Un technicien communal se déplace gratuitement chez la plupart des habitants belges qui signalent la présence de rats, un simple coup de fil suffit généralement à déclencher l’intervention. Beaucoup de riverains l’ignorent encore et finissent par payer une société privée, parfois plus de 150 euros, pour un problème que leur administration communale traite depuis des décennies.
C’est l’histoire, banale mais coûteuse, vécue par un habitant qui a découvert des galeries sous son tas de compost dès les premières nuits fraîches de septembre. Persuadé qu’il fallait agir vite, il a contacté une entreprise privée trouvée sur internet. Facture finale : 180 euros pour un diagnostic et une pose d’appâts, alors qu’un simple appel à sa commune aurait suffi.
- La plupart des communes belges proposent un service de dératisation gratuit accessible par un simple appel au service environnement ou population
- Le compost sec et chaud en automne attire les rats qui cherchent un refuge pour l’hiver ; retourner régulièrement le compost réduit considérablement ce risque
- Les sociétés privées facturent 150 à 180 euros pour un diagnostic et des appâts, mais ce service communal existe légalement depuis 1938
Pourquoi le compost devient un hôtel cinq étoiles pour rongeurs en automne
Le compost coche toutes les cases pour un rat qui prépare son hiver. L’automne étant le moment où ils cherchent un abri pour l’hiver, un tas de compost peut être un refuge idéal, qui combine à la fois le gîte et le couvert. Les rongeurs y trouvent à la fois de quoi manger et de quoi se réchauffer.
Les rats sont omnivores, leur présence va être conditionnée par ce que vous mettez dans votre tas car ils viennent y chercher de la nourriture, mais c’est également la douce chaleur qui y règne qui les attire. Un détail surprend souvent les jardiniers amateurs : Ils vont cependant préférer les tas plutôt secs, qui seront bien plus attractifs qu’un tas bien humide et fréquemment mélangé. Retourner son compost régulièrement n’est donc pas qu’une astuce de jardinier consciencieux, c’est aussi une arme anti-rats.
Le phénomène ne se limite pas aux grandes villes. Dans un jardin collectif, une cour intérieure ou même sur une terrasse, le simple bac à compost en plastique peut suffire à lancer une infestation. Et contrairement à ce que promettent certains fabricants, même si certaines marques vantent des « systèmes anti-rongeurs », aucun bac à compost n’est à 100 % sécurisé.
Ce que votre commune peut réellement faire, gratuitement
Le service existe bel et bien, et il est ancré dans le droit belge depuis longtemps. Les bases légales remontent même à l’après-guerre : au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, en Wallonie et surtout en Flandre, il a fallu se battre pour endiguer les ravages du rat musqué, ce qui a mené à l’introduction du premier Arrêté Royal en 1938, redéfini en 1954. Ce cadre a ensuite évolué à plusieurs reprises jusqu’en 1989.
Concrètement, à Mons par exemple, tout citoyen a le droit de faire appel, via le service de l’Environnement, à un technicien qui se rend à domicile pour éliminer les rats. Et ce n’est pas un cas isolé : de nombreuses communes en Belgique organisent une à deux campagnes de dératisation par an, généralement gratuites pour les habitants qui en font la demande.
Certaines communes vont plus loin dans la mise à disposition de produits. Chaque commissariat de proximité de police peut fournir gratuitement quelques sachets de raticide, une pratique confirmée ailleurs : certaines communes, par le biais de leur administration ou des commissariats de quartier, mettent gratuitement à disposition des sachets de raticides tout au long de l’année. À Rendeux, dans les Ardennes, la démarche est similaire : des sachets de RASTOP peuvent être obtenus auprès du service Population/Etat civil.
Le fonctionnement diffère toutefois d’une commune à l’autre. Certaines exigent désormais une plainte formalisée avant d’intervenir. À Rendeux justement, les dératisations se font désormais uniquement sur base d’une plainte introduite par le citoyen. Un coup de fil au service population ou environnement de sa commune reste donc le premier réflexe à avoir, bien avant de sortir la carte bancaire.
Pourquoi les sociétés privées vendent quand même leur service
Certains professionnels tempèrent l’efficacité du service public, parfois avec une franchise commerciale assez directe. Un dératiseur bruxellois affirme sans détour : « Faux. Les produits utilisés sont souvent moins concentrés et moins appétents. » C’est un argument recevable sur le plan technique, mais qui sert évidemment aussi à justifier une facture.
Certains vont même jusqu’à remettre en cause l’existence même du service communal. Une entreprise affirme par exemple que l’administration communale ne peut donc pas proposer gratuitement ou avec rétribution des dératisations chez les particuliers, sous peine de concurrence déloyale avec les entreprises spécialisées. Cette lecture contredit pourtant les pratiques bien réelles observées à Mons, Rendeux ou dans d’autres communes wallonnes et bruxelloises. La prudence s’impose donc face à des sites qui mélangent conseils utiles et argumentaire commercial déguisé.
Il existe malgré tout des cas où le professionnel privé se justifie. Une infestation ancienne, des galeries multiples sous une terrasse ou une cave, un immeuble à appartements entier touché : dans ces situations, le diagnostic approfondi et le suivi sur plusieurs semaines d’un dératiseur agréé prennent tout leur sens, la commune n’ayant ni le temps ni les moyens d’assurer ce suivi intensif.
Le bon réflexe avant de dépenser un centime
Trois gestes simples évitent bien des frais inutiles. D’abord, appeler le service environnement ou population de sa commune dès les premiers signes, galeries, crottes, bruits sous le compost. Ensuite, retourner et assécher son tas de compost, puisque l’humidité constante le rend nettement moins attractif. Enfin, vérifier que la nourriture pour animaux domestiques ou pour poules n’est jamais laissée à l’air libre la nuit.
Un dernier chiffre mérite d’être gardé en tête avant de paniquer face à un trou dans le jardin : les rats ont un métabolisme rapide et doivent trouver de la nourriture régulièrement, et l’automne apporte souvent des fruits tombés, des réserves dans les jardins et des déchets alimentaires laissés à l’extérieur. Un jardin bien tenu, avec des poubelles fermées et un compost retourné chaque semaine, reste la meilleure prévention, largement avant tout numéro de téléphone d’entreprise privée.
Sources : deratisation.brussels | derati-guepes.com | votre-expert-anti-nuisibles.com