Ce colis mystérieux qui atterrit chez vous sans facture ni bon de commande n’est pas une erreur de livraison chanceuse : c’est le point de départ d’une arnaque bien connue appelée « brushing », et votre nom sert probablement déjà à vanter un produit que vous n’avez jamais acheté sur une place de marché en ligne. Le principe est simple et redoutablement efficace : un vendeur peu scrupuleux vous envoie un objet sans grande valeur pour créer, en votre nom, un faux avis cinq étoiles qui gonfle artificiellement la réputation de sa boutique.
À retenir
- Un colis gratuit reçu sans commande cache souvent une arnaque bien structurée avec vos données personnelles
- Votre nom peut déjà apparaître dans des faux avis cinq étoiles que vous n’avez jamais écrits
- Les codes QR dans l’emballage peuvent être des pièges pour voler encore plus vos informations sensibles
Comment un colis gratuit devient un faux avis en trois jours
Le mécanisme repose sur une faille des systèmes de notation en ligne. Sur la plupart des marketplaces, seul un « achat vérifié » permet de laisser un commentaire crédible. Les fraudeurs au brossage achètent généralement des produits bon marché avec de faux comptes, les paient et envoient les articles à des adresses aléatoires, si bien que le destinataire reçoit le paquet gratuitement. Résultat : le système enregistre une transaction bien réelle, associée à votre adresse, et l’escroc n’a plus qu’à publier un commentaire élogieux en se faisant passer pour vous.
Dans les escroqueries au brushing, les fraudeurs utiliseront souvent vos données personnelles pour laisser de faux avis positifs sur le produit qu’ils vous ont envoyé, et votre nom peut apparaître sur ces avis même si vous ne les avez jamais écrits, ce qui leur permet de manipuler les évaluations pour faire paraître le produit plus légitime. Le colis en lui-même n’a souvent aucun intérêt : un stylo, des surchaussures en plastique pour salle d’opération, des livres de coloriage figuraient par exemple parmi les objets reçus par un adolescent suisse victime de cette pratique au printemps 2026, alors même que le jeune homme n’avait même pas enregistré son adresse sur la plateforme. De quoi refroidir n’importe qui sur la question de savoir d’où viennent réellement ces adresses.
Pourquoi c’est loin d’être anodin
Garder l’objet parce qu’il ne coûte rien peut sembler un réflexe logique. Le problème, c’est ce que révèle sa présence chez vous. Être victime d’une escroquerie de type brushing signifie que vos informations privées ont probablement été compromises. Votre nom, votre adresse postale, parfois votre numéro de téléphone circulent déjà dans des bases de données peu recommandables, achetées ou revendues sur des circuits qui échappent à tout contrôle.
Certains colis vont plus loin. Certaines escroqueries au brushing incluent un code QR dans le colis qui peut mener à un site web ou à une page d’évaluation de produit, un moyen pour les escrocs de diriger la victime vers des sites usurpés qui recueillent davantage d’informations personnelles. Le réflexe de scanner ce petit carré noir « pour comprendre » est justement celui qu’il faut éviter. Les autorités américaines sont formelles sur ce point : ne scannez aucun QR code contenu dans un colis que vous n’avez pas commandé, car ces codes peuvent vous diriger vers des sites qui volent vos données personnelles ou installent des logiciels espions.
L’ampleur du phénomène n’a rien d’anecdotique. En 2024, la plateforme Amazon a, à elle seule, bloqué de manière proactive plus de 275 millions d’avis suspects et pris des mesures coercitives à l’encontre de milliers de personnes. Un chiffre qui donne le vertige et qui rappelle que derrière chaque petit colis anonyme se cache souvent une industrie organisée, loin de l’image du vendeur maladroit qui se serait trompé d’adresse.
Que faire si ça vous arrive, version belge
Premier réflexe : ne pas paniquer, mais ne pas non plus balayer l’incident d’un revers de main. Vérifiez d’abord si votre nom apparaît quelque part dans les avis publiés sur le produit reçu, ce qui confirme la manœuvre. Signalez ensuite le colis au service client de la plateforme concernée, en précisant qu’il s’agit d’un envoi non sollicité lié à un possible brushing. En Belgique, si vous soupçonnez une usurpation ou une fraude liée à vos données, signalez les faits à l’Inspection économique via le site ConsumerConnect, et si l’on a tenté de vous arnaquer par e-mail, par SMS ou via un site web douteux, signalez également vos soupçons au Centre pour la Cybersécurité Belgique via suspect@safeonweb.be.
Ne retournez surtout pas l’article de votre propre initiative en payant les frais de port, et ne cliquez sur aucun lien ou QR code présent dans l’emballage. Si vous avez le moindre doute sur une utilisation frauduleuse de vos coordonnées bancaires suite à cet épisode, le réflexe reste le même que pour toute autre arnaque : contactez votre banque de toute urgence pour faire bloquer vos moyens de paiement, et déposez une plainte auprès de la police locale, seul moyen pour qu’une enquête individuelle soit ouverte pour votre cas. Une démarche qui prend vingt minutes et qui peut éviter bien des tracas si vos données circulent déjà ailleurs.
Petit détail qui a son importance : ce n’est pas propre aux géants américains du commerce en ligne. Les autorités suisses de cybersécurité avaient déjà tiré la sonnette d’alarme dès 2022, notant que « curieusement, sur la boutique en ligne, d’excellentes notes étaient attribuées aux produits achetés » alors que personne n’avait rien commandé. Le brushing n’est donc pas une nouveauté passagère mais une pratique installée, qui prospère tant que les plateformes continueront d’accorder une valeur commerciale aux avis « achat vérifié ». La meilleure défense reste, paradoxalement, la méfiance systématique envers tout colis gratuit : le vrai cadeau, en matière de commerce en ligne, se fait rarement sans expéditeur identifiable.
Sources : assemblee-nationale.fr | welivesecurity.com | korben.info