promesse initiale de deux bagages gratuits
- Découvrez le poids réel du secteur low-cost dans les négociations bruxelloises
- Les vraies règles n’entreront en application qu’en 2027, pas avant
Ce que le texte européen change vraiment
La nouvelle loi européenne sur les droits des passagers aériens a été définitivement adoptée en juillet 2026. Elle renforce la protection des voyageurs, modifie la façon dont les compagnies devront afficher le prix d’un billet d’avion avec bagage à main et interdit plusieurs frais jugés abusifs, notamment pour asseoir un enfant à côté de son accompagnateur. Le principal progrès concret tient en un mot : la transparence. Le prix comprenant un bagage cabine devra être présenté par défaut avant le début du processus de réservation, que ce soit sur les sites des compagnies aériennes, les agences de voyage en ligne ou les comparateurs de vols. Fini donc, en théorie, la mauvaise surprise découverte au moment du paiement final, quand le prix affiché double soudainement parce qu’on a oublié de décocher une case.
Sur le fond du bagage lui-même, le texte reste minimaliste. Chaque passager pourra emporter gratuitement un objet personnel de 40 × 30 × 15 cm maximum, ou pouvant être placé sous le siège devant lui. En revanche, les dimensions des valises cabine destinées aux compartiments supérieurs pourront toujours varier selon la compagnie aérienne, le billet réservé et la franchise bagages prévue. Concrètement, chaque transporteur garde la main sur ses propres règles pour la « vraie » valise cabine, celle qui contient plus qu’une trousse de toilette et un chargeur.
Un compromis arraché après un bras de fer avec les low-cost
L’histoire mérite d’être racontée parce qu’elle en dit long sur les rapports de force à Bruxelles, justement. En janvier 2026, les eurodéputés avaient voté beaucoup plus large. Le 21 janvier 2026, le Parlement européen a adopté sa position sur la révision du règlement encadrant les droits des passagers aériens, avec 632 voix pour, 15 contre et 9 abstentions. Un résultat qui ressemble à un plébiscite, alors que les compagnies aériennes low-cost ont fait du supplément bagage un passage quasi-obligatoire pour les clients. Le texte initial prévoyait carrément deux bagages gratuits par passager : l’objet personnel, plus une petite valise de 100 cm cumulés et 7 kg maximum.
Le lobby aérien n’a pas laissé passer l’occasion. Airlines for Europe, qui rassemble 17 groupes représentant plus de 70% du trafic européen (Ryanair, EasyJet, Air France-KLM, Wizz Air entre autres), a mené un travail d’influence intensif auprès des gouvernements. Il faut dire que les frais de bagages, de choix de siège et d’embarquement prioritaire représentent jusqu’à 20% des revenus des compagnies low-cost. Difficile de leur en vouloir complètement d’un point de vue business, même si l’argument passe mal auprès du voyageur qui a l’impression de payer trois fois pour la même valise.
Le patron d’EasyJet n’a d’ailleurs pas mâché ses mots. Le patron d’EasyJet, Kenton Jarvis, a qualifié le texte de « terrible pour le consommateur » et de « crazy European legislation », prévenant que deux bagages cabine gratuits provoqueraient un retour aux jours où l’on déchargeait les sacs cabine en soute, l’une des principales causes de retard à l’embarquement. Le Conseil de l’Union européenne, qui représente les gouvernements nationaux, a fini par céder à cette pression. Le Conseil de l’Union européenne, sous la pression du lobby Airlines for Europe, a mis son veto. L’accord de juin 2026 est un compromis minimal. Au moins, la gratuité d’un sac personnel gratuit d’au moins 40 x 30 x 15, en vigueur depuis l’année dernière, n’a pas bougé. La Belgique, via ses représentants au Conseil, faisait partie des pays ayant soutenu une position relativement favorable aux voyageurs, aux côtés de la France, l’Allemagne et l’Espagne, mais le compromis final a surtout reflété le poids économique du secteur low-cost.
Quand ces règles s’appliqueront réellement et ce qui change déjà
Patience, donc. La réforme entrera en vigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel de l’Union européenne. Les compagnies aériennes et les plateformes disposeront ensuite d’une année pour adapter leurs procédures. Les nouvelles règles devraient donc être pleinement appliquées courant 2027. D’ici là, chaque compagnie continue d’appliquer sa propre politique, et les écarts restent parfois surprenants d’un transporteur à l’autre.
Chez Ryanair, le gratuit correspond en 2026 à un petit sac personnel de 40 x 30 x 20 cm à glisser sous le siège. Chez easyJet, le bagage inclus gratuitement peut aller jusqu’à 45 x 36 x 20 cm. Chez Air France, la politique reste plus généreuse, avec 1 bagage à main plus 1 accessoire, l’accessoire pouvant mesurer jusqu’à 40 x 30 x 15 cm. Un conseil simple pour les Belges qui préparent déjà leurs vacances de fin d’année : mesurer systématiquement son sac avant le départ, car un centimètre de trop à Charleroi ou à Zaventem peut coûter aussi cher qu’un aller simple.
Reste un dernier détail qui passe souvent inaperçu dans le débat : le texte européen ne se limite pas aux bagages. Il touche aussi à l’indemnisation en cas de retard et au droit, pour les familles, de s’asseoir ensemble sans frais. Le texte ne s’arrête pas aux bagages cabine gratuits en Europe. Il inclut aussi le maintien du seuil d’indemnisation à 3 heures de retard (300 à 600 € selon la distance), l’envoi obligatoire d’un formulaire pré-rempli sous 48 heures en cas de perturbation, et le droit pour les familles avec enfants de moins de 14 ans d’être assises ensemble sans supplément. Sur ce point-là au moins, malgré treize ans de négociations laborieuses à Bruxelles, quelque chose de tangible finit par atterrir dans le portefeuille du voyageur.
Sources : journaldugeek.com | liligo.fr