Plus personne ne regarde le type de prix inscrit sur son contrat de gaz : c’est lui qui décide si la hausse de 5,6 % tombe sur votre facture

En France, la Commission de régulation de l’énergie vient d’acter une hausse de 5,6 % du prix repère du gaz au 1er septembre. En Belgique, personne ne reçoit ce genre d’annonce officielle mensuelle, et pourtant le mécanisme est rigoureusement identique : c’est la mention « fixe » ou « variable » sur votre contrat qui décide, seule, si la flambée des marchés de gros atterrit ou non sur votre décompte. Le contexte géopolitique qui a fait grimper les prix chez nos voisins français touche exactement le même marché européen du gaz que celui auquel les fournisseurs belges s’approvisionnent.

À retenir

  • Le conflit au Moyen-Orient a fait exploser les prix du gaz en Europe : +93 % en quelques mois
  • Trois Belges sur quatre sont exposés à des contrats variables qui répercutent immédiatement les hausses
  • Un centime d’augmentation par kWh, c’est 200 euros supplémentaires par an pour une famille

Une flambée qui vient du même robinet pour toute l’Europe

Le gaz ne connaît pas de frontières nationales, et la crise qui secoue les prix depuis le printemps 2026 en est la preuve. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient début 2026, l’indice TTF néerlandais, le cours de bourse qui fixe le prix du gaz en Europe, s’est enflammé, passant de 31,96 €/MWh avant les hostilités à 61,70 €/MWh, soit une hausse de +93 %. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, voie clé du transport de gaz naturel liquéfié, maintiennent une pression continue sur les prix. Ce détroit n’est pas un détail technique : par ce goulot stratégique transitent 20% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié, ce qui explique pourquoi un blocage aussi lointain se ressent jusque dans les chaudières belges.

À cette tension géopolitique s’ajoute un problème plus prosaïque, celui du stock. Le niveau des stocks européens s’avère préoccupant, avec un taux de remplissage de 59 %, contre 75,6 % en moyenne à la même période ces dernières années. À l’approche de l’hiver, ce déficit de stockage fait craindre des tensions sur l’approvisionnement et tire les prix vers le haut. Or, le gaz belge s’indexe très largement sur ce même TTF (ou sur le point de trading de Zeebrugge, le ZTP, sa version locale), si bien que la Belgique n’échappe pas à cette réalité de marché. C’est justement là que la mécanique du contrat entre en jeu : ce n’est pas parce que le marché monte que toutes les factures montent au même rythme, ni au même moment.

Fixe ou variable : deux mondes qui ne réagissent pas pareil

La CREG, le régulateur belge de l’électricité et du gaz, distingue depuis longtemps deux grandes familles de contrats. Un tarif fixe garantit un prix identique pendant toute la durée souscrite, tandis qu’un prix variable est revu tous les mois ou tous les trois mois, à la hausse ou à la baisse selon le cours du marché, une formule généralement conseillée pour le gaz naturel, cette énergie étant moins sujette aux hausses que l’électricité. Mais ce conseil, valable en période calme, devient un pari plus risqué quand les cours s’emballent comme actuellement.

Le nombre de ménages exposés à chaque type de contrat donne une idée de l’ampleur du phénomène. Pour le gaz naturel, environ 500 000 ménages ont un contrat avec un paramètre forward, contre environ 1 500 000 ménages avec un paramètre spot. Les paramètres spot, basés sur les cours du mois même de livraison, réagissent quasi instantanément à une flambée du TTF. Les paramètres forward, eux, sont connus à l’avance et lissent un peu le choc, mais ne l’évitent pas totalement. Restent les irréductibles du prix fixe : en Belgique, cela concerne environ 807 000 ménages pour le gaz naturel, sur un total de 3 000 000 raccordements. Pour ceux-là, la règle est simple et la CREG le répète chaque mois : les contrats en cours à prix fixe ne sont pas affectés par l’évolution des prix, et il est préférable de les conserver, sans adaptation de l’acompte mensuel ou trimestriel.

Le problème, c’est que même les nouveaux contrats fixes ne sont plus le refuge tranquille qu’ils étaient il y a un an. En Belgique, le prix du MWh dépasse désormais un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2022, et depuis le 1er septembre, les ménages qui mettent à jour leurs contrats découvrent des tarifs moins favorables qu’il y a quelques semaines, la grande majorité des fournisseurs ayant revu leurs offres à la hausse. se précipiter sur un prix fixe aujourd’hui, c’est verrouiller un tarif déjà tendu par la crise. L’ironie du système, c’est que la meilleure protection contre la volatilité coûte justement plus cher en pleine tempête.

Ce que ça change vraiment sur la facture

Concrètement, l’écart entre les deux familles de contrats peut représenter des sommes non négligeables. Une hausse de 1 centime par kWh de gaz représente environ 200 euros supplémentaires par an sur la facture d’un foyer moyen chauffé avec cette énergie. Et le gaz n’est pas seul en cause dans la remontée des factures belges. En Wallonie, le tax shift énergétique fédéral pèse aussi sur l’addition : la mise en œuvre de ce dispositif augmente progressivement les accises sur le gaz, entre +45 € et +75 € par an pour un ménage moyen, afin de favoriser l’électricité. À cela s’ajoute une hausse régionale bien identifiée, puisque les ménages wallons font face à une nouvelle hausse de 8 % des frais de distribution pour la période tarifaire 2026-2029 de la CWaPE, combinée à l’augmentation des accises fédérales, ce qui fait passer les coûts de réseau et les taxes de 520 € en 2025 à environ 585 € par an en 2026.

Ce qui distingue la facture belge de sa cousine française, c’est justement l’absence d’un indice unique et public comme le prix repère de la CRE. En Belgique, chaque fournisseur applique sa propre formule d’indexation, avec ses coefficients et ses paramètres, ce qui rend la comparaison plus opaque mais pas moins réelle. La CREG le rappelle chaque mois dans ses constatations : elle demande à tous les fournisseurs actifs de lui communiquer des données concernant les prix de l’énergie et les différents éléments des formules d’indexation appliquées, précisément parce que ces formules restent le nerf de la guerre pour comprendre pourquoi deux voisins avec la même consommation peuvent voir leur facture évoluer très différemment.

Le réflexe le plus utile, avant l’hiver, reste donc de sortir son contrat du tiroir et de vérifier noir sur blanc s’il porte la mention fixe ou variable, ainsi que sa date d’échéance. Un détail amusant à garder en tête : la CREG signale que la période d’avril à septembre ne représente qu’une petite partie de la consommation annuelle de gaz, mais qu’elle pèse lourd dans le calcul de la facture totale à cause des acomptes lissés sur l’année, ce qui explique pourquoi une hausse de marché au printemps se répercute parfois plus tard que prévu sur le décompte final.