Ce week-end, des milliers de Belges ont sorti leurs plants de tomates, courgettes, basilic et géraniums pour les mettre en terre. Geste habituel, irrésistible, rituel presque. Problème : les Saints de glace arrivent lundi. Et cette fois, ils pourraient bien mériter leur réputation.
À retenir
- Vos plants risquent-ils vraiment de mourir cette semaine ?
- Un simple voile d’hivernage peut faire la différence : +3 à +4 degrés de protection
- Après le 13 mai, faut-il vraiment attendre jusqu’au 25 mai pour planter ?
Trois saints, trois nuits, un seul verdict pour vos plants
Les Saints de glace 2026 se déroulent aux dates fixes du 11, 12 et 13 mai, correspondant aux fêtes de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais. Trois noms que tout jardinier belge finit par connaître malgré lui, au fil des printemps gâchés.
Le troisième a même une saveur particulièrement locale : saint Servais, né en 300 en Arménie et mort à Tongres en 384, est le premier évêque attesté de la Civitas Tungrorum, district romain qui allait de la Toxandrie jusqu’à l’Ardenne. le « saint de glace » par excellence est un Belge de Tongres. On ne pouvait pas faire plus local.
Le phénomène s’explique par la circulation atmosphérique printanière : l’Europe centrale se réchauffe rapidement tandis que les zones polaires restent froides, créant des zones de basse pression qui aspirent brutalement de l’air glacial vers le sud. Les végétaux sont particulièrement vulnérables à cette période. Après plusieurs semaines de températures douces, leurs tissus cellulaires gorgés d’eau éclatent sous l’effet du gel. Concrètement : votre tomate chérie, sortie trop tôt, ne se remet jamais d’une nuit à zéro degré.
À éviter absolument avant les Saints de glace : les légumes d’été comme les tomates, courgettes, aubergines, poivrons, concombres, melons et courges. Ces végétaux originaires de climats chauds ne supportent aucune température négative. Le basilic, la coriandre et les autres aromates méditerranéens sont également à proscrire avant la mi-mai. Ce sont précisément les plants que les jardiniers impatients ont posés en terre ce week-end de début mai, attirés par le soleil trompeur.
Légende ou réalité ? La météo tranche (presque)
Dans la réalité, les relevés météo du passé montrent que les coups de froid lors de la période des Saints de glace sont très rares. Ces cinq dernières années, le temps a majoritairement été doux lors de ces trois jours de mai, parfois même marqué par un véritable coup de chaleur comme en 2022. Voilà qui relativise. Depuis 2005, les Saints de glace n’ont vraiment mérité leur réputation qu’une seule fois : en 2010, quand les 12 et 13 mai ont enregistré des températures entre -1 et -3 °C au nord et au centre-ouest. Ce petit coup de froid ne s’est plus reproduit depuis quinze ans.
Pourtant, le risque zéro n’existe pas. Les épisodes de gel tardif n’ont pas disparu avec le réchauffement climatique. Ils sont devenus moins fréquents mais plus piégeux. Le faux printemps qui s’installe de plus en plus tôt est le vrai problème : quand il fait 22 °C fin mars, la végétation démarre avec un mois d’avance. Les bourgeons s’ouvrent, les fruitiers fleurissent, les jardiniers plantent, et quand une goutte froide débarque en mai, les dégâts sont encore plus importants qu’avant.
Pour 2026 spécifiquement, le scénario météo de la semaine à venir reste incertain, mais c’est tout au plus une petite fraîcheur, proche des moyennes de saison, qui devrait se produire lors de la période des Saints de Glace. Pas de catastrophe annoncée en plaine. Mais les Hautes Fagnes, elles, jouent dans une autre catégorie : dans nos Hautes Fagnes, le risque de gel nocturne est plus tardif qu’en plaine.
Ce que vous pouvez encore faire avant vendredi
Vos plants sont dehors depuis samedi ou dimanche ? Rentrez-les si vous le pouvez, au moins pour les nuits. Dans le doute, attendez le week-end du 17-18 mai. Vos plants ne prendront aucun retard en restant quelques jours de plus au chaud, en revanche, un gel les condamne définitivement. La formule est lapidaire, mais elle résume tout.
Si rentrer les plants est impossible, un voile d’hivernage, des cloches ou même des bouteilles en plastique coupées peuvent faire toute la différence lors d’une nuit fraîche annoncée. Le voile d’hivernage permet de gagner jusqu’à 3 à 4 degrés sur la température extérieure. Il laisse bien circuler l’air et l’eau, ce qui évite la condensation. c’est la différence entre 0 °C au sol et +3 °C sous le voile, ce qui peut suffire à sauver la mise.
Une règle technique à retenir : le voile doit former une cloche protectrice autour de la plante. Évitez qu’il touche directement les feuilles ou les branches, car cela peut transmettre le gel et brûler le feuillage. Les arceaux sont vos amis.
Pour ceux qui n’avaient encore rien planté, planter avant les Saints de glace reste possible avec des végétaux résistants au froid. Les plantes non gélives supportent les températures négatives : côté potager, carottes, pois, navets, radis, épinards, laitues et pommes de terre peuvent être semés ou repiqués sans crainte.
Après le 13 mai, tout n’est pas réglé pour autant
Les Saints de glace se terminent officiellement le 13 mai avec la fête de saint Servais. Cette date marque le feu vert pour la plantation des végétaux sensibles à la gelée. Les jardiniers expérimentés recommandent toutefois d’attendre la seconde quinzaine du mois de mai, voire le 25 mai (Saint Urbain), avant de planter les espèces les plus frileuses.
Sur plusieurs décennies, près de six années sur dix ne connaissent aucun gel précisément les 11, 12 et 13 mai en plaine. En revanche, l’étude de 130 stations depuis 1951 montre qu’environ 67 % des années ont enregistré au moins une gelée après le 14 mai. Sur les 73 dernières années, 49 occurrences de gel ont été mesurées après les Saints de glace. Le calendrier est un repère, pas une assurance tous risques.
Une nuance qui concerne directement la Belgique : le climat belge, humide et tempéré, impose certaines contraintes, notamment en matière de résistance aux gels tardifs et de choix des végétaux. La Wallonie agricole le sait mieux que quiconque. Lors d’un épisode de gel tardif marqué, des températures entre -1,5 et -3,6 °C avaient été enregistrées aux quatre coins de la Belgique, mobilisant complètement les vignerons. Ce souvenir, vivace dans les mémoires des professionnels, rappelle que la tradition n’est pas que folklorique. Elle est bâtie sur des générations d’observations, bien avant que Météo-Belgique existe.
Sources : letribunaldunet.fr | mamanly.com